Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Serket, déesse scorpion et gardienne du souffle

En bref

Serket est la déesse égyptienne coiffée du scorpion. Son nom complet, Serket-hetyt, signifie « celle qui fait respirer la gorge » : elle est la puissance qui rend le souffle à l'homme piqué. Protectrice contre les venins, patronne d'un corps de guérisseurs, elle est aussi l'une des quatre déesses qui veillent sur les viscères du défunt.

  • venins, piqûres et morsures
  • médecine magique et incantations
  • protection des viscères du défunt
  • entrave des puissances du chaos
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Qui est Serket ?

Serket est la déesse égyptienne que l’on reconnaît au scorpion posé sur sa tête. Contrairement à ce que l’image suggère, elle n’est pas la déesse du poison mais celle qui en délivre : son nom complet, Serket-hetyt, signifie « celle qui fait respirer la gorge », c’est-à-dire celle qui rend le souffle à l’homme piqué.

Elle occupe trois positions distinctes dans la religion égyptienne : puissance médicale invoquée contre les venins, gardienne funéraire aux côtés d’Isis, de Nephthys et de Neith, et geôlière des puissances du chaos dans les livres de l’au-delà.

Une déesse nommée d’après le remède

Le point décisif est linguistique. Le verbe égyptien srq signifie « faire respirer, dégager le souffle » ; le mot ḥtyt désigne la gorge. Le nom de la déesse énonce donc une guérison en cours, pas une menace.

L’observation clinique qui se cache derrière est précise. La piqûre d’un scorpion dangereux — l’Égypte en abrite plusieurs espèces — provoque des symptômes respiratoires : constriction, difficulté à avaler, sensation d’étouffement. Nommer la déesse « celle qui fait respirer la gorge », c’est nommer exactement le signe que le guérisseur surveille pour savoir si le patient s’en sortira.

L’iconographie va dans le même sens. Le scorpion de sa coiffe est souvent dépourvu de dard, et son identification zoologique reste débattue : plusieurs spécialistes y voient une nèpe, le « scorpion d’eau », un insecte aquatique inoffensif dont la silhouette imite celle du scorpion. La déesse porte l’image du danger, mais désarmée.

Les médecins de Serket

Serket est l’une des rares divinités égyptiennes dont le culte a produit un métier.

Les sources administratives et funéraires, dès l’Ancien Empire, mentionnent des titulaires de la charge de kherep Serket, « celui qui commande à Serket ». Ces praticiens combinent ce que nous séparons : ils appliquent des remèdes, récitent des incantations et manipulent des amulettes. Certains portent parallèlement des titres de médecin ou de prêtre-lecteur ; le poste existe aussi bien dans l’entourage royal que sur les chantiers, où le risque de piqûre était quotidien.

Le corpus magique conservé montre comment ils opéraient. On identifie le venin comme un être qu’on somme de sortir, on récite un précédent mythique où une divinité a été sauvée, et l’on transfère cette réussite sur le patient. La médecine égyptienne du venin est une médecine par analogie narrative : le malade guérit parce qu’un dieu a déjà guéri.

Isis et les sept scorpions

Le récit qui sert de modèle à ces incantations est conservé sur la stèle Metternich, un monument de magie guérisseuse gravé sous Nectanébo II, au IVe siècle avant notre ère.

Isis, fuyant Seth avec l’enfant Horus, traverse le Delta escortée de sept scorpions, que le texte nomme un par un. Arrivée à la porte d’une femme riche, elle demande l’hospitalité ; la femme lui claque la porte au nez. Une jeune fille pauvre l’accueille sous son toit. Les scorpions, humiliés pour leur maîtresse, réunissent leur venin dans le dard de l’un d’eux, qui pique l’enfant de la femme riche.

Le retournement est le cœur du texte. Isis entend les cris de la mère, et guérit l’enfant — celui de la femme qui l’a repoussée. La déesse énonce alors les formules qui font sortir le poison, et ce sont ces formules que le praticien répète au chevet du patient.

Serket est la puissance tutélaire de tout ce dossier : la déesse qui commande aux scorpions est aussi celle qui les désarme. La stèle Metternich se plaçait au bord d’un bassin ; on y versait de l’eau, qui se chargeait des paroles gravées et que l’on faisait boire aux piqués.

La quatrième gardienne du mort

À partir du Nouvel Empire, quatre déesses veillent sur les vases canopes qui contiennent les viscères du défunt, chacune associée à l’un des quatre fils d’Horus : Isis avec Amset, Nephthys avec Hâpi, Neith avec Douamoutef, et Serket avec Kébehsenouf, le faucon qui garde les intestins.

Le témoignage le plus célèbre est le coffre à canopes de Toutânkhamon : un naos d’albâtre entouré de quatre statues de déesses aux bras écartés, la tête légèrement tournée, dont Serket. Elles ne regardent pas le mort : elles surveillent les abords.

Sa présence dans ce quatuor n’est pas arbitraire. Le mort de la Douat affronte des serpents, des scorpions et des créatures venimeuses à chaque porte ; les formules du Livre des Morts consacrées à « ne pas être mordu dans le royaume des morts » sont nombreuses. La spécialiste du venin est à sa place dans un dispositif funéraire.

Celle qui entrave Apophis

Le troisième emploi de Serket est le plus spectaculaire. Les livres de l’au-delà gravés dans les tombes royales du Nouvel Empire racontent la traversée nocturne du soleil et l’attaque que subit chaque nuit la barque de .

Dans l’Amdouat, à la septième heure, le combat contre Apophis est gagné non par la force mais par l’entrave : le serpent du chaos est ligoté, ses anneaux tranchés, sa progression arrêtée par des puissances qui savent manipuler ce qui rampe. Serket figure parmi elles, aux côtés d’Isis et du grand magicien.

La cohérence du personnage est frappante. Serket n’attaque jamais : elle neutralise. Elle immobilise le venin dans le corps, le serpent dans la nuit, le danger dans le tombeau. C’est une déesse du verrou, pas de la lame — ce qui la distingue nettement de Sekhmet, l’autre grande protectrice du panthéon, qui règle les problèmes par le massacre.

Ce que disent les sources antiques

Les Textes des Pyramides, plus ancien corpus religieux égyptien, lui donnent déjà une descendance : Nehebkaou, le serpent aux nombreux anneaux, y est appelé son fils. La filiation est logique dans le système égyptien — une divinité du venin engendre une divinité serpentine — et Nehebkaou suivra une trajectoire parallèle à celle de sa mère, passant du statut de danger à celui de protecteur du défunt.

Les Textes des Sarcophages puis le Livre des Morts la maintiennent dans son rôle de gardienne. À l’époque tardive, elle est souvent absorbée par Isis, dont les compétences magiques recouvrent progressivement les siennes : les stèles guérisseuses gréco-romaines invoquent Isis là où les praticiens de l’Ancien Empire invoquaient Serket.

Les auteurs grecs, qui ont pourtant décrit avec soin le panthéon égyptien, ne lui ont pas trouvé d’équivalent et ne l’assimilent à aucune de leurs divinités. Serket reste une déesse sans traduction : sa spécialité, la gorge qui se rouvre, n’avait pas de titulaire dans l’Olympe.

Lectures complémentaires

Pour les trois autres gardiennes des vases canopes, lire les fiches d’Isis, de Nephthys et de Neith. Pour le serpent qu’elle contribue à entraver chaque nuit, consulter la fiche d’Apophis. Pour le monde souterrain qu’elle aide le mort à traverser, voir la Douat et le récit du jugement des morts. Pour la fuite d’Isis qui sert de modèle à ses incantations, lire le mythe d’Osiris.

Sources antiques

  • Textes des Pyramides (Serket et Nehebkaou)
  • Textes des Sarcophages
  • Amdouat, septième heure (entrave d'Apophis)
  • Stèle Metternich (Isis et les sept scorpions)
  • Coffre à canopes de Toutânkhamon

À lire aussi

Questions fréquentes

De quoi Serket est-elle la déesse ?

Du venin et de sa guérison. Son nom complet, *Serket-hetyt*, se traduit « celle qui fait respirer la gorge » : il désigne l'effet recherché du soin, pas le mal. Les Égyptiens confiaient à son patronage les praticiens spécialisés dans les piqûres de scorpion et les morsures de serpent, qui portaient le titre de *kherep Serket*, « celui qui commande à Serket ».

Pourquoi Serket porte-t-elle un scorpion sur la tête ?

Parce que l'animal figure le danger qu'elle maîtrise. Le scorpion posé sur sa coiffe est d'ailleurs souvent représenté sans dard visible, et son identification exacte reste discutée : plusieurs égyptologues y reconnaissent une nèpe, le « scorpion d'eau », inoffensive pour l'homme. La déesse ne s'affiche donc pas comme la piqûre, mais comme sa neutralisation.

Quel est le rôle de Serket dans les vases canopes ?

Elle est la quatrième des déesses tutélaires du mort, avec Isis, Nephthys et Neith. Chacune veille sur l'un des quatre fils d'Horus et sur l'organe qu'il garde : Serket est associée à Kébehsenouf, gardien des intestins. Le coffre à canopes de Toutânkhamon la montre bras écartés, tournée vers l'extérieur, en position de sentinelle.