Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Taouret, déesse hippopotame des naissances

En bref

Taouret est la déesse égyptienne de la grossesse et de l'accouchement, représentée en hippopotame femelle debout, pattes de lionne et dos de crocodile. Elle n'a ni grand temple ni généalogie : c'est une déesse de la maison, invoquée sur les amulettes, les lits et les baguettes magiques, et la seule à veiller sur la constellation où Seth est enchaîné.

  • grossesse et accouchement
  • protection des nouveau-nés et des mères
  • défense de la maison et du sommeil
  • surveillance du ciel septentrional
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Qui est Taouret ?

Taouret — « la Grande » — est la déesse égyptienne de la grossesse et de l’accouchement, représentée en hippopotame femelle debout, dotée du ventre et des seins d’une femme enceinte, de pattes de lionne et d’un dos de crocodile. Elle n’a pas de mythe, presque pas de temple et aucune généalogie : elle appartient à la religion domestique, celle qui se pratique à la maison, autour du lit et du berceau. C’est précisément ce qui la rend intéressante — elle donne accès à ce que les Égyptiens ordinaires craignaient et demandaient, plutôt qu’à ce que les prêtres d’État écrivaient sur les murs des temples.

Un corps composite entièrement fonctionnel

Chaque élément de son apparence remplit un rôle défensif. L’hippopotame femelle est, dans la vallée du Nil, l’animal le plus dangereux à approcher quand il protège ses petits : le modèle animal de la mère qui charge. Les pattes de lionne ajoutent la puissance du grand félin, celle de Sekhmet. Le dos et la queue de crocodile, parfois figurés comme un petit crocodile couché le long de son échine, convoquent le prédateur du fleuve, domaine de Sobek.

Le résultat additionne les trois animaux les plus redoutés d’Égypte — exactement les mêmes que ceux qui composent Ammit, la dévoreuse du tribunal des morts. Le contraste est éclairant : les mêmes ingrédients servent à fabriquer la terreur absolue dans un contexte funéraire, et la protectrice la plus rassurante dans le contexte domestique. Ce n’est pas la nature de la force qui compte, c’est le sens dans lequel elle est tournée.

Dans ses pattes avant, Taouret tient le plus souvent le signe sa, une boucle de roseau ou de papyrus qui signifie « protection », parfois une torche allumée — le feu écarte les esprits — ou un couteau.

La déesse du lit et de la naissance

L’accouchement était en Égypte un danger majeur, pour la mère comme pour l’enfant. La réponse religieuse n’est pas passée par les grands temples mais par des objets.

Les plus spectaculaires sont les baguettes apotropaïques du Moyen Empire, taillées dans une défense d’hippopotame fendue en deux, incisées d’une file de figures protectrices où Taouret voisine avec le dieu nain Bès, des serpents, des lions et des couteaux. On s’en servait vraisemblablement pour tracer autour de la mère et du nourrisson un cercle magique ; certaines portent des traces d’usure aux extrémités, comme si elles avaient réellement été passées sur le sol.

Le reste du mobilier suit : amulettes portées au cou, appuie-tête ornés de sa silhouette pour protéger le sommeil, lits dont les pieds la reprennent, vases à lait ou à onguent en forme de déesse dont le liquide s’écoulait par le mamelon. À Deir el-Médineh, le village des artisans qui creusaient les tombes royales, les fouilles ont livré une densité remarquable de ces objets : chez les gens, Taouret était omniprésente.

Cette popularité a franchi la Méditerranée. Les archéologues reconnaissent dans le « génie minoen », cette figure debout à corps composite qui verse des libations sur les sceaux crétois, une adaptation directe de l’iconographie de Taouret — l’un des cas les mieux établis d’emprunt figuratif de l’Égypte vers l’Égée à l’âge du bronze.

L’hippopotame du ciel du nord

Taouret a aussi une existence astronomique, et c’est l’un des dossiers les plus surprenants de la religion égyptienne. Sur les plafonds astronomiques — celui du tombeau de Sénènmout sous Hatchepsout, ceux de Séthi Ier et du Ramesséum —, une constellation septentrionale est figurée sous les traits d’une femelle hippopotame debout, appelée Réret, « la Truie ».

Elle tient un piquet d’amarrage. À ce piquet est attachée la constellation de la Cuisse (Meskhetiou), le groupe d’étoiles que nous appelons la Grande Ourse et que les Égyptiens identifiaient à la patte avant de Seth, arrachée et reléguée au nord du ciel. Ces étoiles ne se couchent jamais : elles tournent indéfiniment autour du pôle, et il fallait expliquer pourquoi cette puissance de désordre, une fois vaincue, restait visible chaque nuit. La réponse égyptienne est que quelqu’un la tient. Ce quelqu’un est l’hippopotame.

La déesse qui garde le berceau garde donc aussi le ciel, et sur le même principe : empêcher que ce qui menace ne se déchaîne.

Ipet, Réret et les autres hippopotames

Taouret n’est pas seule dans sa famille de forme. L’Égypte connaît plusieurs déesses hippopotames aux fonctions voisines, souvent confondues : Ipet (ou Apet), qui possède à Karnak un temple tardif où l’on célébrait la naissance d’Osiris, Réret et Hedjet, « la Blanche ». Les textes les distinguent parfois, l’iconographie presque jamais.

Cette instabilité est une donnée, pas une confusion : ces figures forment un ensemble de puissances protectrices féminines interchangeables, mobilisées selon le besoin. La question « quelle déesse hippopotame est-ce ? » a souvent moins d’intérêt que la question « contre quoi protège-t-elle ici ? ».

Ce que disent les sources antiques

L’essentiel de la documentation sur Taouret est matériel : amulettes, mobilier, objets de fouille. Le seul récit suivi la concernant vient d’un auteur grec, Plutarque, et il faut le lire avec précaution. Dans son traité Isis et Osiris (chapitre 19), il rapporte que Thouéris, concubine de Typhon — c’est-à-dire de Seth —, passa du côté d’Horus, et qu’un serpent lancé à sa poursuite fut taillé en pièces ; un rite commémorait l’épisode par la section d’une corde.

Le témoignage est tardif, extérieur, et interprète l’Égypte à travers des catégories grecques. Aucune source égyptienne ne fait de Taouret l’épouse ou la concubine de Seth. Ce que Plutarque conserve, en revanche, est probablement exact sur un point : le lien entre la déesse hippopotame et Seth existe bel et bien — mais c’est un lien de surveillance, celui du piquet d’amarrage au ciel du nord, non un lien de mariage.

C’est pourquoi cette fiche ne rattache Taouret à aucune famille divine : les sources égyptiennes ne lui en donnent pas, et lui en inventer une pour la faire entrer dans un arbre généalogique reviendrait à trahir ce qu’elle est — une puissance protectrice sans généalogie, invoquée pour ce qu’elle fait et non pour ce dont elle descend.

Lectures complémentaires

Pour la déesse-lionne dont Taouret emprunte les pattes et la férocité, lire la fiche de Sekhmet. Pour la créature funéraire construite avec les trois mêmes animaux, mais retournée en menace, voir la fiche d’Ammit. Pour le dieu dont la constellation est amarrée sous sa garde, consulter la fiche de Seth. Pour la grande mère divine de la théologie officielle, à laquelle Taouret sert de contrepoint domestique, lire la fiche d’Isis.

Sources antiques

  • Baguettes apotropaïques en ivoire d'hippopotame (Moyen Empire)
  • Plafonds astronomiques de Sénènmout (TT 353) et de Séthi Ier
  • Stèles et objets votifs de Deir el-Médineh
  • Plutarque, Isis et Osiris, 19
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Questions fréquentes

De quoi Taouret est-elle la déesse ?

Taouret protège les femmes enceintes, les accouchées et les nourrissons. C'est une déesse du quotidien, pas de la théologie officielle : on la trouve sur les amulettes portées au cou, sur les appuie-tête, sur les vases à onguents et sur les baguettes magiques posées près du lit de la mère. Son domaine est le moment le plus dangereux de la vie égyptienne, la naissance.

Pourquoi Taouret est-elle représentée en hippopotame ?

Parce que l'hippopotame femelle était réputé pour la férocité avec laquelle il défend ses petits — et parce qu'il comptait, avec le crocodile et le lion, parmi les animaux les plus redoutés du Nil. Son corps composite additionne les trois : hippopotame, pattes de lionne, dos de crocodile. La déesse oppose donc aux menaces qui pèsent sur le nouveau-né une menace plus grande encore, entièrement retournée en protection.

Taouret avait-elle des temples ?

Très peu, et tardivement. Sa dévotion relève de la religion domestique : chapelles de quartier, autels de maison, objets personnels. Cette discrétion monumentale est trompeuse — le nombre d'amulettes retrouvées en fait l'une des divinités les plus présentes dans la vie réelle des Égyptiens, bien au-delà de dieux d'État beaucoup mieux dotés en pierre.