Mythologie nordique · Créatures
Les Valkyries, vierges guerrières qui choisissent les morts au combat
Les Valkyries dans la mythologie nordique : servantes d'Odin qui désignent les guerriers tombés, les mènent au Valhalla et tissent le destin des batailles selon les Eddas.
Qui sont les Valkyries ?
Les Valkyries (valkyrjur, « celles qui choisissent les morts au combat ») sont les vierges guerrières de la mythologie nordique, servantes et messagères d’Odin. Leur fonction est aussi précise que redoutable : sur chaque champ de bataille, elles décident quels guerriers tomberont, puis escortent les plus dignes vers le Valhalla, la salle des morts glorieux. Elles ne sont ni des déesses majeures ni de simples esprits : elles sont l’instrument par lequel Odin recrute, mort après mort, l’armée qu’il rassemble pour la bataille finale.
Rôle et nature : élire, non tuer
Le nom des Valkyries dit tout leur office. Elles ne provoquent pas la mort — elles la désignent. Planant invisibles au-dessus des armées, elles choisissent quels combattants sont mûrs pour la mort et lesquels, parmi ces morts, méritent d’entrer au Valhalla. Ce choix n’est pas moral : Odin ne veut pas les hommes les plus justes, mais les guerriers les plus redoutables, car il les destine à combattre à ses côtés au Ragnarök.
Une fois la bataille achevée, les Valkyries accompagnent les élus — les Einherjar — jusqu’à la salle d’Odin. Là, leur rôle change : elles deviennent échansonnes, servant l’hydromel inépuisable aux guerriers qui festoient chaque soir après s’être entretués chaque jour. La Valkyrie est donc à la fois la faucheuse et l’hôtesse, celle qui choisit la mort et celle qui l’honore.
Un partage avec Freya
Le Valhalla n’est pas l’unique destination des morts au combat. Les Eddas précisent que Freya, la grande déesse vane, reçoit la moitié des tombés dans son propre domaine de Fólkvangr ; Odin prend l’autre moitié. Certaines lectures font même de Freya la première des Valkyries, ou du moins leur modèle divin. Ce partage rappelle que la mort guerrière, dans la Scandinavie ancienne, n’appartient pas à un seul dieu : elle est un bien disputé entre les puissances.
Les Valkyries nommées
Les textes ne présentent pas les Valkyries comme une masse anonyme : plusieurs portent des noms qui sont autant de programmes. Le Grímnismál énumère celles qui servent au Valhalla — Hrist, Mist, Skeggjöld, Göndul, Skögul, Hildr, Þrúðr (fille de Thor), Herfjötur (« l’entrave de l’armée »), Geirölul. Le poème scaldique Hákonarmál montre Göndul et Skögul chevauchant pour accueillir le roi Hákon parmi les Einherjar.
Ces noms disent des fonctions : Hildr signifie « bataille », Herfjötur désigne le pouvoir de paralyser un guerrier au combat, Geirölul évoque la lance. La Valkyrie est une abstraction de la guerre devenue personne.
Vierges au cygne et femmes de héros
À côté de ces figures cosmiques, les poèmes héroïques présentent des Valkyries plus humaines, prises dans des amours mortelles. Le Völundarkviða raconte comment trois Valkyries — Hlaðguðr, Hervör et Ölrún — se posent au bord d’un lac, ayant quitté leurs plumages de cygne, et épousent des mortels : c’est le motif de la « vierge-cygne », commun à de nombreuses traditions.
La plus célèbre est Brynhildr. Valkyrie ayant désobéi à Odin en donnant la victoire au mauvais camp, elle est punie : endormie dans un cercle de feu sur une montagne, elle ne pourra être réveillée que par un héros ignorant la peur. Ce héros est Sigurd, le tueur du dragon Fáfnir. Leur rencontre relie le monde surnaturel des Valkyries au grand cycle tragique des Völsung — l’un des sommets de la littérature norroise.
Les tisseuses du destin
L’image la plus glaçante des Valkyries vient de la saga de Njáll (Njáls saga), dans le poème Darraðarljóð. Un homme aperçoit douze Valkyries dans une cabane, occupées à tisser sur un métier macabre : la chaîne est faite d’entrailles humaines, les poids sont des têtes coupées, la navette une flèche, les peignes des épées. Elles chantent en tissant — car ce qu’elles tissent, c’est l’issue de la bataille de Clontarf (1014). Ici, la Valkyrie n’est plus seulement celle qui choisit les morts : elle est celle qui décide de la bataille, sœur des Nornes qui filent le destin.
Portée symbolique
Les Valkyries condensent la vision nordique de la guerre et de la mort. Mourir au combat n’y est pas une malédiction mais une élection : être choisi par une Valkyrie, c’est être jugé digne de la cause d’Odin. Cette théologie guerrière donne un sens à la mort violente dans une société où elle était omniprésente. Elle explique aussi pourquoi le guerrier idéal des sagas préférait tomber l’arme à la main plutôt que de s’éteindre dans son lit — car seule la première mort ouvrait les portes du Valhalla.
Ce que disent les sources antiques
Les Valkyries apparaissent dès l’Edda poétique : la Völuspá les montre prêtes à chevaucher, le Grímnismál les nomme, le Helgakviða les met en scène auprès des héros. L’Edda en prose de Snorri Sturluson (Gylfaginning, v. 1220) synthétise leur rôle d’échansonnes et de messagères d’Odin. La poésie scaldique — Hákonarmál d’Eyvindr, Eiríksmál — les fait accueillir les rois défunts. Enfin, le Darraðarljóð de la Njáls saga en donne la vision la plus sombre, celle des tisseuses de carnage. Cette diversité des sources explique la richesse contradictoire de la figure : servante, guerrière, amante et déesse du destin tout à la fois.
Lectures complémentaires
Pour le maître dont les Valkyries exécutent la volonté, lire la fiche d’Odin. Pour la salle où elles conduisent les guerriers élus, voir la fiche du Valhalla. Pour la déesse qui reçoit l’autre moitié des morts au combat, consulter la fiche de Freya. Pour le héros qui réveille la Valkyrie Brynhildr endormie dans les flammes, lire la fiche de Sigurd. Enfin, pour la bataille finale à laquelle les Valkyries préparent l’armée des Einherjar, voir le récit du Ragnarök.
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Récits où l’on retrouve cette entité
Questions fréquentes
Quel est le rôle des Valkyries dans la mythologie nordique ?
Les Valkyries sont les servantes d'Odin. Sur chaque champ de bataille, elles désignent quels guerriers vont mourir, puis conduisent la moitié des morts glorieux vers le Valhalla — l'autre moitié revenant à Freya. Au Valhalla, elles servent l'hydromel aux Einherjar. Leur nom signifie « celles qui choisissent les morts au combat ».
Les Valkyries sont-elles des déesses ou des mortelles ?
Les deux, selon les textes. Dans les mythes cosmologiques, elles sont des êtres semi-divins au service d'Odin. Dans les poèmes héroïques, plusieurs Valkyries — comme Brynhildr, Sváva ou Sigrún — apparaissent comme des femmes de haut lignage liées d'amour à des héros mortels, parfois punies par Odin pour avoir désobéi.
Qui est Brynhildr, la Valkyrie la plus célèbre ?
Brynhildr (Brunehilde) est une Valkyrie qui désobéit à Odin en accordant la victoire au mauvais roi. Pour la punir, Odin l'endort dans un cercle de flammes sur une montagne, jusqu'à ce qu'un héros sans peur la réveille : ce sera Sigurd. Son histoire relie le monde des Valkyries au grand cycle héroïque des Völsung.