Mythologie grecque · Héros & mortels

Ismène, sœur d'Antigone et fille d'Œdipe dans la mythologie grecque

Ismène, fille d'Œdipe : l'argumentaire de la prudence face à Créon, le refus que lui oppose Antigone, et une Ismène archaïque oubliée.

Ismène dans l'art classique
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Ismène est la fille d’Œdipe et de Jocaste, et la seule de sa famille encore vivante à la fin de l’Antigone de Sophocle. On la retient pour un refus, puis pour avoir réclamé la mort qu’elle avait d’abord esquivée. La ranger parmi les lâches revient à ne pas lire ce que Sophocle lui fait dire.

Ce qu’Ismène dit vraiment

La pièce s’ouvre avant l’aube, sur les deux sœurs seules. Antigone propose d’ensevelir Polynice. Ismène ne hausse pas les épaules : elle argumente.

Elle avance trois choses. Qu’elles sont des femmes, et que la cité ne leur donne pas les moyens d’affronter des hommes. Qu’elles sont soumises à plus fort qu’elles, et qu’il n’y a pas de honte à en tenir compte. Et surtout que leur maison a déjà été détruite par exactement ce type de geste absolu — elle énumère alors les morts un par un, le père aveuglé, la mère pendue, les deux frères tués de leurs propres mains, comme on produit des pièces à conviction.

Aucune de ces propositions n’est fausse. C’est un état des lieux exact du pouvoir dont disposent deux orphelines sous un roi neuf, et une lecture exacte de ce qui est arrivé à tous ceux de leur sang qui ont choisi la désobéissance. Antigone ne répond à rien. Elle cesse simplement de lui parler.

Le refus qui la sauve

Quand la sépulture est découverte, Ismène s’avance et revendique le geste avec sa sœur. Antigone lui refuse le mensonge : tu as choisi de vivre, j’ai choisi de mourir.

La sécheresse de la réplique passe pour de la cruauté, et elle l’est en partie. Elle est aussi ce qui empêche Ismène d’être exécutée pour un acte qu’elle n’a pas commis. Créon la relâche. Elle quitte alors la pièce sans un vers de plus, et son nom ne figure pas parmi les morts du dénouement — seule survivante d’une lignée qui s’est entièrement détruite.

La messagère de Colone

Œdipe à Colone lui donne un rôle plus actif, que l’on oublie. Pendant qu’Antigone marche au bras de son père et lui sert d’yeux, c’est Ismène qui maintient le lien avec Thèbes et qui arrive à cheval, porteuse de renseignements : la guerre a éclaté entre ses frères, et de nouveaux oracles annoncent que le camp qui détiendra Œdipe l’emportera.

L’information qu’elle apporte est celle qui rend son père politiquement précieux — donc celle qui fait venir Polynice en suppliant, donc celle qui le fait maudire. Les deux sœurs se partagent la fidélité : l’une la présence, l’autre la distance.

Une autre Ismène, bien plus ancienne

La version de Sophocle n’est pas la seule, et sans doute pas la plus ancienne. Mimnerme, au VIIe siècle avant notre ère, connaissait une Ismène tuée par Tydée sur l’instigation d’Athéna, surprise auprès d’un amant nommé Théoclymène à une fontaine devant Thèbes. Une amphore corinthienne du VIe siècle montre la scène : une femme sur un lit, un homme qui s’enfuit, un guerrier qui frappe.

Rien là ne ressemble à la sœur prudente de la scène athénienne : ni Créon, ni sépulture, ni dilemme moral, et une mort qui survient bien avant la guerre au lieu de ne jamais survenir. L’écart vaut avertissement pour tout le cycle thébain. Les versions que le théâtre athénien a fixées au Ve siècle se sont imposées au point de recouvrir les autres, et les fragments laissent entrevoir une mythologie sensiblement plus rude que celle qu’en ont tirée les tragiques.

Sources antiques

  • Sophocle, Antigone (v. 1-99 et 531-581) et Œdipe à Colone
  • Mimnerme, fragment 21 West, transmis par la scholie à Antigone 53
  • Amphore corinthienne à figures noires, Tydée et Ismène, Louvre E 640

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Questions fréquentes

Ismène est-elle lâche ?

Sa réponse à Antigone est un argument, pas un haussement d'épaules. Elle avance trois choses : qu'elles sont des femmes sans moyens face à des hommes, qu'elles sont soumises à plus fort qu'elles, et que leur maison a déjà été détruite par exactement ce type de geste absolu — elle énumère alors les morts un par un. Aucune de ces propositions n'est fausse. Antigone ne répond à rien : elle cesse simplement de lui parler.

Que devient Ismène à la fin de la pièce ?

Rien n'est dit. Créon la relâche après qu'Antigone lui a refusé de partager la condamnation, elle quitte la scène sans un vers de plus, et son nom ne figure pas parmi les morts du dénouement. Elle est la seule survivante d'une lignée qui s'est entièrement détruite — et le théâtre ne lui accorde ni châtiment ni justification.