Mythologie grecque · Créatures
Les Pléiades, sept sœurs étoiles de la mythologie grecque
Les Pléiades : un calendrier agricole avant d'être sept sœurs, une lignée qui relie Troie à Sparte, et l'étoile qu'on ne voit pas.
Les Pléiades sont un amas d’étoiles avant d’être sept sœurs. C’est l’ordre qu’il faut respecter pour comprendre ce mythe : les Grecs se servaient de ces astres pour savoir quand semer, moissonner et prendre la mer, et la généalogie qui en fait les filles d’Atlas est venue habiller un instrument de travail.
Un calendrier avant d’être une famille
Hésiode ouvre la partie agricole des Travaux et les Jours par une consigne, pas par un récit : commence la moisson au lever des Pléiades, et le labour à leur coucher.
Le lever héliaque de l’amas, en mai, et son coucher, en novembre, encadraient l’année de travail grecque. Le même poème ajoute la règle de navigation : on ne prend la mer que pendant la cinquantaine de jours qui suit le solstice, car la mer se ferme quand les Pléiades disparaissent.
Pour un paysan ou un patron de barque sans calendrier écrit, ces sept points lumineux étaient l’emploi du temps de l’année. Toute la mythologie qui suit se greffe sur cette fonction : elles sont filles du Titan qui porte le ciel, elles sont poursuivies par une autre constellation, et leur apparition commande les semailles.
Sept noms, et une lignée royale
Elles s’appellent Alcyoné, Mérope, Célaéno, Électre, Stéropé, Taygète et Maïa — l’aînée, qui met Hermès au monde dans une grotte du mont Cyllène.
Plusieurs de ses sœurs enfantent également de dieux, et l’on comprend vite l’utilité de cette liste : Électre donne naissance à Dardanos, fondateur de la lignée troyenne ; Taygète à Lacédémon, éponyme de Sparte. Les Pléiades servent ainsi de point d’ancrage commun à des maisons royales qui n’avaient aucune raison d’être apparentées, et le catalogue devient un instrument diplomatique.
L’étoile manquante
L’œil nu ne distingue aisément que six étoiles là où la tradition en nomme sept. Les Grecs, plutôt que de corriger la liste, ont expliqué l’écart.
Mérope se serait cachée de honte, seule des sept à avoir épousé un mortel — Sisyphe —, quand toutes ses sœurs s’unissaient à des dieux. Ou bien Électre se serait voilée pour ne pas voir brûler Troie, la cité fondée par son fils.
Le procédé est instructif. Un fait observable et un peu gênant reçoit une cause, et cette cause est chargée de sens moral. La mythologie ne se contente pas d’expliquer le monde : elle explique de préférence ce qui, dans le monde, ne tombe pas juste.
Orion, qui ne les rattrape jamais
La poursuite existe sous plusieurs formes : Orion aperçoit les sœurs, ou leur mère Pléioné, et les pourchasse des années durant à travers la Béotie, jusqu’à ce que Zeus les place au ciel sous forme de colombes — peleiades, l’une des étymologies antiques de leur nom.
Or la chasse continue dans le ciel. La constellation d’Orion se lève après l’amas et se couche après lui : il les suit sans jamais les atteindre, nuit après nuit, exactement comme le mythe le décrit. Le récit n’est pas une fable posée sur le ciel, c’est une description de ce que le ciel fait, énoncée sous forme d’intrigue.
Un repère universel
Presque toutes les cultures ayant levé les yeux ont nommé cet amas, et son lever sert de marqueur calendaire bien au-delà de la Méditerranée : nouvel an Matariki chez les Maoris de Nouvelle-Zélande, repère de semailles et de cérémonies en Asie, en Afrique et dans les Amériques.
La version grecque n’est qu’une branche d’une habitude humaine très ancienne. Ce qui lui appartient en propre, c’est le geste généalogique — avoir fait du calendrier une famille, lui avoir donné un père qui soutient le ciel, et l’avoir raccroché à la génération titanique.
Sources antiques
- Hésiode, Les Travaux et les Jours (v. 383-387, 618-623) et Théogonie, v. 938
- Apollodore, Bibliothèque, III, 10, 1
- Pindare, Néméennes, II, 10-12
- Ovide, Fastes, IV, 169-178
- Hésiode, Astronomie, fragments
- Aratos, Phénomènes, v. 254-268
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Questions fréquentes
Pourquoi ne voit-on que six Pléiades ?
L'œil nu n'en distingue aisément que six là où la tradition en nomme sept, et les Grecs ont préféré expliquer l'écart plutôt que corriger la liste. Mérope se serait cachée de honte, seule des sept à avoir épousé un mortel, Sisyphe ; ou Électre se serait voilée pour ne pas voir brûler Troie, fondée par son fils. Le mythe explique de préférence ce qui, dans le monde, ne tombe pas juste.
À quoi servaient les Pléiades dans la vie quotidienne ?
De calendrier. Hésiode ouvre la partie agricole des Travaux et les Jours par une consigne : commence la moisson à leur lever, et le labour à leur coucher. Le même poème ajoute qu'on ne prend la mer que pendant la cinquantaine de jours suivant le solstice, la mer se fermant quand elles disparaissent. Pour qui n'avait pas de calendrier écrit, ces sept étoiles étaient l'emploi du temps de l'année.