Qu’est-ce que Troie ?

Troie (Ílion en grec, Ilium en latin) est la cité royale de Phrygie dont le siège par les armées grecques constitue l’événement central de la mythologie héroïque grecque. Plus qu’une simple ville, Troie est le lieu où se nouent les fils de plusieurs générations divines et humaines : la vengeance d’Héra, le désir d’Aphrodite, l’arrogance des mortels et le jeu ambigu des dieux déterminent ensemble le destin d’une cité qui finira par s’effondrer sur elle-même. La Guerre de Troie est l’un des récits fondateurs de la civilisation occidentale, et Troie en est le décor et le martyr.

Fondation et généalogie royale

La tradition mythologique attribue la fondation de Troie à une lignée qui remonte directement aux dieux. Le premier ancêtre est Tros, fils de Érichthonios et petit-fils de Dardan — lui-même fils de Zeus et fondateur de la Dardanie voisine.

Ilos, fils de Tros, fonde la ville proprement dite, qu’il nomme Ilion d’après son propre nom. Selon la légende rapportée par Apollodore, Ilos reçut en signe divin une statue d’Athéna tombée du ciel — le Palladium — qu’il enfouît dans les fondations de la citadelle. Cette statue était censée protéger la ville tant qu’elle s’y trouverait.

Laomédon, fils d’Ilos, fait construire les célèbres remparts de Troie. Selon plusieurs sources, Apollon et Poséidon travaillèrent à cette construction sous une forme mortelle, envoyés par Zeus en punition d’une rébellion — mais Laomédon refusa de les payer pour leur travail. Cette trahison explique pourquoi Poséidon et Apollon soutiennent plus tard des camps opposés pendant la guerre : l’un hostile à Troie, l’autre favorable.

Priam, fils de Laomédon, est le roi de Troie pendant la Guerre. Il règne sur une cité prospère, peuplée d’une nombreuse famille : cinquante fils (dont Hector et Pâris) et cinquante filles selon certaines sources, ainsi que des épouses multiples. Sa figure est celle d’un vieillard digne, écrasé par le destin.

Le jugement de Pâris : origine de la guerre

La chaîne causale qui conduit à la Guerre de Troie commence avec la pomme d’or de la Discorde, jetée par Éris lors des noces de Pélée et Thétis. Trois déesses — Héra, Athéna et Aphrodite — se disputent la pomme inscrite « à la plus belle ». Zeus confie l’arbitrage à Pâris, prince troyen vivant alors comme berger sur le mont Ida.

Chaque déesse offre un don : Héra promet la puissance et la gloire d’un roi, Athéna la sagesse et la victoire au combat, Aphrodite la femme la plus belle du monde. Pâris choisit Aphrodite. La femme désignée est Hélène, épouse du roi spartiate Ménélas. Pâris se rend à Sparte, est accueilli en hôte, puis enlève Hélène et l’emporte à Troie.

Ce rapt est le prétexte immédiat de la guerre. Ménélas, outragé, convoque les rois grecs pour reconquérir son épouse — et la machinerie héroïque de l’Iliade se met en marche. Le Jugement de Pâris est donc l’acte fondateur de la catastrophe troyenne.

La Guerre de Troie : dix ans de siège

La Guerre de Troie est le siège de la cité par une coalition de rois grecs menée par Agamemnon, frère de Ménélas. Les deux plus grands guerriers de la guerre sont Achille côté grec et Hector côté troyen. Ce duel symbolique — entre le plus rapide et le plus noble — constitue le cœur dramatique de l’Iliade d’Homère.

Pendant dix ans, les armées se font face devant les remparts. Les dieux interviennent directement : Héra et Athéna soutiennent les Grecs, Apollon et Aphrodite défendent les Troyens, Poséidon oscille. Zeus supervise l’ensemble, s’efforçant de maintenir un équilibre que son propre plan du destin (Dios boulē) viendra rompre.

La mort d’Achille — tué par une flèche de Pâris guidée par Apollon dans le talon, son seul point vulnérable — est un des moments les plus dramatiques. Mais elle survient après l’Iliade : Homère s’arrête à la mort d’Hector et aux funérailles qui lui sont accordées.

La chute de Troie : le cheval de bois

Après dix ans de siège infructueux, Ulysse imagine la ruse décisive : le cheval de Troie. Les Grecs construisent un immense cheval de bois creux et y dissimulent une troupe d’élite. Puis ils feignent de partir, laissant le cheval sur la plage.

Les Troyens, pressés par la curiosité et trompés par un déserteur grec (Sinon) qui leur ment sur la nature du cheval, décident de l’introduire dans la ville malgré les avertissements de Cassandre (prophétesse condamnée à n’être jamais crue) et de Laocoon (le prêtre qui sera tué avec ses fils par des serpents envoyés par Poséidon pour le faire taire).

La nuit venue, les guerriers sortent du cheval, ouvrent les portes aux armées grecques revenues discrètement, et Troie est mise à sac. Le feu consume la cité. Priam est tué. Les femmes troyennes sont réduites en esclavage.

L’après-Troie : destins épars

La chute de Troie est le début d’une longue série de destins épars, racontés dans les épopées du cycle troyen.

Ulysse met dix ans à rentrer à Ithaque — son périple est le sujet de l’Odyssée. Agamemnon rentre en Argos et est assassiné par sa femme Clytemnestre. Énée, prince troyen et fils d’Aphrodite, s’enfuit avec son père Anchise sur les épaules et son fils Ascagne. Il finira par fonder une nouvelle cité en Italie — récit de l’Énéide de Virgile — dont descendra Rome. Cassandre est emmenée comme esclave par Agamemnon.

Troie n’est donc pas une fin en soi : c’est un point de bascule à partir duquel de nouvelles histoires commencent, dans toutes les directions du monde méditerranéen.

Ce que disent les sources antiques

L’Iliade d’Homère (VIIIe siècle av. J.-C. environ) est le texte fondamental : elle couvre seulement quelques semaines de la dixième année de guerre, centrées sur la colère d’Achille. L’Odyssée du même auteur trace les conséquences pour les vainqueurs. Le « Cycle épique » — ensemble de poèmes perdus dont il ne reste que des résumés — couvrait l’ensemble de la guerre, des origines à la chute. Virgile (Énéide, Ier siècle av. J.-C.) reprend la tradition pour construire la mythologie fondatrice de Rome à partir d’Énée. Apollodore (Bibliothèque) et Hygin (Fabulae) fournissent des versions synthétiques de la généalogie troyenne et des épisodes de la guerre.

Lectures complémentaires

Pour le grand récit de la guerre qui dévaste Troie, lire La guerre de Troie. Pour l’acte qui déclenche la catastrophe, lire Le jugement de Pâris. Pour le plus grand défenseur de Troie, lire la fiche d’Hector. Pour le héros grec dont la colère structure toute l’Iliade, lire la fiche d’Achille. Pour celui qui imagine la ruse du cheval et met dix ans à rentrer, lire la fiche d’Ulysse.

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Questions fréquentes

Troie a-t-elle réellement existé ?

Oui, une cité correspondant à Troie a été identifiée par l'archéologue Heinrich Schliemann en 1871 à Hisarlik (Turquie actuelle). Les fouilles ont révélé plusieurs strates d'occupation, dont une cité (Troie VIIa, v. 1200-1180 av. J.-C.) qui correspond à la période traditionnelle de la Guerre de Troie et porte des traces de destruction violente. L'étendue exacte de la correspondance avec le récit homérique reste débattue.

Qui sont les rois de Troie dans la mythologie grecque ?

La lignée royale troyenne remonte à Tros (qui donne son nom à la cité), puis Ilos (fondateur d'Ilion), Laomédon (qui bâtit les remparts aidé d'Apollon et Poséidon), et enfin Priam, le vieux roi régnant pendant la Guerre de Troie. Ses fils incluent Hector, le plus grand défenseur de Troie, et Pâris, dont le jugement déclencha la guerre.

Comment Troie est-elle finalement conquise ?

Après dix ans de siège infructueux, le stratagème du cheval de Troie — imaginé par Ulysse — permet la prise de la cité. Les Grecs feignent de partir en laissant un immense cheval de bois. Les Troyens l'introduisent dans leurs murs. La nuit, des guerriers grecs cachés à l'intérieur ouvrent les portes à l'armée revenue. Troie est pillée et brûlée.