Mythologie grecque · Héros & mortels
Phaéthon, fils d'Hélios dans la mythologie grecque
Phaéthon : le palais du Soleil décrit par Ovide, un serment que son père ne pouvait reprendre, l'embrasement du monde, et l'ambre de l'Éridan.
Phaéthon est le fils d’Hélios qui obtient de conduire le char du Soleil pendant une journée et manque d’incendier le monde. Ovide lui consacre près de quatre cents vers des Métamorphoses, et fait de cet épisode l’un des plus longs et des plus somptueux du poème.
Le palais du Soleil
Ovide commence par une description qui ne sert à rien sur le plan de l’intrigue, et qui est pourtant essentielle.
Le palais s’élève sur de hautes colonnes, éclatant d’or et de bronze poli, couronné d’ivoire ; ses portes d’argent sont ciselées par Vulcain et figurent la mer avec ses dieux, les terres avec leurs cités et leurs bois, et le ciel avec ses signes. À l’intérieur, le dieu siège sur un trône d’émeraudes, entouré des Jours, des Mois, des Années, des Siècles et des Heures ; le Printemps porte une couronne de fleurs, l’Été des épis, l’Automne des raisins foulés, l’Hiver des cheveux blancs hérissés.
Cette ekphrasis établit l’enjeu sans qu’un mot soit dit : ce qu’un adolescent va demander à conduire n’est pas un attelage, c’est le mécanisme même du temps, dont on vient de lui montrer le personnel au complet.
Ce qu’un fils venait chercher
Il faut se rappeler pourquoi il est là, car on l’oublie systématiquement. Ce n’est pas un caprice.
Épaphos, fils de Zeus, l’a traité de naïf pour croire sa mère Clymène sur l’identité de son père. Clymène jure par le Soleil lui-même et l’envoie vérifier. Phaéthon ne monte donc pas au palais pour obtenir un cadeau : il y monte pour obtenir la preuve de sa propre légitimité.
Hélios la lui donne — il le reconnaît, l’appelle son fils — puis, pour lever tout doute possible, jure par le Styx de lui accorder ce qu’il demandera. C’est ce serment de trop, prononcé par tendresse, qui tue l’enfant. Le Soleil a d’autres enfants — Circé et Pasiphaé — mais aucun ne lui a demandé de preuve, et aucun n’en meurt.
Les arguments d’un père
Hélios passe ensuite une centaine de vers à tenter de le dissuader, et son plaidoyer est remarquable parce qu’il est entièrement technique.
Les chevaux soufflent le feu et lui obéissent à peine. La première portion du trajet est si raide qu’il a peur en la regardant du bas ; le milieu est si haut qu’il n’ose pas regarder en dessous ; la descente est si abrupte que Téthys tremble chaque soir en le voyant arriver. Le ciel tourne par-dessous, et il faut conduire à contresens de cette rotation. Demande autre chose, conclut-il, demande ce qu’un père doit pouvoir donner.
L’enfant ne cède pas, et le serment par le Styx lie même un dieu. Ce détail juridique est le cœur du récit : Hélios sait exactement ce qui va se passer, dispose de tous les arguments, et n’a aucun moyen de se dédire.
L’embrasement
Les chevaux sentent une charge plus légère et s’emballent. Le char monte jusqu’à effrayer les constellations, puis pique. Les montagnes s’enflamment — Ovide les énumère, l’Athos, le Taurus, l’Hélicon, le Parnasse, les Alpes —, les fleuves sèchent dans leur lit, la Libye devient désert.
La Terre elle-même finit par prendre la parole, brûlée et suffoquant, pour demander à Jupiter ce qu’elle a fait pour mériter cela et si l’on est en train de restaurer le chaos. Jupiter monte à la hauteur d’où il envoie la pluie, ne trouve plus un seul nuage nulle part, et foudroie l’enfant pour sauver le monde.
L’ambre et la route du Nord
Phaéthon tombe en flammes dans le fleuve Éridan. Ses sœurs, les Héliades, pleurent sur la tombe jusqu’à ce que l’écorce les gagne ; leurs larmes durcissent au soleil et tombent dans le fleuve en gouttes d’ambre.
Ce dénouement accomplit un travail réel. L’ambre était une importation de luxe authentique, et les Grecs savaient qu’elle descendait par des routes fluviales depuis un ailleurs hors de leurs cartes — l’Éridan, que l’Antiquité identifiera au Pô sans jamais s’accorder. On sait aujourd’hui que cet ambre venait pour l’essentiel de la Baltique, acheminé par la « route de l’ambre » à travers l’Europe centrale.
Le mythe fournit donc une origine à une matière précieuse dont la provenance réelle était inconnue, et il le fait en la présentant comme un résidu de chagrin. Là où finit la carte, commence la métamorphose.
Sources antiques
- Ovide, Métamorphoses, I, 750 - II, 400
- Euripide, Phaéthon, fragments
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, IV, 595-626
- Hygin, Fables, 152A
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle (XXXVII, 31-33) pour l'ambre
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Questions fréquentes
Pourquoi Phaéthon veut-il conduire le char ?
Pour obtenir une preuve, pas un cadeau. Épaphos, fils de Zeus, l'a traité de naïf pour croire sa mère sur l'identité de son père. Clymène jure par le Soleil et l'envoie vérifier. Phaéthon monte donc au palais pour établir sa légitimité — et Hélios, pour lever tout doute, jure par le Styx de lui accorder ce qu'il demandera. C'est ce serment de trop, prononcé par tendresse, qui tue l'enfant.
Quel rapport entre Phaéthon et l'ambre ?
Ses sœurs, les Héliades, pleurent sur sa tombe au bord de l'Éridan jusqu'à ce que l'écorce les gagne ; leurs larmes durcissent au soleil et tombent dans le fleuve en gouttes d'ambre. Le récit fournit une origine à une matière précieuse dont la provenance réelle était inconnue — on sait aujourd'hui que cet ambre venait de la Baltique par la route commerciale du même nom. Là où finit la carte, commence la métamorphose.