Méditerranée orientale, monde grec antique

Mythologie grecque : dieux, héros, monstres et grands mythes

Guide de la mythologie grecque : des Titans aux Olympiens, héros et monstres, cycles de Troie et de Thèbes, Enfers et sources antiques, d'Homère à Ovide.

Le Festin des dieux de Bellini et Titien, assemblée de divinités dans un paysage
Giovanni Bellini et Titien / National Gallery of Art — via Wikimedia Commons · CC0 · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source
Période
VIIIe siècle av. J.-C. (Homère, Hésiode) – fin du IVe siècle apr. J.-C. (interdiction des cultes païens sous Théodose)
Langues d'origine
grec ancien, grec mycénien (linéaire B)
Sources principales
  • Homère, Iliade et Odyssée (VIIIe–VIIe s. av. J.-C.)
  • Hésiode, Théogonie et Les Travaux et les Jours (v. 700 av. J.-C.)
  • Hymnes homériques et Pindare, Odes
  • Tragiques attiques : Eschyle, Sophocle, Euripide (Ve s. av. J.-C.)
  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques (IIIe s. av. J.-C.)
  • Ovide, Métamorphoses (relais latin, v. 8 apr. J.-C.)
  • Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, et Pausanias, Description de la Grèce (Ier–IIe s. apr. J.-C.)

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Créatures

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Comparaisons

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La mythologie grecque est l’ensemble des récits, des généalogies divines et des croyances par lesquels les Grecs de l’Antiquité expliquaient l’origine du monde, le pouvoir de leurs dieux et les exploits de leurs héros. Elle ne repose sur aucun livre sacré. Des poètes l’ont chantée, le théâtre l’a jouée, les peintres de vases l’ont illustrée et chaque cité en racontait sa version, si bien que presque chaque mythe nous est parvenu sous plusieurs formes. Ses racines sont très anciennes : les tablettes en linéaire B de Cnossos et de Pylos, écrites entre le XIVe et le XIIIe siècle av. J.-C., nomment déjà Zeus, Héra, Poséidon, Hermès et Dionysos. Mais sa forme classique se fixe avec Homère et Hésiode, aux VIIIe et VIIe siècles av. J.-C.

Ce guide en présente l’architecture : les générations divines, le panthéon olympien, les héros et les monstres, les grands cycles de récits, l’au-delà, et les sources antiques qui nous ont transmis tout cela.

Du Chaos aux Olympiens : trois générations de dieux

Le récit de référence est la Théogonie d’Hésiode (v. 700 av. J.-C.). Au commencement est Chaos, la béance primordiale, puis viennent Gaïa, la Terre, le Tartare et Éros. De Chaos naissent l’Érèbe et Nyx, la Nuit. Gaïa engendre seule Ouranos, le Ciel, puis s’unit à lui.

Le pouvoir change de mains par la violence. Ouranos retient ses enfants prisonniers dans le sein de Gaïa, jusqu’à ce que le Titan Cronos le mutile avec une faucille dentelée forgée par sa mère. Du sang tombé sur la terre naissent les Érinyes et les Géants, et de l’écume de la mer surgit Aphrodite. Devenu roi, Cronos avale un à un les enfants que lui donne Rhéa. Pour sauver le dernier-né, Zeus, elle lui fait avaler une pierre emmaillotée et cache l’enfant en Crète.

Devenu adulte, Zeus force son père à régurgiter ses frères et sœurs, puis mène contre les Titans une guerre de dix ans, la Titanomachie. Il la remporte grâce aux Hécatonchires aux cent bras et aux Cyclopes, qui lui donnent la foudre. Les Titans vaincus sont enfermés dans le Tartare, et Zeus doit encore abattre Typhon, dernier défi lancé par Gaïa. Dans l’Iliade (XV, 187-193), Poséidon rappelle le tirage au sort qui fonde le nouvel ordre : le ciel à Zeus, la mer à lui-même, les ténèbres souterraines à Hadès, la terre et l’Olympe restant communs aux trois.

Hésiode n’est pas la seule version. Homère fait d’Océanos « l’origine des dieux » et de Téthys leur mère (Iliade, XIV, 201), tandis que les théogonies orphiques placent au commencement la Nuit ou Phanès, né d’un œuf cosmique. Les détails changent aussi : chez Hésiode, Cronos est piégé par les ruses de Gaïa ; chez le pseudo-Apollodore, c’est Métis qui lui fait boire un vomitif. Le récit complet est développé dans la cosmogonie grecque.

Les Olympiens, maîtres du monde

Après leur victoire, Zeus et les siens s’installent sur l’Olympe, le plus haut sommet de Grèce (2 918 m), aux confins de la Thessalie et de la Macédoine. Les Grecs parlent des « Douze dieux », et Athènes leur consacre un autel sur son agora dès 522 av. J.-C. (Thucydide, VI, 54). La liste n’a pourtant jamais été figée. La plus courante réunit :

  • Zeus — roi des dieux, maître du ciel et garant de l’ordre
  • Héra — reine des dieux, protectrice du mariage
  • Poséidon — dieu de la mer, des séismes et des chevaux, armé du trident
  • Déméter — déesse des moissons et de la terre cultivée
  • Athéna — déesse de la sagesse, des savoir-faire et de la guerre réfléchie
  • Apollon — dieu de la lumière, de la musique et des oracles
  • Artémis — déesse de la chasse et des espaces sauvages
  • Arès — dieu de la guerre dans ce qu’elle a de plus brutal
  • Aphrodite — déesse de l’amour et de la beauté
  • Héphaïstos — dieu forgeron et artisan des dieux
  • Hermès — messager des dieux et guide des âmes
  • Hestia ou Dionysos — le foyer, ou le vin et l’extase, selon les listes

Sur la frise est du Parthénon, c’est Dionysos qui siège parmi les Douze, et Hestia n’y figure pas. L’idée qu’elle lui aurait cédé sa place de bon gré a été popularisée au XXe siècle par Robert Graves, sans source antique connue. Quant à Hadès, frère de Zeus, il ne compte pas parmi les Olympiens : il règne sous la terre avec Perséphone.

Titans, personnifications et divinités secondaires

Le panthéon grec dépasse largement les Douze. Il y a d’abord les autres Titans, enfants d’Ouranos et de Gaïa. On y trouve Océanos et Téthys, puis Hypérion et Théia, parents du Soleil, de la Lune et de l’Aurore (Hélios, Séléné et Éos). S’y ajoutent Japet, Thémis et Mnémosyne, mère des Muses dont Calliope est la plus éminente. Les fils de Japet, Atlas, Prométhée et Épiméthée, font le lien entre l’histoire des dieux et celle des hommes.

Une particularité grecque est la personnification : des notions abstraites deviennent des figures divines avec parents et descendance. Nyx enfante ainsi Hypnos et Thanatos, le Sommeil et la Mort, mais aussi Éris, la Discorde, et Némésis, la juste rétribution. La Victoire (Niké) et la Fortune (Tyché) ont leurs statues et leurs sanctuaires.

La mer a ses propres divinités : Protée et Phorkys, les vieillards de la mer, Triton ou la Néréide Thétis. Les vents aussi sont des dieux, de Borée à Zéphyr. Enfin, Hécate, Pan ou Asclépios ont joué dans le culte un rôle bien plus important que leur place dans les grands récits ne le laisse penser.

Héros et monstres

Dans la religion grecque, un héros n’est pas qu’un personnage de légende. C’est un mortel d’exception, souvent fils d’un dieu, qui reçoit après sa mort un culte sur son tombeau. Hésiode en fait une race à part, celle des « demi-dieux », dont certains sont emmenés après leur mort aux îles des Bienheureux (Les Travaux et les Jours, 156-173).

Les plus célèbres unissent ascendance divine et épreuves surhumaines :

D’autres s’imposent par l’exploit, comme Jason ou Bellérophon, ou par la ruse, comme Ulysse. Les héroïnes n’y tiennent pas des rôles moins décisifs : Médée, Ariane, Hélène, Pénélope ou Antigone.

Face à eux, beaucoup de monstres appartiennent à une même famille. Selon Hésiode, Échidna et Typhon engendrent Orthros, Cerbère et l’Hydre de Lerne. La Chimère, le Sphinx et le lion de Némée sont issus de la même lignée. Méduse, seule mortelle des trois Gorgones, est fille de Phorkys et de Céto. Le Minotaure, lui, naît de l’union de Pasiphaé et du taureau de Crète. La plupart des grands héros se définissent d’ailleurs par le monstre qu’ils abattent : Persée par Méduse, Bellérophon par la Chimère, Thésée par le Minotaure, Œdipe par le Sphinx.

Les grands cycles de récits

Les mythes grecs s’organisent en cycles, c’est-à-dire en ensembles de récits qui partagent leurs personnages et une chronologie interne.

Les Enfers et l’au-delà

Pour les Grecs de l’époque homérique, la plupart des morts ne sont ni punis ni récompensés : ils deviennent des ombres sans force dans le royaume d’Hadès. Dans l’Odyssée (XI, 489-491), l’ombre d’Achille confie à Ulysse qu’elle préférerait être sur terre le serviteur d’un paysan pauvre plutôt que de régner sur tous les morts. Plus tard, on se représente la traversée vers ce royaume sur la barque du nocher Charon, payée d’une obole, et l’entrée gardée par Cerbère.

Deux lieux font exception. Le Tartare, aussi loin sous l’Hadès que le ciel l’est de la terre (Iliade, VIII, 16), sert de prison aux Titans et aux grands coupables comme Sisyphe ou Ixion. L’Élysée, à l’inverse, accueille quelques élus : dans l’Odyssée (IV, 561-569), Protée annonce à Ménélas qu’il y finira ses jours sans connaître la mort. Pour mettre ce monde souterrain en regard de la Douat égyptienne ou de Hel chez les Nordiques, voir la comparaison des dieux de la mort dans 8 mythologies.

Mythes et culte : oracles, sanctuaires et mystères

Les mythes grecs ne sont pas qu’une littérature : ils fondent des pratiques religieuses. À Delphes, la Pythie rend les oracles d’Apollon, qui y aurait tué le serpent Python. À Éleusis, les Mystères font revivre aux initiés la quête de Déméter et le retour de Perséphone. Le théâtre athénien lui-même est un rite : les tragédies d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide étaient présentées en concours aux Grandes Dionysies, fête de Dionysos. Olympie accueille les jeux en l’honneur de Zeus, dont la tradition fixe la première édition en 776 av. J.-C., et le sanctuaire d’Asclépios à Épidaure attire des malades de tout le monde grec.

Ce que disent les sources antiques

La mythologie grecque nous parvient par couches successives, et chaque auteur la remanie.

  • Homère et Hésiode (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.) posent les fondations. Au Ve siècle, Hérodote estime déjà que ce sont eux qui ont donné aux Grecs leur théogonie, nommé les dieux et fixé leurs attributions (Histoires, II, 53).
  • Les Hymnes homériques et Pindare racontent naissances divines et exploits, souvent au service d’un sanctuaire ou d’une cité précise.
  • Les tragiques athéniens (Ve s.) font des mythes des débats moraux. Le Prométhée d’Hésiode est un rusé puni ; celui du Prométhée enchaîné attribué à Eschyle devient un bienfaiteur révolté contre la tyrannie de Zeus. La Médée d’Euripide (431 av. J.-C.) tue elle-même ses enfants, alors que des traditions plus anciennes, rapportées par Pausanias, attribuaient leur mort aux Corinthiens.
  • L’époque hellénistique produit des versions savantes, comme les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes (IIIe s. av. J.-C.).
  • Le relais latin est décisif. Les Métamorphoses d’Ovide (v. 8 apr. J.-C.) fixent la version la plus connue de Narcisse, de Daphné ou d’Arachné, et diffusent en Occident les noms romains : Jupiter, Junon, Vénus.
  • Les mythographes de l’époque impériale, le pseudo-Apollodore (Bibliothèque), Hygin et Pausanias, compilent et classent les versions. Ce sont souvent eux qui fournissent les généalogies complètes.

Cette absence de canon explique l’importance des variantes. Aphrodite naît de l’écume chez Hésiode, mais elle est fille de Zeus et de Dioné chez Homère (Iliade, V, 370). Chez Stésichore, puis dans l’Hélène d’Euripide, Hélène n’est jamais allée à Troie : Grecs et Troyens se sont battus pour un fantôme façonné par les dieux, pendant que la vraie Hélène attendait en Égypte.

L’héritage de la mythologie grecque

Rome a assimilé les dieux grecs à ses propres divinités, et c’est souvent sous leurs noms latins que la Renaissance les a redécouverts, du Festin des dieux de Bellini et Titien (1514-1529) à la Naissance de Vénus de Botticelli. Le français en garde de nombreuses traces. La panique vient de Pan, l’écho de la nymphe Écho, et un dédale tire son nom de l’architecte du Labyrinthe. Quant à la « boîte de Pandore », c’était une jarre chez Hésiode, devenue boîte au XVIe siècle sous la plume d’Érasme. La psychanalyse a emprunté à Sophocle son « complexe d’Œdipe ». Le ciel nocturne, enfin, reste peuplé de figures grecques, des Pléiades aux constellations de Persée et d’Andromède.

Comparer avec les autres mythologies

La guerre de succession entre Ouranos, Cronos et Zeus a des parallèles frappants au Proche-Orient. Dans le mythe hourrite de Kumarbi, le dieu du Ciel est lui aussi émasculé par son successeur, avant qu’un dieu de l’orage ne s’empare de la royauté céleste. Pour prolonger ces rapprochements, voir les mythes de la création comparés, les dieux de la guerre ou les dieux de l’amour, ainsi que les hubs de la mythologie égyptienne et de la mythologie nordique.

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