Mythologie grecque · Héros & mortels

Andromaque, épouse d'Hector dans la mythologie grecque

Andromaque : la famille qu'Achille lui a prise en un jour, les adieux aux portes Scées, l'esclavage, et la tragédie de Racine.

Andromaque dans l'art classique
Published by Guillaume Rouille (1518?-1589) — via Wikimedia Commons · Domaine public · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Andromaque est l’épouse d’Hector et la mère d’Astyanax. L’Iliade lui confie son analyse la plus soutenue de ce que la guerre coûte à ceux qui ne la font pas — et la tradition la poursuit bien au-delà de Troie, jusqu’à l’esclavage puis à un second royaume.

Ce qu’Achille lui avait déjà pris

Avant même que le poème commence, elle a tout perdu sauf son mari et son fils, et toujours du fait du même homme.

Elle le dit à Hector au chant VI, sans détour. Achille a détruit sa ville, Thèbe de Cilicie ; il a tué son père Éétion — sans dépouiller le corps, qu’il a brûlé en armes par respect ; et il a tué ses sept frères en un seul jour, tous ensemble, au milieu de leurs bœufs. Sa mère, rachetée, est morte de maladie peu après.

D’où le vers sur lequel bascule toute la scène : Hector, tu es pour moi un père, une mère, un frère, et tu es mon jeune époux. Il ne s’agit pas d’un attendrissement. Elle constate que sa structure de parenté entière s’est réduite à un seul homme debout devant elle, et que cet homme se propose de ressortir.

Les adieux aux portes Scées

Elle fait alors ce qu’aucun autre personnage de l’Iliade ne tente : elle lui donne un conseil militaire. Poste l’armée près du figuier sauvage, dit-elle, là où le rempart est le plus faible et où trois assauts distincts ont déjà été tentés.

Hector ne discute pas la tactique. Il répond qu’il aurait honte devant les Troyens de rester en retrait, qu’il sait que Troie tombera, et que ce qui le tourmente n’est ni la mort de ses parents ni celle de ses frères, mais l’image d’elle emmenée en pleurant par un Grec pour tisser à la toile d’une autre femme.

Puis leur fils hurle de terreur devant le cimier de crin du casque paternel. Hector rit, l’ôte, le pose tout brillant sur le sol, et soulève l’enfant. C’est la dernière fois que la famille est réunie, et Homère construit la scène pour que le lecteur le sache.

L’esclave de Néoptolème

Troie tombe. Andromaque échoit à Néoptolème — le fils de l’homme qui a tué son père, ses frères et son mari, et qui vient de tuer son enfant.

L’Andromaque d’Euripide la retrouve des années plus tard en Phthie, mère d’un fils de Néoptolème, prise dans une rivalité domestique mortelle avec l’épouse légitime, la Spartiate Hermione, stérile et décidée à s’en débarrasser. La pièce est sans complaisance sur la condition de la concubine captive : entièrement suspendue à l’intérêt continué d’un homme, haïe par la maison où on l’a versée, avec un enfant qui est à la fois son seul moyen de pression et son plus grand danger.

La tragédie française par excellence

C’est de cette situation que Racine tire, en 1667, l’Andromaque qui le rend célèbre à vingt-sept ans et qui reste l’un des piliers du répertoire classique français.

Racine resserre tout en une chaîne d’amours non partagés : Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus (Néoptolème), qui aime Andromaque, qui n’aime que la mémoire d’Hector. Il modifie une donnée essentielle — chez lui, Astyanax est vivant, et Pyrrhus s’en sert pour contraindre la veuve au mariage sous peine de livrer l’enfant aux Grecs. Le dilemme est alors entier : trahir le mort ou perdre le fils.

L’invention de Racine n’est pas gratuite : elle transforme une captive sans pouvoir en personnage qui décide, et fait de la fidélité à un mort une force politique. La pièce s’achève sur Andromaque reine d’Épire, seule survivante debout d’un massacre général — dénouement qui, curieusement, rejoint la tradition antique la plus tardive.

Une seconde Troie

Virgile lui donne en effet une fin comparable. Au chant III de l’Énéide, Énée aborde à Buthrote, en Épire, et découvre à l’intérieur des terres une Troie miniature : un ruisseau à sec baptisé Xanthe, une petite porte appelée porte Scée, une citadelle nommée Pergame. Andromaque, passée au frère d’Hector, Hélénos, après la mort de Néoptolème, y règne.

Énée la trouve devant un cénotaphe — un tombeau vide de gazon vert, flanqué de deux autels — en train de faire des offrandes à des cendres d’Hector qui n’y sont pas. Elle demande des nouvelles d’Astyanax, ne parvient pas à finir sa phrase, et pleure.

La scène est l’une des plus belles de la poésie latine, et le contraste est voulu : Énée s’en va fonder quelque chose de neuf, tandis qu’Andromaque a bâti une maquette exacte de ce qu’elle a perdu et vit dedans. Virgile la traite avec tendresse, et n’en recommande pas l’exemple.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, VI, 390-502 ; XXII, 437-515 ; XXIV, 723-746
  • Euripide, Andromaque et Les Troyennes
  • Virgile, Énéide, III, 294-355

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Questions fréquentes

Qui a tué la famille d'Andromaque ?

Achille, et en une seule campagne. Il a détruit sa cité, Thèbe de Cilicie, tué son père Éétion — sans dépouiller le corps, qu'il a brûlé en armes par respect — et tué ses sept frères en un seul jour, tous ensemble, au milieu de leurs bœufs. Sa mère, rachetée, est morte peu après. D'où le vers sur lequel bascule la scène des adieux : Hector, tu es pour moi un père, une mère, un frère, et tu es mon jeune époux.

Andromaque survit-elle à la chute de Troie ?

Oui, et longtemps. Elle échoit comme captive à Néoptolème, le fils d'Achille, dont elle a un enfant ; Euripide la montre des années plus tard en Phthie, prise dans une rivalité mortelle avec l'épouse légitime Hermione. Après la mort de Néoptolème elle passe à Hélénos, frère d'Hector, et règne en Épire. Racine, en 1667, tirera de cette situation sa tragédie la plus célèbre.