Mythologie grecque · Créatures

Le Taureau de Crète, père du Minotaure et adversaire d'Héraclès

Le taureau de Crète : le souvenir minoen derrière le mythe, le sacrifice que Minos a gardé, et l'animal relâché qui finit immolé à Marathon.

Le Taureau de Crète dans l'art classique
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Le taureau de Crète est l’animal par lequel tout le cycle crétois commence. Avant d’être un monstre de récit, il est le reflet d’une réalité archéologique : la Crète que les Grecs imaginaient était une île où le taureau tenait la place centrale, et le mythe s’est construit sur ce souvenir.

Ce que Cnossos montre encore

Les fouilles du palais de Cnossos ont mis au jour un dossier iconographique sans équivalent en Méditerranée : fresques de tauromachie acrobatique, où de jeunes gens saisissent les cornes d’un taureau lancé et le franchissent d’un saut ; rhytons de pierre en forme de tête de taureau ; et surtout les cornes de consécration, motif architectural en forme de cornes dressées qui couronnait les édifices sacrés.

La civilisation minoenne, antérieure de plusieurs siècles aux Grecs qui raconteront ces histoires, plaçait donc le taureau au cœur de son rituel. Les Mycéniens puis les Grecs classiques héritent d’une Crète dont ils ne comprennent plus la religion, et dont ils gardent une image : un palais labyrinthique, une reine, et un taureau au centre.

Le mythe du Minotaure n’est pas un souvenir historique — on ne sacrifiait pas des Athéniens à un homme-taureau. C’est ce que devient une pratique cultuelle oubliée quand une culture postérieure tente d’en rendre compte.

Un signe qu’il fallait rendre

Minos, dont le droit au trône est contesté, demande à Poséidon un signe et promet de sacrifier ce que le dieu enverra. Un taureau d’une beauté extraordinaire sort de la mer ; les Crétois s’inclinent ; Minos le garde et immole une bête ordinaire à sa place.

La faute est précise. Une victime promise appartient déjà au dieu : la retenir n’est pas de l’avarice, c’est un détournement, aggravé d’un mensonge sur ce qui se trouve à l’autel. Toute la suite découle d’un unique geste — conserver ce qui n’était plus à soi.

Le père du Minotaure

La représaille ne vise pas Minos. Poséidon inspire à Pasiphaé un désir irrésistible pour l’animal ; Dédale construit la vache de bois ; le Minotaure naît.

Il faut être net sur ce point, que la plupart des résumés brouillent : Poséidon n’est pas le père du monstre. Il déclenche l’enchaînement ; les parents sont Pasiphaé et le taureau. L’arbre de ce site l’enregistrait autrefois autrement, et la filiation a été corrigée.

De Cnossos à Marathon

Devenu furieux, l’animal ravage la Crète. Eurysthée charge Héraclès de le ramener vivant, ce qui fait du septième travail un problème de prise et non de chasse. Le héros refuse l’aide de Minos, maîtrise la bête à mains nues et traverse la mer avec elle.

Puis vient la charnière du récit : présenté à Tirynthe, le taureau est relâché, parce qu’Héra refuse une offrande qui ferait honneur à Héraclès. L’animal le plus dangereux de l’Égée est lâché en Grèce continentale à cause d’une querelle de préséance.

Il gagne l’Attique et la plaine de Marathon. Thésée l’y capture, le fait défiler dans Athènes et le sacrifie à Apollon — accomplissant enfin, deux générations plus tard, le sacrifice escamoté par Minos. Puis il s’embarque pour la Crète et tue le Minotaure : le fils du taureau, né de ce que le taureau n’avait jamais été rendu.

Sources antiques

  • Apollodore, Bibliothèque (II, 5, 7 ; III, 1, 3-4) et Épitomé, I, 5-6
  • Diodore de Sicile, IV, 13
  • Pausanias, Description de la Grèce, I, 27, 9-10
  • Plutarque, Thésée, 14
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV

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Questions fréquentes

Le taureau de Crète est-il le père du Minotaure ?

Oui, et c'est le point que la plupart des résumés brouillent. Poséidon n'est pas le père du monstre : il déclenche l'enchaînement en frappant Pasiphaé de désir, mais les parents sont Pasiphaé et le taureau lui-même. L'arbre de ce site enregistrait autrefois Poséidon et la filiation a été corrigée.

Que reste-t-il de ce mythe dans l'archéologie ?

Beaucoup, mais transposé. Les fouilles de Cnossos ont livré des fresques de tauromachie acrobatique, des rhytons en tête de taureau et les cornes de consécration qui couronnaient les édifices sacrés. La civilisation minoenne plaçait le taureau au cœur de son rituel ; les Grecs, héritant d'une Crète dont ils ne comprenaient plus la religion, en ont tiré un palais labyrinthique, une reine et un monstre.