Mythologie égyptienne · Dieux & déesses
Sokar, dieu faucon de la nécropole memphite et de Rosetaou
En bref
Sokar est le dieu funéraire de Memphis, faucon momiforme qui règne sur Rosetaou, le domaine souterrain de la nécropole. Sa fête du mois de Khoiak, où l'on traîne la barque *henou* sur un traîneau, est l'une des plus anciennes d'Égypte, et sa fusion avec Ptah puis Osiris donne la figure funéraire la plus répandue de l'Égypte tardive.
- nécropole et domaine souterrain
- Rosetaou, passage vers l'au-delà
- ateliers et travail des métaux funéraires
- régénération des morts
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Qui est Sokar ?
Sokar est le dieu funéraire de Memphis, représenté en homme momiforme à tête de faucon, maître du domaine souterrain que les textes appellent Rosetaou. Il ne pèse aucun cœur et ne préside aucun tribunal : sa compétence est un lieu, la bande de désert, de sable et de galeries où la ville de Ptah enterre ses morts et fabrique leur équipement.
C’est l’un des plus anciens dieux attestés d’Égypte, et sa fête est l’une des plus durables. Sa fusion progressive avec Ptah puis avec Osiris produit, à Basse Époque, la figure funéraire la plus reproduite du pays.
Un faucon qui ne vole pas
L’iconographie de Sokar est un paradoxe assumé. Il porte la tête du faucon, animal du ciel et de la lumière, ordinairement associé à Horus et à la royauté solaire. Mais son corps est entièrement gainé de bandelettes, comme celui d’une momie : le faucon de Sokar est un oiseau immobilisé.
L’image dit exactement sa position. Sokar appartient au monde d’en bas, mais il y conserve la puissance de ce qui peut s’élever. C’est pourquoi les textes lui donnent l’épithète du « grand dieu aux ailes déployées » alors même qu’aucune représentation ne le montre en vol.
Rosetaou, le passage
Le nom de Rosetaou — littéralement, l’entrée des couloirs ou des passages — désigne d’abord la nécropole memphite, du côté de Gizeh et de Saqqarah, puis, par extension, la porte du monde souterrain elle-même. Sokar en est « le seigneur ».
Le Livre des Deux Chemins, cette carte de l’au-delà peinte au fond des sarcophages du Moyen Empire, place Rosetaou sur le trajet du mort et le décrit comme un secteur inquiétant, entouré de feu, où le passage n’est pas garanti. Le domaine de Sokar n’est donc pas un séjour où l’on s’installe, comme les Champs d’Ialou : c’est un couloir dangereux à traverser, la partie de la Douat où l’on peut rester coincé.
La quatrième et la cinquième heure de la nuit
Le Livre de l’Amdouat, gravé dans les tombes royales de la Vallée des Rois, décrit heure par heure le trajet nocturne du soleil. Deux heures y sont réservées à Sokar, et elles rompent le rythme du livre.
À la quatrième heure, l’eau disparaît. La barque solaire aborde une région de sable où elle ne peut plus flotter : les textes la montrent transformée en serpent et halée à travers des couloirs obliques fermés par des portes. À la cinquième heure, on atteint le cœur du domaine : une caverne ovale et obscure, surmontée d’une butte de sable, où Sokar à tête de faucon saisit les ailes d’un serpent. Au-dessus de la butte, un scarabée tend les bras vers le sommet ; en dessous s’étend le lac de feu.
Ce passage est le plus difficile de la nuit, et il n’est pas décoratif : il énonce que la régénération suppose de traverser un lieu où le mouvement s’arrête. Même le soleil doit se faire tirer.
La fête de Sokar et la barque henou
Sokar possède un objet de culte unique en Égypte : la barque henou, une embarcation à la proue relevée et ornée d’une tête d’antilope, montée non pas sur l’eau mais sur un traîneau.
Lors de la grande fête du dieu, célébrée au mois de Khoiak, cette barque était tirée en procession autour des murs du sanctuaire. Les calendriers et les reliefs de Médinet Habou en conservent le déroulé sous Ramsès III : la procession, les participants portant au cou des colliers d’oignons, l’affluence populaire. La fête se tenait quelques jours avant l’érection du pilier djed, qui clôt le mois, si bien que les mystères de Sokar et ceux d’Osiris ont fini par former une seule séquence rituelle : on enterre, puis on redresse.
C’est l’une des célébrations les mieux attestées de l’histoire égyptienne, mentionnée dès l’Ancien Empire et encore vivante à l’époque gréco-romaine.
Ptah-Sokar-Osiris : trois dieux, une statuette
La proximité des cultes memphites produit très tôt un Ptah-Sokar : le créateur artisan et le maître des ateliers souterrains partagent le même territoire et la même compétence technique. Quand Osiris s’impose comme grand dieu des morts, la fusion s’élargit en Ptah-Sokar-Osiris.
La forme composite n’est pas une abstraction de théologiens : elle a un objet. Les tombes de Basse Époque contiennent par milliers des statuettes de bois peint représentant une figure momiforme dressée sur un socle, souvent creusée d’une cavité contenant un rouleau de papyrus ou une figurine de grain. Le fidèle y trouve, réunis dans un seul objet, le dieu qui conçoit, celui qui garde la nécropole et celui qui ressuscite.
Un dieu défini sans généalogie
Les sources les plus anciennes ne définissent Sokar par aucun père, aucune mère, épouse ou enfant stables. Des traditions locales tardives ont pu l’associer à d’autres divinités, mais aucune famille unique n’est devenue centrale dans son identité. Il a surtout été intégré au reste du système par syncrétisme, en l’unissant à Ptah puis à Osiris plutôt que par une filiation canonique.
Cette insistance s’explique par ce qu’il est. Sokar est moins un personnage de récit qu’une fonction locale, définie par une compétence et un territoire. Anubis lui est proche par le rôle funéraire, même si les deux dieux ont connu des développements différents.
Sokar et Saqqarah
On lit fréquemment que le nom de Saqqarah, la grande nécropole de Memphis, dériverait de celui de Sokar. Le rapprochement est séduisant et reste possible, mais il n’est pas démontré : d’autres hypothèses font venir le toponyme du nom d’une tribu locale, les Beni Saqqar. Il vaut mieux présenter le lien comme une hypothèse répandue que comme un fait acquis.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que le dieu et le lieu ne se sont jamais quittés. De la Ire dynastie aux Ptolémées, la même bande de désert a porté les ateliers, les galeries et les processions dont Sokar était le maître.
Lectures complémentaires
Pour le créateur memphite avec lequel il fusionne le premier, lire la fiche de Ptah, et pour le troisième terme de la composition, celle d’Osiris ainsi que le récit du mythe d’Osiris. Pour le territoire qu’il gouverne, voir la Douat et, pour la destination qu’on espère atteindre après l’avoir traversée, les Champs d’Ialou. Pour l’autre grand dieu des embaumeurs, consulter Anubis, et pour l’épreuve qui décide du sort du défunt, le jugement des morts.
Sources antiques
- Textes des Pyramides
- Textes des Sarcophages (Livre des Deux Chemins, Rosetaou)
- Livre de l'Amdouat, quatrième et cinquième heures
- Calendriers de fêtes de Médinet Habou (fête de Sokar)
- Statuettes Ptah-Sokar-Osiris de Basse Époque
À lire aussi
Récits où l’on retrouve cette entité
Comparaisons
Questions fréquentes
De quoi Sokar est-il le dieu ?
Sokar est le dieu de la nécropole memphite et du domaine souterrain qu'on appelle Rosetaou. Il ne juge pas les morts et ne règne pas sur eux comme Osiris : il est le maître d'un lieu, la zone d'ombre et de sable où le mort passe et où les objets funéraires se fabriquent. C'est un dieu de seuil, patron des ateliers autant que gardien de cavernes.
Qu'est-ce que la barque henou ?
C'est l'objet de culte propre à Sokar : une barque à la proue relevée, ornée d'une tête d'antilope, posée non pas sur l'eau mais sur un traîneau. Lors de la fête de Sokar, au mois de Khoiak, on la tirait en procession autour des murs du sanctuaire. Une barque qui roule sur le sable au lieu de flotter dit à elle seule ce qu'est le domaine du dieu : une navigation souterraine.
Pourquoi parle-t-on de Ptah-Sokar-Osiris ?
Parce que trois dieux voisins ont fini par fusionner à Memphis. Ptah est le créateur de la ville, Sokar le maître de sa nécropole, Osiris le grand dieu des morts venu d'Abydos. Leur addition donne une divinité qui couvre le cycle complet — créer, ensevelir, ressusciter — et les statuettes de bois peint qui la représentent comptent parmi les objets les plus répandus des tombes de Basse Époque.