Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Séchat, déesse égyptienne de l'écriture et de la mesure

En bref

Séchat est la déesse égyptienne de l'écriture, du calcul et de l'arpentage. Son nom signifie « la Scribe ». C'est elle qui tend la corde avec le roi pour tracer le plan d'un temple, et elle qui inscrit les années de règne sur les feuilles de l'arbre ished. Contrepartie féminine de Thot, elle n'a pourtant jamais eu de temple à elle.

  • écriture et archives
  • arpentage et fondation des temples
  • comptabilité et inventaires
  • durée des règnes et annales royales
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Qui est Séchat ?

Séchat est la déesse égyptienne de l’écriture, du calcul et de l’arpentage. Son nom, sšȝt, signifie littéralement « la Scribe ». Elle apparaît partout où l’Égypte fixe quelque chose : le plan au sol d’un temple, les années d’un règne, le décompte d’un butin, la liste des livres d’une bibliothèque.

C’est une divinité de la précision, et l’une des rares du panthéon dont la fonction se laisse résumer en un geste : elle tient un calame et elle note. Elle n’a jamais eu de temple à elle, ni de clergé propre — et cette anomalie en dit long sur ce qu’elle est.

L’emblème aux sept pointes

Séchat se reconnaît immédiatement à sa coiffure. Au-dessus de sa tête, sur une longue tige, se dresse un signe à sept branches en forme d’étoile ou de rosette, surmonté de ce que l’on décrit habituellement comme un croissant renversé ou deux cornes retournées.

Ce signe n’a jamais reçu d’explication assurée. Il donne pourtant son second nom à la déesse à partir du Nouvel Empire : Sefkhet-Abouy, « celle aux sept cornes » ou « aux sept pointes ». C’est un cas rare d’une divinité renommée d’après son propre attribut, comme si l’emblème comptait davantage que la personne.

Son second trait distinctif est vestimentaire : Séchat porte, par-dessus sa robe collante, une peau de panthère mouchetée. C’est le costume du prêtre-sem, l’officiant des rites funéraires et des cérémonies de fondation. La déesse est habillée en célébrante : son vêtement dit qu’elle est en fonction.

Tendre la corde : la déesse qui trace les temples

L’apparition la plus fréquente de Séchat sur les murs égyptiens est une scène de fondation. Le rituel s’appelle pedj-chès, « tendre la corde ».

Le déroulé est toujours le même. Le roi et la déesse se font face, chacun tenant un maillet et un piquet. Entre les deux piquets court un cordeau qui matérialise l’axe du futur temple. L’orientation se prend sur le ciel — les textes évoquent une visée sur les étoiles, notamment sur la constellation de la Grande Ourse. Une fois la corde tendue, l’emplacement est fixé, et la construction peut commencer.

La longévité de cette scène est remarquable. On la trouve attestée dès les premières dynasties et on la grave encore, quasiment inchangée, sur les parois des temples ptolémaïques d’Edfou et de Dendérah, soit près de trois millénaires plus tard. Aucun temple égyptien n’est réputé bien fondé sans que Séchat n’ait tenu l’autre bout de la corde.

Elle porte d’ailleurs le titre de dame des bâtisseurs. Là où Ptah est l’artisan qui façonne et Khnoum le potier qui modèle, Séchat est celle qui mesure avant : le plan précède l’ouvrage.

La greffière des règnes

Le second grand emploi de Séchat est l’enregistrement du temps royal.

Sur des reliefs du Ramesséum, d’Abydos et de Karnak, elle est représentée devant l’arbre ished — le perséa sacré d’Héliopolis — inscrivant sur ses feuilles le nom du pharaon et le nombre de ses années de règne. Thot accomplit le même geste sur d’autres exemplaires de la scène, ou l’accompagne. L’image signifie que la durée du règne n’est pas décidée par le roi mais notée par les dieux : elle est déjà écrite quelque part.

Séchat tient également la palme crénelée, la tige de palmier entaillée qui sert de compteur d’années dans l’écriture égyptienne, souvent associée au têtard et au signe de l’infini pour signifier « des millions d’années ».

Le même savoir-faire s’applique au concret. Les annales de Thoutmosis III à Karnak, qui détaillent les campagnes du roi en Asie, relèvent d’une comptabilité placée sous son patronage : chevaux, prisonniers, métaux, redevances. La déesse qui note les siècles note aussi les inventaires.

Séchat et Thot : un couple de fonctions

Les sources hésitent sur la nature du lien entre Séchat et Thot. Selon les textes, elle est son épouse, sa sœur ou sa fille. Cette indécision n’est pas un défaut de documentation : elle indique que le rapport est fonctionnel avant d’être familial.

Les deux divinités partagent le même domaine — l’écriture, le compte, la mémoire —, mais pas la même position. Thot est le maître de la parole divine, l’inventeur des hiéroglyphes, le scribe qui plaide et qui juge : on le retrouve à la balance du jugement des morts, en position d’autorité. Séchat, elle, exécute. Elle mesure, elle trace, elle enregistre. Le couple oppose l’auteur au greffier.

Il faut noter que Thot possède par ailleurs, à Hermopolis, une parèdre attitrée, Néhémetaouay, ce qui confirme que Séchat n’est pas son épouse au sens cultuel du terme. Leur association tient au métier, pas au mariage.

Une déesse sans temple

L’anomalie la plus intéressante de Séchat est archéologique : on ne lui connaît aucun temple propre, aucun clergé constitué, aucune fête à son nom.

Elle est pourtant présente partout — sur les murs des sanctuaires des autres, dans les scènes de fondation, dans les annales, dans les bibliothèques de temple appelées « maisons de vie ». Son titre le plus répandu est d’ailleurs dame de la maison des livres.

Cette omniprésence sans lieu propre est cohérente avec sa nature. Séchat n’est pas une puissance que l’on prie pour obtenir quelque chose : c’est une opération. On ne fonde pas un temple sans elle parce qu’on ne peut pas fonder un temple sans mesurer. Sa place n’est pas dans un sanctuaire, elle est dans le geste technique lui-même — ce qui la distingue radicalement d’une déesse de cité comme Neith à Saïs ou Bastet à Bubastis.

Lectures complémentaires

Pour le dieu avec qui elle partage l’écriture et la mémoire, lire la fiche de Thot, et pour la scène où celui-ci tient le registre, le récit du jugement des morts. Pour les deux grands dieux artisans dont elle prépare le travail, voir Ptah et Khnoum. Pour l’ordre du monde que ses mesures traduisent en pierre, consulter la fiche de Maât.

Sources antiques

  • Textes des Pyramides
  • Scènes de la corde tendue, temples d'Edfou et de Dendérah
  • Annales de Thoutmosis III, Karnak
  • Scènes de l'arbre ished, Ramesséum et Abydos

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Questions fréquentes

Qui est Séchat dans la mythologie égyptienne ?

Séchat est la déesse de l'écriture, du calcul et de l'arpentage. Son nom signifie « la Scribe ». Elle intervient chaque fois qu'il faut fixer quelque chose par écrit ou par la mesure : le plan au sol d'un temple, la durée d'un règne, l'inventaire d'un butin. Elle est la contrepartie féminine de Thot, avec qui elle partage le domaine de la parole écrite.

Qu'est-ce que le rite de la corde tendue ?

C'est la cérémonie de fondation d'un temple égyptien, appelée *pedj-chès*, « tendre la corde ». Le roi et Séchat, face à face, enfoncent des piquets et tendent entre eux un cordeau pour tracer l'axe du bâtiment, orienté par visée sur les étoiles. Les scènes en sont gravées jusqu'aux temples ptolémaïques d'Edfou et de Dendérah, plus de deux mille ans après leurs premières attestations.

Séchat est-elle l'épouse de Thot ?

Selon les textes, elle est présentée comme son épouse, sa sœur ou sa fille — les sources ne tranchent pas, et l'incertitude est significative : elle dit surtout que les deux divinités forment un couple de fonctions plus qu'un couple familial. À Hermopolis, la parèdre attitrée de Thot est d'ailleurs une autre déesse, Néhémetaouay.