Mythologie grecque · Héros & mortels
Éson, père de Jason et roi légitime d'Iolcos
Éson, roi dépossédé d'Iolcos : le faux deuil qui sauve Jason, deux morts inconciliables selon les sources, et le rajeunissement opéré par Médée.
Éson est le roi légitime d’Iolcos, en Thessalie, dépossédé par son demi-frère Pélias, et le père de Jason. Il n’agit presque jamais. Mais la ruse par laquelle il sauve son fils, et le sort que les sources lui réservent ensuite, valent mieux que le rôle de figurant qu’on lui laisse d’ordinaire.
Le faux deuil
À la naissance de son fils, Éson comprend que l’enfant ne passera pas l’année dans un palais tenu par un usurpateur qui a besoin qu’aucun héritier ne subsiste.
La parade est théâtrale. Les femmes de la maison se lamentent bruyamment sur le nouveau-né comme s’il venait de mourir ; on organise les gestes du deuil ; et pendant que le palais retentit de pleurs, on emporte l’enfant de nuit vers le mont Pélion. Le centaure Chiron l’y élèvera.
Le procédé mérite d’être remarqué : c’est un mensonge qui emprunte le langage le plus sacré dont on dispose, celui des rites funéraires. Éson sauve son fils en simulant sa mort devant des témoins qui n’ont aucune raison de mettre en doute des lamentations.
Jason reviendra à vingt ans réclamer son héritage, avec une seule sandale — accomplissant l’oracle qui avait mis Pélias en garde contre l’homme au pied nu. Ne pouvant refuser ouvertement, l’usurpateur l’envoie chercher la Toison d’or.
Deux morts qui ne se raccordent pas
Ce qu’il advient d’Éson pendant l’absence de son fils dépend entièrement de l’auteur, et les deux traditions sont inconciliables.
Apollodore rapporte que Pélias, croyant l’expédition perdue, contraint le vieux roi au suicide. Éson demande à mourir en buvant du sang de taureau, que l’Antiquité tenait pour instantanément mortel, et s’exécute. Sa femme se pend ; le petit frère resté au palais est égorgé. Jason rentre dans une maison vidée — ce qui fournit son mobile à ce que Médée infligera ensuite à Pélias.
Ovide le garde vivant, simplement détruit par l’âge, et fait demander à Médée par Jason de prélever des années sur sa propre vie pour les donner à son père.
Le rajeunissement
Médée refuse l’échange et met en scène tout autre chose — le morceau de bravoure de sorcellerie le plus complet de la littérature latine.
Elle travaille neuf nuits sous la pleine lune, sur un char tiré par des serpents ailés, à récolter des simples dans toute la Thessalie. Elle dresse deux autels, l’un à Hécate, l’autre à la Jeunesse, creuse des fosses, égorge un bélier noir.
Puis elle ouvre la gorge d’Éson, en laisse s’écouler tout le sang ancien, et y verse une décoction bouillie contenant du givre cueilli au clair de lune, de la chair de chat-huant, les entrailles d’un loup-garou, une peau de serpent d’eau libyen, un foie de cerf et la tête d’une corneille ayant vécu neuf générations. Barbe et cheveux noircissent, les rides se comblent : il a quarante ans de moins, et ne comprend pas ce qui lui arrive.
Un appât
Le plus intéressant est l’usage que Médée fait ensuite de cette réussite.
Elle exécute le même tour devant les filles de Pélias, sur un vieux bélier qu’elle transforme réellement en agneau, et les persuade que le procédé rendra sa jeunesse à leur père. Elles découpent Pélias et le mettent à bouillir. Cette fois, Médée omet les herbes.
Éson est donc, dans la version ovidienne, à la fois le bénéficiaire du seul rajeunissement réussi de la mythologie grecque et la démonstration commerciale qui permet le meurtre de son propre usurpateur. Le père effacé du récit finit par être l’instrument de sa vengeance.
Sources antiques
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, I, 247-305
- Apollodore, Bibliothèque, I, 9, 16 et 27
- Ovide, Métamorphoses, VII, 159-349
- Diodore de Sicile, IV, 50-52
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Questions fréquentes
Comment Éson sauve-t-il Jason ?
Par un faux deuil. Les femmes de la maison se lamentent bruyamment sur le nouveau-né comme s'il venait de mourir, et pendant que le palais retentit de pleurs on emporte l'enfant de nuit vers le mont Pélion, où le centaure Chiron l'élèvera. Le procédé mérite d'être remarqué : c'est un mensonge qui emprunte le langage le plus sacré dont on dispose, celui des rites funéraires.
Éson meurt-il avant le retour de Jason ?
Cela dépend entièrement de l'auteur, et les deux traditions sont inconciliables. Apollodore rapporte que Pélias, croyant l'expédition perdue, le contraint au suicide : il demande à mourir en buvant du sang de taureau, que l'Antiquité tenait pour instantanément mortel. Ovide, à l'inverse, le garde vivant mais brisé par l'âge, et en fait le bénéficiaire du seul rajeunissement réussi de la mythologie grecque.