Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Ouadjet, déesse cobra de Bouto et uræus du pharaon

En bref

Ouadjet est la déesse cobra de Bouto, dans le Delta, et la patronne de la Basse-Égypte. C'est elle qui se dresse au front du pharaon sous la forme de l'uræus et crache le feu sur ses ennemis. Avec la vautour Nekhbet, elle forme les Deux Dames dont le nom constitue l'un des cinq titres de la titulature royale.

  • protection du roi
  • souveraineté sur la Basse-Égypte
  • feu et venin défensifs
  • protection de l'enfant Horus
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Qui est Ouadjet ?

Ouadjet est la déesse cobra du Delta, maîtresse de la ville de Bouto, et la protectrice attitrée de la Basse-Égypte. C’est elle que l’on voit dressée au front des pharaons sous la forme de l’uræus, prête à cracher le feu sur quiconque approche. Avec la déesse-vautour Nekhbet, patronne de la Haute-Égypte, elle forme les Deux Dames dont le nom constitue l’un des cinq titres officiels du roi.

Son nom, wȝḏyt, signifie « la Verte » : la couleur du papyrus, plante emblématique des marais du nord. Ouadjet est donc, littéralement, la déesse du pays vert — et le serpent qui y vit.

Bouto, Pé et Dep

Le sanctuaire d’Ouadjet est Per-Ouadjet, « la maison de Ouadjet », que les Grecs appelleront Bouto et que l’archéologie identifie à Tell el-Faraïn, dans le nord-ouest du Delta. Le site réunit en réalité deux agglomérations jumelles, et Dep, chacune dotée de son sanctuaire.

Ces noms comptent bien au-delà de la géographie locale. Les Textes des Pyramides évoquent les « Âmes de Pé », ancêtres royaux mythiques de la Basse-Égypte, invoqués dans les rites de couronnement et de funérailles. Bouto fonctionne dans la mémoire égyptienne comme la capitale du Nord d’avant l’unification, le pendant symbolique de Nekheb au Sud. Ouadjet n’est pas une déesse locale parmi d’autres : elle est la moitié nord du pays sous forme divine.

L’uræus : une déesse en poste sur le front du roi

L’image la plus diffusée de l’Égypte ancienne — le cobra dressé sur la couronne — est un fait théologique avant d’être un motif décoratif.

Le mot égyptien est iaret, « celle qui se dresse », rendu en grec par ouraios. Le serpent est représenté en position d’attaque, capuchon déployé, exactement au point le plus haut et le plus avancé du corps royal. Les textes lui prêtent une fonction précise : elle voit l’ennemi avant le roi et le brûle avant qu’il n’agisse. On l’appelle « la flamme » ou « la brûlante ».

Cette logique explique la place d’Ouadjet dans le groupe des déesses de l’Œil de Râ. L’œil solaire, détaché du dieu et envoyé au combat, est régulièrement décrit comme un cobra de feu ; les textes en parlent comme de la « fille de Rê », non pas au terme d’une naissance racontée, mais parce que l’œil procède du dieu et agit pour lui. Ouadjet partage cette position avec Sekhmet, Bastet, Hathor et Tefnout : cinq visages d’une même énergie protectrice et dangereuse émanée de .

La nourrice d’Horus dans les marais

Ouadjet a un rôle narratif que l’uræus seul ne laisse pas deviner : elle protège l’enfant Horus.

Après le meurtre d’Osiris, Isis cache son fils dans les fourrés de papyrus du Delta, en un lieu nommé Akh-bity — la Chemmis des auteurs grecs. C’est le territoire d’Ouadjet, et la déesse veille sur le nourrisson pendant que sa mère cherche de quoi le nourrir. Les textes de protection contre les venins et les morsures s’appuient massivement sur cet épisode : soigner un enfant piqué, c’est répéter le geste par lequel les déesses du Delta ont sauvé Horus.

Le paradoxe est complet et parfaitement assumé par les Égyptiens : la déesse-serpent est celle que l’on invoque contre le poison. Le venin, comme le feu de l’uræus, n’est dangereux que pour l’ennemi.

Les Deux Dames

Le titre nebty, « celui des Deux Dames », apparaît dans la titulature royale dès les premières dynasties et s’y maintient jusqu’à l’époque romaine. Il ne nomme pas des symboles mais deux déesses précises : Ouadjet de Bouto et Nekhbet de Nekheb, l’actuelle El-Kab, en Haute-Égypte.

Le couple répète, au niveau divin, la structure fondamentale de la royauté égyptienne : deux terres, deux couronnes, deux sanctuaires, un seul roi. Ouadjet porte la couronne rouge du Nord, Nekhbet la couronne blanche du Sud ; réunies sur le front royal, la vautour et le cobra affirment que l’unification tient. Sur certaines couronnes du Nouvel Empire, les deux têtes figurent côte à côte.

C’est aussi pourquoi Ouadjet, contrairement à la plupart des divinités, n’a jamais eu besoin d’un grand mythe : sa présence est inscrite dans le protocole d’État.

Ce que disent les sources antiques

Hérodote consacre à Bouto quelques-unes de ses pages égyptiennes les plus détaillées, sous le nom grec de la déesse, qu’il appelle Létô. Il décrit (Enquête, II, 155) le sanctuaire et un naos monolithe taillé dans un seul bloc de pierre, dont il donne les dimensions, et signale que l’oracle de Bouto passait pour le plus véridique d’Égypte — celui-là même qui, ailleurs dans son récit, rend aux rois des prophéties qu’ils cherchent à déjouer.

Il rapporte ensuite (II, 156) la version égyptienne qu’on lui a exposée : Létô, chargée de l’enfant que lui confie Isis, le cache dans l’île de Chemmis, qu’il dit flottante, et le sauve de Typhon. Hérodote traduit consciencieusement les noms — Apollon pour Horus, Artémis pour Bastet, Déméter pour Isis, Typhon pour Seth — mais l’épisode qu’il rapporte est bien celui de la déesse de Bouto protégeant Horus dans les marais.

Il note enfin (II, 55) que Bouto compte parmi les grands lieux oraculaires du pays. Ce témoignage grec confirme un point que les sources égyptiennes suggèrent : à l’époque tardive, Ouadjet n’est plus seulement un insigne royal, elle est une puissance consultée.

Lectures complémentaires

Pour le dieu-enfant qu’elle protège dans les marais et dont elle orne plus tard le front, lire la fiche d’Horus, ainsi que le mythe d’Osiris qui met en place l’épisode. Pour la mère qui le cache à Chemmis, voir Isis. Pour distinguer la déesse de l’amulette qui lui ressemble, consulter la fiche de l’œil d’Horus. Pour les autres visages de l’Œil de Râ, lire Sekhmet et Bastet.

Sources antiques

  • Textes des Pyramides (uræus royal, Âmes de Pé)
  • Textes des Sarcophages
  • Livre des Morts, chapitres de protection
  • Hérodote, Enquête, II, 55 ; 155-156
  • Stèle Metternich (magie contre venins)

À lire aussi

Questions fréquentes

Que représente le cobra dressé sur la couronne des pharaons ?

C'est Ouadjet elle-même, sous la forme de l'uræus (*iaret*, « celle qui se dresse »). Placée au front du roi, la déesse occupe le point exact d'où elle voit venir les ennemis, et les textes lui prêtent le pouvoir de cracher le feu sur eux. L'insigne n'est donc pas un ornement royal : c'est une divinité en poste, montée sur la tête du souverain comme sur un rempart.

Ouadjet et l'œil oudjat, est-ce la même chose ?

Non, malgré la proximité des transcriptions françaises. Ouadjet est *wȝḏyt*, « la Verte », déesse cobra de Bouto ; l'œil oudjat est *wḏȝt*, « l'intact », l'œil guéri d'Horus. Deux mots égyptiens différents, deux réalités religieuses différentes — mais toutes deux placées du côté de la protection, ce qui entretient la confusion.

Qui sont les Deux Dames de la titulature royale ?

Ouadjet, le cobra de Bouto pour la Basse-Égypte, et Nekhbet, le vautour de Nekheb (El-Kab) pour la Haute-Égypte. Leur couple donne son nom au titre *nebty*, « celui des Deux Dames », l'un des cinq noms officiels du pharaon dès les premières dynasties. Nommer les deux déesses, c'est énoncer que le roi règne sur les deux moitiés du pays.