Mythologie grecque · Héros & mortels

Icare, fils de Dédale dans la mythologie grecque

Icare, fils de Dédale : les ailes de plume et de cire, la consigne du milieu qu'il n'a pas tenue, et l'Icare amer de Baudelaire.

Icare dans l'art classique
Anthony van Dyck — via Wikimedia Commons · Domaine public · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Icare est le fils de Dédale qui s’évade de Crète sur des ailes fabriquées par son père et se noie pour avoir volé trop haut. Le récit tient en quelques dizaines de vers chez Ovide, et il a survécu à presque tous les mythes grecs plus longs que lui.

Pourquoi il fallait voler

Dédale a bâti le Labyrinthe pour Minos, puis expliqué à Ariane comment Thésée pourrait en ressortir. Découvrant la trahison, Minos enferme l’architecte et son fils dans l’édifice même — ou dans une tour, selon les sources.

La fuite par terre ou par mer est exclue : Minos contrôle les deux. Ovide prête à Dédale la remarque qui décide de tout — il peut me fermer la terre et les flots, mais le ciel est ouvert — et le vol cesse d’être un prodige pour devenir la seule issue restante.

Il dispose des plumes par ordre de taille croissante, comme les tuyaux inégaux d’une flûte de berger, les lie au milieu par du fil et à la base par de la cire, puis incurve l’ensemble à l’imitation d’une aile véritable.

La consigne du milieu

L’avertissement de Dédale est une consigne technique, pas une maxime. Tiens la ligne médiane : trop bas, l’embrun alourdira les plumes ; trop haut, le soleil amollira la cire.

Ovide décrit la leçon avec l’enfant qui gêne — Icare jouant avec les plumes, pétrissant la cire du pouce, sans comprendre qu’il manipule ce dont sa vie dépend — et les mains du père qui tremblent en ajustant les ailes aux épaules de son fils, puis en l’embrassant, sachant qu’ils ne recommenceront pas.

Cette prescription du milieu est le vrai contenu moral du mythe, et il est plus austère qu’on ne le dit d’ordinaire. Icare n’est pas puni pour avoir voulu s’élever : il est puni pour n’avoir pas tenu une cote. La démesure grecque, ici, n’est pas l’ambition, c’est l’inattention aux limites matérielles d’un dispositif.

Vu d’en bas

Le détail qui a maintenu le récit en vie n’est pas la chute, mais les témoins.

Ovide place un pêcheur à la ligne frémissante, un berger appuyé sur son bâton, un laboureur à son mancheron, et fait lever les yeux à chacun : ils voient deux formes passer dans l’air et en concluent que ce sont des dieux. Trois hommes au travail dans les champs, un instant certains d’assister à une théophanie, alors que ce qui passe au-dessus d’eux est un artisan en fuite et un garçon qui a dix minutes à vivre.

L’enfant prend goût au vol, quitte le sillage de son père et monte. La cire fond. Il bat des bras nus, ne trouve plus d’appui, et appelle son père jusqu’à ce que l’eau se referme sur le nom. Dédale, qui appelle sans réponse, aperçoit des plumes sur la mer.

Ce que le nom a laissé

Il recueille le corps et l’ensevelit ; la mer devient la mer Icarienne, l’île l’Icaria, qui porte encore ce nom dans l’Égée orientale. Pausanias conserve une variante où c’est Héraclès, de passage, qui trouve et enterre le corps — service pour lequel Dédale lui sculptera plus tard une statue.

La postérité française du mythe est riche, et souvent amère. Baudelaire referme Les Fleurs du Mal sur « Les Plaintes d’un Icare », où le poète n’a même pas la gloire de la chute : il s’est brûlé les bras à embrasser des nuages, ne trouvera pas de nom à donner au gouffre qui lui servira de tombeau, et constate que les amants des prostituées sont, eux, « heureux, dispos et repus ». L’Icare moderne n’est plus le fils imprudent d’un ingénieur : c’est celui qui tombe sans que personne relève l’endroit.

Sources antiques

  • Ovide, Métamorphoses, VIII, 183-235
  • Apollodore, Épitomé, I, 12-13
  • Pausanias, Description de la Grèce, IX, 11, 4-5
  • Diodore de Sicile, IV, 77
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV

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Questions fréquentes

Que dit exactement Dédale à son fils ?

Une consigne technique, pas une maxime. Tiens la ligne médiane : trop bas, l'embrun alourdira les plumes ; trop haut, le soleil amollira la cire. C'est le vrai contenu moral du mythe, et il est plus austère qu'on ne le dit — Icare n'est pas puni pour avoir voulu s'élever, mais pour n'avoir pas tenu une cote. La démesure, ici, est une inattention aux limites matérielles d'un dispositif.

Que reste-t-il d'Icare dans la poésie française ?

Une figure amère. Baudelaire referme Les Fleurs du Mal sur « Les Plaintes d'un Icare », où le poète n'a même pas la gloire de la chute : il s'est brûlé les bras à embrasser des nuages et ne trouvera pas de nom à donner au gouffre qui lui servira de tombeau. L'Icare moderne n'est plus le fils imprudent d'un ingénieur, c'est celui qui tombe sans que personne relève l'endroit.