Qui est Anubis ?

Anubis est le dieu funéraire le plus emblématique de l’Égypte ancienne et l’une de ses représentations iconiques les plus reconnaissables dans le monde entier. À tête de chacal ou de chien sauvage, corps d’homme, peau noire comme le limon nilotique fertile, il est le gardien des morts, l’embaumeur divin et le guide des âmes dans leur passage vers la Douat, le royaume de l’au-delà. Sa présence dans les funérailles égyptiennes est aussi ancienne que l’Ancien Empire — il est l’un des dieux les mieux attestés de toute la tradition nilotique.

Rôle, nature et domaines

Anubis cumule plusieurs fonctions funéraires centrales :

L’embaumement : Anubis est le premier embaumeur mythologique. Selon la tradition, c’est lui qui, aidé par Isis et Nephthys, prépare le corps d’Osiris après son assassinat par Seth — inaugurant ainsi le rite de la momification. Tout prêtre-embaumeur portait le masque d’Anubis pendant les cérémonies funèbres.

Le guidage des âmes : Anubis conduit le défunt à travers la Douat jusqu’à la Salle des Deux Vérités où Osiris préside le jugement. Il est le psychopompe de la tradition égyptienne — équivalent fonctionnel d’Hermès psychopompe dans la tradition grecque.

La pesée du cœur : dans le tribunal d’Osiris, c’est Anubis qui tient et surveille la balance où le cœur du défunt est placé face à la plume de Maât. Il veille à la précision et à la justice de la pesée.

La protection des tombes : Anubis est invoqué pour protéger les sépultures contre les pilleurs et les forces maléfiques. Son image est peinte à l’entrée des tombes et sur les sarcophages.

Généalogie et origines

La généalogie d’Anubis évolue significativement au fil des périodes :

  • Dans les Textes des Pyramides (Ancien Empire, v. 2400 av. J.-C.), Anubis est présenté comme le fils de — une tradition archaïque qui fait de lui un dieu solaire de plein droit.
  • À partir du Moyen Empire, la tradition dominante en fait le fils d’Osiris et de Nephthys (sœur d’Isis), née d’une union illégitime : Nephthys se serait déguisée en Isis pour s’unir à Osiris, et Anubis serait né de cette tromperie.
  • Dans d’autres versions encore, sa mère est une vache divine ou une déesse locale du nome d’Assiout.

Cette pluralité de généalogies reflète la nature fédérative de la religion égyptienne, qui intègre les traditions locales sans nécessairement les harmoniser.

Anubis dans la momification

La pratique de la momification est inséparable d’Anubis. Les prêtres-embaumeurs, lors des cérémonies, portaient un masque à tête de chacal pour incarner le dieu et assurer que la préparation du corps s’effectuait sous sa protection divine. Le rite de l’embaumement dure soixante-dix jours — le temps que la canicule, période associée à Anubis, passe.

Le rôle d’Anubis est aussi de veiller à ce que le ka (l’énergie vitale) et le ba (la personnalité divine, représentée par un oiseau à tête humaine) restent liés au corps momifié : sans cette cohésion, l’identité du défunt se dissoudrait et toute espérance d’une vie après la mort s’évanouit.

Anubis dans le jugement des morts

La scène de la pesée du cœur, représentée dans des centaines de papyrus du Livre des Morts, place Anubis au cœur du jugement :

  1. Le défunt est conduit par Anubis dans la Salle des Deux Vérités.
  2. Son cœur (ib) est placé sur un plateau de la balance.
  3. La plume de Maât — symbole de la vérité cosmique — occupe l’autre plateau.
  4. Anubis tient la balance et observe l’équilibre avec une attention absolue.
  5. Thot note le résultat sur son registre.
  6. Si le cœur est plus léger que la plume, Osiris proclame le défunt « juste de voix » (maâ-khérou) et l’admet dans les champs d’Ialou.
  7. Si le cœur est trop lourd, la créature composite Ammout le dévore.

La présence d’Anubis garantit l’impartialité de ce jugement : en tant que gardien de la balance, il est l’arbitre technique de la justice divine.

Variantes et culte

Le principal centre de culte d’Anubis était Cynopolis (la « ville du chien ») en Moyenne-Égypte, mais son culte était universel : chaque nécropole d’Égypte lui était consacrée. L’expression Khenty-Amentiu (« Premier des Occidentaux », c’est-à-dire des morts) désignait d’abord Anubis avant d’être attribuée à Osiris — témoignage de la préséance ancienne d’Anubis dans la théologie funéraire.

À l’époque gréco-romaine, Anubis est assimilé à Hermès psychopompe dans la figure syncrétique d’Hermanubis, mêlant les fonctions du guide des âmes grec et de l’embaumeur égyptien. Des statuettes d’Hermanubis — tête de chacal, corps d’Hermès avec le caducée — sont retrouvées dans tout l’Empire romain.

Ce que disent les sources antiques

Les Textes des Pyramides (v. 2400 av. J.-C.) invoquent Anubis dès les premières formules funéraires : « Puisse Anubis, qui est devant la divine tente, et qui est sur sa montagne, placer les deux mains de (nom du roi) sous toi. » Les Textes des Sarcophages et le Livre des Morts systématisent son rôle de gardien de la balance. Les papyrus funéraires du Nouvel Empire le représentent invariablement tenant la balance lors de la pesée du cœur, confirmant son statut de garant du jugement équitable.

Lectures complémentaires

Pour le roi des morts devant qui Anubis conduit les âmes, lire la fiche d’Osiris. Pour la déesse dont la magie assiste Anubis dans le rite de la momification, voir la fiche d’Isis. Pour le dieu dont le meurtre par Seth inaugure la pratique de la momification, voir aussi la fiche de Seth. Pour une comparaison des dieux de la mort à travers huit traditions mythologiques — dont Anubis aux côtés d’Hadès et de Yama —, lire Les dieux de la mort dans 8 mythologies du monde. Pour une vue d’ensemble du panthéon égyptien, voir la page de la mythologie égyptienne.

À lire aussi

Questions fréquentes

Anubis est-il le fils d'Osiris ?

Dans la tradition la plus répandue du Moyen Empire et du Nouvel Empire, Anubis est le fils d'Osiris et de Nephthys, conçu hors du mariage. Nephthys se serait déguisée en Isis pour s'unir à Osiris, et Anubis serait né de cette union. Mais dans les Textes des Pyramides (Ancien Empire), Anubis est présenté comme le fils de Râ — une tradition plus ancienne qui témoigne de l'évolution théologique sur plusieurs millénaires.

Pourquoi Anubis a-t-il la tête d'un chacal ?

Le chacal (ou le chien sauvage des nécropoles) est un animal nocturne que les Égyptiens observaient rôder autour des cimetières et des déserts où les morts étaient enterrés. Plutôt que de craindre cet animal comme prédateur des morts, ils le sacralisèrent en gardien des tombes. La peau noire d'Anubis n'est pas la couleur des chacals réels (qui sont plutôt dorés) mais symbolise le limon noir du Nil, la régénération, la momification réussie.

Quelle est la différence entre Anubis et Osiris dans le jugement des morts ?

Osiris préside le tribunal des morts en tant que juge suprême et roi du royaume des morts. Anubis joue un rôle technique et liturgique : il surveille la balance lors de la pesée du cœur, guide le défunt vers le tribunal et assure que le processus de jugement se déroule correctement. Thot, dieu de l'écriture, consigne les résultats. Les trois forment un trio fonctionnel complémentaire dans la théologie funéraire égyptienne.