Mythologie grecque · Héros & mortels

Astyanax, fils d'Hector dans la mythologie grecque

Astyanax : l'enfant effrayé par le casque de son père, ses deux noms, sa mort décidée en conseil, et sa descendance revendiquée par la France.

Astyanax dans l'art classique
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Astyanax est le fils en bas âge d’Hector et d’Andromaque, et le seul personnage du cycle troyen qui soit tué uniquement pour ce qu’il pourrait devenir. Il ne prononce pas un mot. Il occupe une quarantaine de vers de l’Iliade, et Homère les dispose de telle sorte que tout ce qui suit en soit aggravé.

Deux noms

Homère note, presque incidemment, que l’enfant en portait deux. Son père l’appelait Scamandrios, du nom du fleuve de la plaine troyenne. Toute la ville, elle, l’appelait Astyanax — « seigneur de la cité » — parce qu’Hector défendait Ilion à lui seul.

Le détail n’est pas ornemental. Scamandrios est un prénom ; Astyanax est un argument. Il proclame publiquement que ce nourrisson est l’avenir de Troie et que son père en constitue présentement toute la défense — c’est-à-dire exactement le raisonnement que les Grecs invoqueront, quelques années plus tard, pour justifier de le tuer.

Le casque

Au chant VI, Hector tend les bras vers son fils, et l’enfant hurle en se rejetant dans la robe de sa nourrice, épouvanté par le bronze et par le cimier de crin qui oscille au-dessus de lui.

Les deux parents rient. Hector ôte le casque, le pose tout brillant sur le sol, embrasse l’enfant, le fait sauter dans ses bras, et prie à voix haute pour qu’on dise un jour de lui celui-ci vaut bien mieux que son père en le voyant rentrer du combat chargé de dépouilles sanglantes, et pour que le cœur de sa mère en soit réjoui.

Aucune clause de cette prière ne sera exaucée, et l’auditeur le sait en l’entendant. C’est le passage le plus densément ironique de l’Iliade, et il fonctionne parce que, l’espace de quelques vers, le poème cesse simplement de parler de la guerre.

Dans la même conversation, Hector énonce d’ailleurs l’autre issue avec une exactitude complète : le jour viendra où la sainte Ilion périra, et Andromaque sera emmenée en pleurant tisser à la toile d’une autre femme.

Une mort votée

L’Iliade s’arrête avant la chute de Troie ; la mort d’Astyanax appartient donc aux poèmes du cycle épique et à la tragédie — et les sources divergent sur l’essentiel.

La Petite Iliade fait saisir l’enfant par le pied et précipiter du haut de la tour par Néoptolème, fils d’Achille. Le Sac d’Ilion en attribue le geste à Ulysse. Euripide, dans Les Troyennes, le fait décider par l’assemblée des Grecs, après que le devin Calchas — ou Ulysse dans d’autres versions — eut plaidé qu’il serait insensé de laisser grandir le fils d’un tel père.

C’est ce raisonnement qui fait tout l’intérêt de l’épisode. L’enfant n’est tué ni dans la fureur d’un sac, ni par accident, ni par représailles. Il est tué après délibération, par un conseil, sur une appréciation stratégique portant sur la génération suivante. La tragédie grecque y revient sans cesse parce que c’est le moment où la prise de Troie cesse d’être une bataille pour devenir une politique.

Le bouclier

Euripide confie l’ensevelissement à Hécube. On lui rapporte le corps sur le bouclier de bronze d’Hector lui-même — les Grecs ayant refusé à Andromaque, déjà embarquée sur le navire de Néoptolème, l’autorisation d’enterrer son fils.

Elle lave l’enfant brisé, l’enveloppe, et parle au bouclier qui n’a pas pu le protéger : il épousait si bien le flanc de son père, et la sueur du front d’Hector est encore sur son rebord. Puis Troie brûle derrière elles.

Une postérité française

Le mythe n’a pourtant pas laissé mourir Astyanax partout. À partir du VIIe siècle, les chroniqueurs francs se donnent une origine troyenne, sur le modèle de Rome — et la Renaissance française pousse la revendication jusqu’au bout.

En 1572, Ronsard publie La Franciade, épopée nationale commandée par Charles IX, dont le héros est un Astyanax sauvé du massacre, rebaptisé Francus, et présenté comme l’ancêtre des rois de France. Le poème, resté inachevé, fut un échec littéraire retentissant ; mais il constitue le dernier grand effort européen pour rattacher une monarchie moderne à la maison de Priam. L’enfant tué pour empêcher toute descendance d’Hector s’est ainsi vu attribuer, mille cinq cents ans plus tard, la plus longue lignée d’Europe.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, VI, 399-503 ; XXII, 482-507 ; XXIV, 734-739
  • Euripide, Les Troyennes, v. 709-798 et 1118-1250
  • Apollodore, Épitomé, V, 23
  • résumés de Proclus pour la Petite Iliade et le Sac d'Ilion

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Questions fréquentes

Pourquoi Astyanax porte-t-il deux noms ?

Homère le note presque incidemment : son père l'appelait Scamandrios, du nom du fleuve de la plaine troyenne, mais toute la ville l'appelait Astyanax, « seigneur de la cité », parce qu'Hector défendait Ilion à lui seul. Scamandrios est un prénom ; Astyanax est un argument. C'est exactement le raisonnement que les Grecs retourneront contre lui pour justifier sa mort.

Les rois de France descendaient-ils d'Astyanax ?

C'est ce que la Renaissance française a voulu établir. Dès le VIIe siècle les chroniqueurs francs se donnent une origine troyenne, et en 1572 Ronsard publie La Franciade, épopée commandée par Charles IX, dont le héros est un Astyanax sauvé du massacre, rebaptisé Francus et présenté comme l'ancêtre des rois de France. Le poème resta inachevé, mais l'enfant tué pour éteindre la lignée d'Hector s'était vu attribuer la plus longue généalogie d'Europe.