Mythologie nordique · Dieux & déesses

Ullr, dieu nordique de l'arc, du ski et du serment

En bref

Ullr est le dieu ase de l'arc, du ski et du duel, fils de Sif et beau-fils de Thor. Il habite Ýdalir, « les vallées d'ifs », et l'on jure sur son anneau. Son cas est unique dans le corpus nordique : aucun mythe conservé ne le met en scène, alors que la toponymie norvégienne et suédoise porte son nom par dizaines — un dieu de culte ancien dont la littérature n'a gardé que la silhouette.

  • tir à l'arc
  • ski et chasse d'hiver
  • duel judiciaire (einvígi)
  • serment
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Qui est Ullr ?

Ullr est le dieu nordique de l’arc, du ski et du duel. Fils de la déesse Sif et beau-fils de Thor, il vit à Ýdalir, « les vallées d’ifs » — l’if étant le bois dont on fait les arcs.

Sa particularité est unique dans le corpus : aucun mythe conservé ne le met en scène. Là où Thor a des dizaines d’aventures et Loki des centaines de lignes, Ullr n’a que des descriptions, des kennings et un anneau sur lequel on jure. Mais son nom couvre la carte de la Norvège et de la Suède. C’est le cas d’école du dieu dont le culte a survécu à ses récits.

Fils de Sif, beau-fils de Thor

Snorri le présente en une formule serrée dans le Gylfaginning : Ullr est « fils de Sif, beau-fils de Þórr », si bon archer et si rapide à skis que nul ne peut se mesurer à lui, beau de visage, doté de toutes les qualités du guerrier — « et il est bon de l’invoquer en combat singulier ».

Le détail généalogique compte. Le corpus norrois identifie presque toujours une divinité par son père : Thor est fils d’Odin, Freyr et Freya sont enfants de Njörd. Ullr, lui, n’est rattaché qu’à sa mère, et son père reste anonyme dans toutes les sources conservées. Sif ayant épousé Thor, Ullr entre dans la famille du dieu du tonnerre par alliance, sans en être le fils.

Cette anomalie est l’un des arguments les plus solides en faveur de son ancienneté : une divinité déjà présente, qu’il a fallu raccorder tant bien que mal à la généalogie des Ases telle qu’elle s’est fixée.

Ýdalir, l’arc et le « navire d’Ullr »

Le Grímnismál énumère les demeures divines et donne à Ullr la cinquième : Ýdalir, littéralement « vallées d’ifs ». Le nom fonctionne comme un attribut déguisé — l’if (ýr en vieux norrois) est le bois de l’arc, et ýr désigne d’ailleurs l’arc lui-même en poésie. Loger Ullr dans des vallées d’ifs, c’est le loger dans sa propre arme.

Les kennings skaldiques complètent le portrait. Ullr y est l’öndurás, « l’Ase du ski », le bogaáss, « l’Ase de l’arc », et le dieu du bouclier. Inversement, les poètes appellent le bouclier le « navire d’Ullr » (Ullar skip). Cette image n’a pas d’explication dans les textes conservés : elle suppose un récit perdu où le dieu traversait l’eau sur son bouclier, comme sur un traîneau ou un esquif.

Le rapprochement avec Skaði, l’autre divinité du ski et de la chasse à l’arc, est immédiat — et il est probablement significatif : la mythologie nordique conserve deux figures hivernales aux attributs quasi identiques, l’une géante intégrée aux Ases, l’autre ase sans père connu.

L’anneau d’Ullr : un dieu juridique

Le passage le plus intrigant se trouve dans l’Atlakviða, l’un des poèmes héroïques les plus anciens de l’Edda poétique. Les serments y sont prêtés « sur l’anneau d’Ullr » (at hringi Ullar).

Or l’anneau de serment est une institution documentée du monde scandinave : un anneau conservé dans le sanctuaire, sur lequel on engageait sa parole lors des assemblées. Qu’il porte le nom d’Ullr indique que ce dieu n’était pas seulement un chasseur, mais un garant de la parole donnée, associé au droit — ce qui recoupe la mention de Snorri sur le duel judiciaire, procédure légale de règlement des litiges avant son interdiction en Islande.

Le Grímnismál ajoute une strophe obscure : celui qui écarte le premier les flammes du foyer obtient « la faveur d’Ullr et de tous les dieux ». Le sens rituel exact se dérobe, mais la formule confirme qu’Ullr était un nom que l’on invoquait, pas seulement un personnage de récit.

Ollerus chez Saxo : le régent d’Asgard

Une variante tardive et déroutante est transmise par le chroniqueur danois Saxo Grammaticus (Gesta Danorum, livre III, v. 1200). Sous le nom latinisé d’Ollerus, Ullr y apparaît lorsque Odin, déshonoré, est chassé de sa souveraineté pour dix ans : les dieux choisissent Ollerus pour régner à sa place, et celui-ci prend même le nom d’Odin. Au retour du maître légitime, Ollerus s’enfuit en Suède, où il est tué.

Saxo ajoute un détail précieux : Ollerus franchissait les mers sur un os gravé de formules magiques, aussi vite qu’à la rame. C’est le seul écho narratif conservé du kenning « navire d’Ullr » — et la raison pour laquelle beaucoup de commentateurs lisent cet os comme le bouclier, ou comme un ski, de la tradition perdue.

Il faut toutefois lire Saxo pour ce qu’il est : un auteur chrétien qui évhémérise les dieux en rois et magiciens humains. Son Ollerus n’est pas une source sur la croyance païenne, mais sur ce qu’il en restait dans la mémoire savante danoise du XIIe siècle.

Le dieu que les mythes ont perdu

C’est hors des textes qu’Ullr est le plus présent. Son nom forme un très grand nombre de toponymes cultuels dans l’est de la Norvège et en Suède : Ullensaker et Ullevål en Norvège, Ultuna et Ullevi en Suède, avec les suffixes caractéristiques des lieux de culte (-vé, « sanctuaire », -akr, « champ », -tún, « enclos »). Une variante du nom, Ullinn, apparaît dans d’autres toponymes norvégiens, signe d’une divinité connue sous plusieurs formes selon les régions.

Plus haut encore dans le temps, la bouterolle de Thorsberg, pièce de fourreau d’épée retrouvée dans une tourbière du Schleswig et datée des environs de l’an 200, porte l’inscription runique owlþuþewaz, comprise comme « serviteur de Wulþuz ». Si ce Wulþuz est bien l’ancêtre linguistique d’Ullr, son nom précède de mille ans les Eddas islandaises.

Le contraste est brutal : une densité de culte comparable à celle de Thor ou de Freyr, et un silence narratif presque total. L’explication la plus économique est chronologique — Ullr appartient à une couche ancienne de la religion germanique, déjà résiduelle quand l’Islande chrétienne du XIIIe siècle a mis par écrit les mythes qu’elle connaissait encore.

Ce que disent les sources antiques

Le portrait canonique vient du Gylfaginning (31) de Snorri Sturluson, v. 1220 : filiation, arc, ski, beauté, invocation en duel. Le Skáldskaparmál livre la matière poétique — les kennings d’Ullr et l’appellation du bouclier comme son navire.

L’Edda poétique, plus ancienne, donne les deux mentions les plus chargées : le Grímnismál (5) situe Ýdalir parmi les demeures divines, et l’Atlakviða (30) atteste le serment prêté sur son anneau. Saxo Grammaticus fournit la seule trame narrative, sous une forme évhémérisée qu’il faut manier avec prudence.

L’archéologie et la toponymie complètent l’ensemble, et c’est ici qu’elles pèsent plus lourd que les textes : la bouterolle de Thorsberg pour l’ancienneté du nom, les toponymes scandinaves pour l’étendue du culte.

Lectures complémentaires

Pour sa mère et le mythe qui structure sa maison, lire la fiche de Sif, puis le récit du vol de Mjöllnir, déclenché par la chevelure d’or coupée. Pour son beau-père, voir Thor, et pour l’autre divinité des skis et de l’arc, Skaði. La souveraineté qu’il exerce par intérim chez Saxo appartient à Odin, et la forteresse qu’il aurait gouvernée est décrite dans la fiche d’Asgard.

Sources antiques

  • Snorri Sturluson, Edda en prose — Gylfaginning, 31
  • Snorri Sturluson, Edda en prose — Skáldskaparmál (kennings d'Ullr et du bouclier)
  • Edda poétique — Grímnismál, 5 (Ýdalir) et 42
  • Edda poétique — Atlakviða, 30 (le serment sur l'anneau d'Ullr)
  • Saxo Grammaticus, Gesta Danorum, livre III (Ollerus)
  • Bouterolle de Thorsberg, inscription runique *owlþuþewaz* (v. 200)

À lire aussi

Questions fréquentes

De quoi Ullr est-il le dieu ?

De l'arc, du ski et du combat singulier. Le Gylfaginning le décrit comme un archer si bon et un skieur si rapide que personne ne peut rivaliser, et précise qu'« il est bon de l'invoquer en duel ». Les skaldes ajoutent le bouclier, qu'ils appellent « navire d'Ullr », et l'Atlakviða montre qu'on jurait sur son anneau. Il combine donc la chasse d'hiver et la sphère juridique du serment et du duel.

Qui sont les parents d'Ullr ?

Sa mère est la déesse Sif, aux cheveux d'or. Son père n'est nommé nulle part dans les sources conservées : Snorri le présente uniquement comme « fils de Sif, beau-fils de Þórr ». Cette lacune est notable, car la filiation paternelle est le principal marqueur généalogique du corpus norrois ; elle suggère qu'Ullr appartenait à une strate de croyance plus ancienne, intégrée tardivement à la famille de Thor.

Pourquoi Ullr n'a-t-il aucun mythe conservé ?

Personne ne le sait, et c'est le paradoxe le plus discuté à son sujet. Aucun récit édique ne le met en scène, alors que son nom forme des dizaines de toponymes cultuels en Norvège et en Suède — Ullensaker, Ullevål, Ultuna, Ullevi — souvent associés à des lieux de sacrifice. L'hypothèse dominante est celle d'un dieu très anciennement vénéré, dont le culte a décliné avant que les mythes ne soient mis par écrit en Islande au XIIIe siècle.