Mythologie nordique · Dieux & déesses
Skaði, géante et déesse nordique du ski et de la chasse
En bref
Skaði est une géante des montagnes devenue déesse des Ases par le prix du sang : venue venger son père Þjazi, elle obtient de choisir un époux parmi les dieux en ne voyant que leurs pieds, et tombe sur Njörd au lieu de Baldr. Chasseresse à l'arc et au ski, c'est elle qui fixera le serpent venimeux au-dessus de Loki enchaîné.
- ski et raquettes
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- montagne et hiver
- vengeance et prix du sang
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Qui est Skaði ?
Skaði est une géante des montagnes devenue déesse, associée au ski, à la chasse à l’arc et à l’hiver. Fille du jötunn Þjazi, elle entre dans la mythologie nordique non par une naissance divine ni par une séduction, mais par une réclamation juridique : elle descend sur Asgard en armes pour exiger le prix du sang de son père, tué par les dieux.
C’est la seule figure du corpus norrois qui obtienne par la négociation ce que personne n’obtient par la force : une place parmi les Ases. Et c’est elle qui, à la fin, accomplira la part la plus cruelle du châtiment de Loki.
Le prix du sang de Þjazi
L’histoire commence dans un autre mythe. Le géant Þjazi, sous forme d’aigle, a contraint Loki à lui livrer Idunn et ses pommes de jouvence ; quand les dieux récupèrent la déesse, ils embrasent les murailles d’Asgard et l’aigle poursuivant y brûle ses ailes. Þjazi tombe et meurt.
Skaði s’équipe alors de son casque, de sa cotte de mailles et de ses armes et se présente seule à Asgard pour venger son père. Les dieux ne la combattent pas : ils lui proposent une composition, c’est-à-dire la procédure légale islandaise de réparation d’un homicide. Trois clauses sont retenues :
- Skaði choisira un époux parmi les Ases, mais elle ne verra d’eux que les pieds ;
- les dieux devront la faire rire, ce qu’elle juge impossible dans son deuil ;
- Odin — ou les Ases collectivement, selon le passage — prend les yeux de Þjazi et les jette dans le ciel, où ils deviennent deux étoiles.
Ce troisième point est la partie souvent oubliée de l’accord, et c’est la plus généreuse : le père tué reçoit une place au firmament.
Le choix par les pieds et le rire de Skaði
Skaði passe devant la rangée des dieux et désigne les plus beaux pieds, persuadée qu’ils appartiennent à Baldr, le plus pur et le plus lumineux des Ases. Ce sont ceux de Njörd, dieu de la mer et de la richesse — un Vane, pas même un Ase de naissance.
Reste à la faire rire. C’est Loki qui s’en charge, par le procédé le plus cru de toute l’Edda : il attache une corde à la barbe d’une chèvre et l’autre extrémité à ses propres testicules, puis tire. La chèvre et le dieu hurlent de concert jusqu’à ce que Loki s’effondre sur les genoux de Skaði. Elle rit. La composition est accomplie.
Cette scène n’est pas un simple gag. Elle montre le rôle structurel de Loki : il a causé la mort de Þjazi, il provoque le rire qui éteint la vengeance, et il sera la dernière cible de Skaði. Toute la trajectoire de la géante se joue autour de lui.
Þrymheimr contre Nóatún : un mariage impossible
Le ménage de Skaði et Njörd est l’un des rares passages où la mythologie nordique traite d’un problème purement conjugal : deux êtres qui s’aiment mal parce qu’ils ne peuvent pas vivre au même endroit.
Ils conviennent d’alterner : neuf nuits à Þrymheimr, la demeure de montagne héritée de Þjazi, puis neuf nuits à Nóatún, « l’enclos des navires », au bord du rivage. Le Gylfaginning cite leurs deux plaintes en vers, et elles se répondent exactement :
Njörd déclare haïr la montagne, où le hurlement des loups lui est insupportable après le chant des cygnes. Skaði, elle, ne peut pas dormir au bord de la mer : la mouette la réveille chaque matin en revenant du large.
Ils se séparent. Skaði remonte dans les montagnes, où le Gylfaginning la montre parcourant la neige à skis, l’arc à la main, chassant les bêtes sauvages. Ce portrait est la source de son épithète d’öndurguð, « déesse du ski » — l’une des très rares divinités nordiques explicitement liées à une technique de déplacement.
La vengeance sur Loki
Skaði ne pardonne pas. Dans la Lokasenna, lorsque Loki insulte les dieux un par un, c’est elle qui prononce la menace la plus précise : il sera lié à un rocher avec les entrailles de son propre fils. Loki lui répond en rappelant qu’il fut « le premier et le dernier » dans l’attaque qui coûta la vie à Þjazi.
Cette menace se réalise. Après la mort de Baldr, les dieux capturent Loki et l’enchaînent dans une caverne avec les viscères de son fils Narfi, changés en fer. Et c’est Skaði qui accomplit le geste final : elle suspend au-dessus du visage du dieu lié un serpent venimeux dont le poison goutte sans fin. Sigyn, l’épouse de Loki, recueille le venin dans une coupe ; chaque fois qu’elle va la vider, les gouttes atteignent le visage de Loki, et ses convulsions font trembler la terre.
Le prix du sang avait été accepté, le rire avait éteint la procédure. Mais Skaði attend trois mythes pour régler le compte, et elle le règle elle-même.
Variantes : Skaði épouse d’Odin
Une autre tradition, transmise par l’Ynglinga saga de Snorri, ne s’arrête pas à la séparation : après Njörd, Skaði épouse Odin et lui donne de nombreux fils, dont Sæmingr, présenté comme l’ancêtre des rois de Norvège. Snorri s’appuie là sur le Háleygjatal, poème généalogique composé à la fin du Xe siècle par le skalde Eyvindr skáldaspillir pour le jarl Hákon de Hlaðir.
Cette version est d’un autre ordre que le mythe : c’est une généalogie dynastique, destinée à raccorder une lignée de jarls norvégiens à une ascendance divine. Elle n’en est pas moins précieuse — elle prouve que Skaði était une figure assez prestigieuse, dans le Nord du Xe siècle, pour servir de racine à une maison princière, ce qui cadre mal avec l’image d’une simple géante vaincue.
Ce que disent les sources antiques
Le récit complet de la composition, du rire et du mariage manqué vient du Gylfaginning (23) et du Skáldskaparmál (1-2) de Snorri Sturluson, v. 1220 ; le second rattache explicitement l’épisode à l’enlèvement d’Idunn.
L’Edda poétique est plus sèche mais plus ancienne. Le Grímnismál (11) place Þrymheimr parmi les demeures divines et précise que Skaði l’occupe après son père. La Lokasenna (49-52) donne l’échange le plus dur entre Loki et elle. Le Hárbarðsljóð la mentionne au passage, signe qu’elle faisait partie du fonds commun.
Enfin, l’Ynglinga saga et le Háleygjatal conservent la tradition dynastique qui l’unit à Odin. Entre la géante en armes du mythe et l’ancêtre royale du poème de cour, c’est la même figure qui est retravaillée à deux fins différentes : expliquer un conflit cosmique, puis légitimer un pouvoir humain.
Lectures complémentaires
Pour l’époux de rivage qu’elle choisit sans le vouloir, lire la fiche de Njörd. Pour la déesse dont l’enlèvement cause la mort de Þjazi et donc toute l’affaire, voir Idunn. Pour celui qu’elle fait rire puis condamne, consulter Loki, et pour le dieu qu’elle croyait désigner du doigt, Baldr. Le récit où s’accomplit sa vengeance est détaillé dans la mort de Baldr, et la forteresse dont les murs brûlèrent son père est décrite dans la fiche d’Asgard.
Sources antiques
- Snorri Sturluson, Edda en prose — Gylfaginning, 23 et 50
- Snorri Sturluson, Edda en prose — Skáldskaparmál, 1-2 (prix du sang de Þjazi)
- Edda poétique — Grímnismál, 11 (Þrymheimr)
- Edda poétique — Lokasenna, 49-52
- Edda poétique — Hárbarðsljóð, 19
- Snorri Sturluson, Ynglinga saga, 8
- Eyvindr skáldaspillir, Háleygjatal (fin du Xe siècle)
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Récits où l’on retrouve cette entité
Questions fréquentes
Skaði est-elle une déesse ou une géante ?
Les deux, et c'est précisément ce qui la rend intéressante. Skaði naît géante, fille du jötunn Þjazi, et garde sa demeure de montagne, Þrymheimr. Mais en obtenant un époux ase comme prix du sang de son père, elle est comptée parmi les déesses d'Asgard : le Grímnismál la nomme parmi les habitants divins et les skaldes l'invoquent comme déesse. Elle est l'exemple le plus net d'une géante intégrée au panthéon sans cesser d'appartenir à l'autre camp.
Pourquoi Skaði a-t-elle choisi son mari en regardant ses pieds ?
C'est la condition imposée par les dieux lors de la négociation du prix du sang : elle pourra choisir un époux parmi eux, mais ne verra que leurs pieds. Skaði désigne les plus beaux, persuadée qu'il s'agit de Baldr, le plus lumineux des Ases. C'est Njörd, le dieu de la mer, qui se trouve au bout de ces pieds — propres et soignés par l'eau salée, comme le remarquent souvent les commentateurs.
Pourquoi le mariage de Skaði et Njörd échoue-t-il ?
Parce qu'aucun des deux ne supporte le pays de l'autre. Ils conviennent de passer neuf nuits à Þrymheimr, dans la montagne, puis neuf autres à Nóatún, au bord du rivage. Njörd dit ne pas supporter le hurlement des loups ; Skaði ne peut dormir à cause du cri des mouettes au petit matin. Ils se séparent, et Skaði retourne vivre et chasser dans les montagnes de son père.