Mythologie grecque · Créatures
Calypso, nymphe qui retient Ulysse sur l'île d'Ogygie
Calypso dans l'Odyssée : sept ans de captivité à Ogygie, une relation sans consentement, et les localisations antiques d'une île introuvable.
Calypso est la nymphe divine qui retient Ulysse pendant sept ans sur l’île d’Ogygie — l’épisode le plus long de toutes ses errances après la guerre de Troie. Fille d’Atlas chez Homère, elle veut faire du héros son époux et lui promet l’immortalité. L’Odyssée insiste pourtant, avec une netteté rare, sur le refus d’Ulysse et sur son chagrin.
La plus belle prison d’Homère
Quand Hermès arrive porteur de l’ordre de Zeus, le poème s’arrête pour décrire le lieu : une grotte où brûle un grand feu de cèdre fendu, quatre sources d’eau claire courant en directions différentes, des prairies de violettes et de persil, une vigne lourde de grappes, des oiseaux de mer nichant dans les aunes. Hermès, qui est un dieu, s’immobilise pour regarder avant d’entrer.
Homère enchaîne alors, en un vers, sur Ulysse assis au rivage où il s’assied toujours, en larmes, les yeux sur l’eau. Le contraste est le sujet même de l’épisode. Ogygie n’a aucun défaut. Elle n’est simplement pas la sienne — et une abondance que l’on n’a pas choisie ne se distingue pas d’une geôle.
Son nom dit sa fonction. Kalyptô, c’est couvrir, dissimuler, voiler : la même racine que le linceul. Être auprès de Calypso, c’est être soustrait au monde. Non pas mort, mais effacé des mémoires — ce qui, pour un héros homérique, est le pire des deux.
Une relation sans consentement
Le point est explicite dans le texte grec, et beaucoup d’adaptations l’escamotent. Ulysse pleure chaque jour sur la grève ; la nuit, il partage la couche de la nymphe parce qu’elle le veut, non parce qu’il choisit de rester. Homère emploie la formule sans ambiguïté : lui ne le voulait plus, elle le voulait encore.
C’est pour cette raison que l’arbre généalogique de ce site enregistre Calypso comme fille d’Atlas mais ne consigne aucune union avec Ulysse. Hésiode connaît pourtant une version où elle lui donne deux fils, Nausithoos et Nausinoos ; Homère l’ignore, et tout le traitement d’Ogygie repose sur le fait que cette liaison ne produit rien.
Elle lui offre par ailleurs ce que nul autre personnage n’obtient dans l’épopée grecque : l’immortalité et la jeunesse éternelle. Il refuse, et lui explique posément qu’il sait bien que Pénélope n’a ni la stature ni la beauté d’une déesse, et qu’il veut rentrer quand même.
L’ordre de Zeus et le départ
Athéna finit par obtenir l’intervention de Zeus. Hermès enjoint à Calypso de libérer son captif. La nymphe proteste contre le deux poids deux mesures qui autorise les dieux mâles à prendre des mortelles et le refuse aux déesses — elle cite l’Aurore et Orion, Déméter et Iasion, tous deux foudroyés — puis obéit.
Elle fournit alors les outils de bronze, indique les arbres à abattre, donne l’étoffe pour la voile, les vivres, l’eau, le vin, et le vent favorable. Détentrice qui prive Ulysse de sa liberté, elle devient celle qui rend matériellement possible son retour dès que l’ordre divin l’y contraint.
Où est Ogygie ?
Homère la place « au nombril de la mer », loin de toute communauté humaine, ce qui revient à ne la situer nulle part. L’Antiquité n’a pas supporté ce vide et a cherché.
Callimaque l’identifiait à Gaudos, l’actuelle Gozo, dans l’archipel maltais — localisation que l’île revendique encore aujourd’hui. Plutarque, dans son traité Sur le visage qui apparaît dans le disque de la Lune, la reporte à l’inverse en plein Atlantique, à cinq jours de navigation à l’ouest de la Bretagne, au milieu d’un chapelet d’îles où Cronos dormirait enchaîné.
Ces tentatives disent quelque chose du personnage. Ogygie n’est pas un lieu géographique mais une fonction narrative : l’endroit hors du monde où un homme cesse d’exister pour ceux qui l’attendent. Chaque époque l’a replacée à la limite de sa propre carte.
Sources antiques
- Homère, Odyssée, I, 48-59 ; V, 55-268 ; VII, 244-266
- Hésiode, Théogonie, v. 1017-1018
- Callimaque, fr. 470
- Plutarque, Sur le visage de la Lune, 941a
- Apollodore, Épitomé, VII
- Homère, Odyssée, V, 55-268
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Questions fréquentes
Pourquoi Calypso n'est-elle pas comptée comme épouse d'Ulysse ?
Parce que le texte grec est explicite. Ulysse pleure chaque jour sur la grève ; la nuit, il partage la couche de la nymphe parce qu'elle le veut, non parce qu'il choisit de rester. Homère emploie la formule sans ambiguïté : lui ne le voulait plus, elle le voulait encore. L'arbre de ce site enregistre donc Calypso comme fille d'Atlas mais ne consigne aucune union.
Où se trouve l'île d'Ogygie ?
Homère la place « au nombril de la mer », ce qui revient à ne pas la situer. L'Antiquité n'a pas supporté ce vide : Callimaque l'identifiait à Gaudos, l'actuelle Gozo maltaise, que l'île revendique encore ; Plutarque la reporte à l'inverse en plein Atlantique, à cinq jours à l'ouest de la Bretagne. Ogygie n'est pas un lieu mais une fonction : l'endroit hors du monde où un homme cesse d'exister pour ceux qui l'attendent.