Mythologie grecque · Héros & mortels

Andromède, la princesse enchaînée sauvée par Persée

En bref

Andromède est une princesse d'Éthiopie, fille du roi Céphée et de Cassiopée, enchaînée à un rocher pour apaiser un monstre marin envoyé par Poséidon après que sa mère eut défié les Néréides. Persée, revenant de tuer Méduse, la délivre et l'épouse ; elle devient la mère des Perséides et une constellation.

  • royauté d'Éthiopie
  • sacrifice expiatoire
  • fondation de la lignée des Perséides
  • les chaînes et le rocher du rivage
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Andromède est une princesse d’Éthiopie, fille du roi Céphée et de la reine Cassiopée, enchaînée à un rocher du rivage pour être livrée à un monstre marin, puis délivrée et épousée par Persée. Son histoire est celle d’une victime expiatoire qui paie la faute d’une autre : c’est sa mère, et non elle, qui a offensé les divinités marines. Par son mariage, Andromède devient ensuite la souche d’une des plus grandes lignées héroïques grecques, celle qui mène jusqu’à Héraclès.

Une princesse d’Éthiopie

Pour les Grecs, l’« Éthiopie » d’Andromède n’est pas un pays précis : c’est le bord du monde, au sud ou au levant, là où vivent les peuples brûlés par le soleil. Les auteurs la placent donc tantôt en Afrique, tantôt sur la côte levantine. Strabon, Pausanias et Pline situent l’épisode du rocher à Joppé, l’actuelle Jaffa, où l’on montrait aux visiteurs les traces des chaînes et une source rougie par le sang du monstre (Strabon, XVI, 2, 28 ; Pausanias, IV, 35, 9 ; Pline, V, 69).

La question de son apparence a été débattue dès l’Antiquité. Ovide, dans une des Héroïdes, parle d’une Andromède « brune » de son Éthiopie natale (XV, 35-36), tandis que Philostrate, décrivant un tableau, s’étonne qu’elle soit peinte avec une peau claire bien qu’Éthiopienne (Images, I, 29). La peinture européenne a massivement retenu la seconde image ; les textes, eux, restent partagés.

La faute de Cassiopée

L’origine du drame est un défi de beauté. Cassiopée se vanta d’être plus belle que les Néréides — certaines versions disent : que sa fille était plus belle qu’elles. Les nymphes marines s’indignèrent, et Poséidon, partageant leur colère, submergea le pays et lança contre lui un monstre marin, un kêtos. Le roi Céphée consulta l’oracle d’Ammon, qui lui répondit que le royaume serait délivré s’il livrait sa fille à la bête (Apollodore, Bibliothèque, II, 4, 3). Sous la pression de son peuple, il fit attacher Andromède sur un rocher au bord de la mer.

Le schéma est celui de nombreux récits grecs : l’hybris d’un parent retombe sur un enfant innocent. On le retrouve, sous une autre forme, chez Iphigénie, sacrifiée pour réparer une offense de son père envers Artémis.

La délivrance

Persée arrive à ce moment précis. Il revient de sa quête contre Méduse, la tête de la Gorgone dans sa besace, volant grâce aux sandales ailées. Ovide raconte qu’il crut d’abord voir une statue de marbre, tant la jeune fille était immobile, et que seuls ses cheveux agités par la brise et ses larmes trahissaient la vie (Métamorphoses, IV, 672-677). Il l’interroge ; elle hésite, par pudeur, puis lui révèle son histoire tandis que le monstre surgit des flots.

Avant de combattre, Persée négocie : il demande aux parents la main d’Andromède en échange de sa délivrance, et Céphée accepte. Chez Ovide, le héros fond alors sur la bête depuis les airs et la frappe de son épée à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’elle meure (IV, 706-734). Il pose ensuite la tête de Méduse sur un lit d’algues, qui se pétrifient et deviennent le premier corail (IV, 740-752) — un récit étiologique typique d’Ovide.

Les noces sanglantes et Phinée

Andromède était déjà promise à son oncle Phinée, frère de Céphée. Pendant le banquet des noces, Phinée fait irruption avec ses partisans pour réclamer sa fiancée. Ovide consacre presque la moitié du livre V à cette bataille : Persée finit par brandir la tête de Méduse, et Phinée est pétrifié dans une posture de suppliant (Métamorphoses, V, 1-235). Apollodore résume le même épisode en une phrase (II, 4, 3). Le reproche de Persée à Phinée est explicite chez Ovide : il n’a rien fait pour sauver sa fiancée quand elle était sur le rocher.

La mère des Perséides

Andromède suit Persée à Sériphos, puis en Argolide. Leur premier fils, Persès, est laissé auprès de Céphée ; Hérodote en fait l’ancêtre éponyme des rois de Perse (VII, 61), un rattachement que les Grecs utilisaient volontiers dans leurs relations diplomatiques avec l’Empire achéménide (VII, 150). En Grèce naissent ensuite Alcée, Sthénélos, Électryon, Mestor et Héléos, ainsi qu’une fille, Gorgophoné (Apollodore, II, 4, 5).

Cette descendance est capitale pour tout le cluster héroïque : Électryon est le père d’Alcmène, la mère d’Héraclès ; Alcée est le père d’Amphitryon ; Sthénélos est le père d’Eurysthée, le roi qui imposera ses travaux à Héraclès. Andromède est donc à la fois l’arrière-grand-mère d’Héraclès et celle de son persécuteur. Le Catalogue des femmes attribué à Hésiode connaissait déjà cette généalogie.

Au théâtre et dans le ciel

Sophocle et Euripide ont chacun écrit une Andromède, aujourd’hui perdue. Celle d’Euripide, jouée en 412 av. J.-C., s’ouvrait sur la jeune fille seule, enchaînée, dialoguant avec l’Écho de la grotte voisine. Le succès fut tel qu’Aristophane la parodia l’année suivante dans Les Thesmophories, où un personnage se déguise en Andromède et un autre, suspendu à la machine de théâtre, joue Persée (v. 1010-1135).

Le mythe a aussi une dimension astrale inhabituelle. Selon le pseudo-Ératosthène, Athéna plaça Andromède parmi les étoiles avec toute sa famille : Céphée, Cassiopée sur son trône, Persée et même le monstre, devenu Cétus (Catastérismes, 15-17 et 22). Aucun autre récit grec n’a fourni autant de constellations d’un seul coup ; c’est d’ailleurs par la constellation que le nom d’Andromède est aujourd’hui le plus connu, puisque la grande galaxie voisine de la nôtre s’y trouve.

Variantes et sources

  • Apollodore (II, 4, 3-5) donne la version canonique : défi de Cassiopée, oracle d’Ammon, délivrance, Phinée, descendance.
  • Ovide (Métamorphoses, IV-V) développe la scène du rocher, le combat aérien, l’invention du corail et la bataille des noces.
  • Euripide (fragments) et Aristophane témoignent du succès théâtral du sujet au Ve siècle.
  • Strabon, Pausanias et Pline localisent l’épisode à Joppé ; Pline rapporte même que les os d’un monstre marin y furent rapportés à Rome par l’édile M. Scaurus (IX, 11).
  • La mise à mort par la tête de Méduse plutôt que par l’épée relève surtout de versions tardives et de l’iconographie.

Lectures complémentaires

Pour le récit complet de la quête, des Grées jusqu’au rocher, lire Persée et Méduse. Pour le héros lui-même et sa mère, voir Persée et Danaé. Pour la descendance d’Andromède, poursuivre avec Alcmène et Héraclès. Pour le dieu qui envoie le monstre, lire Poséidon.

Sources antiques

  • Hésiode, Catalogue des femmes, fr. 135 Merkelbach-West
  • Hérodote, Histoires, VII, 61 et 150
  • Euripide, Andromède (tragédie perdue, 412 av. J.-C.)
  • Aristophane, Les Thesmophories, v. 1010-1135
  • Pseudo-Ératosthène, Catastérismes, 15-17 et 22
  • Apollodore, Bibliothèque, II, 4, 3-5
  • Strabon, Géographie, XVI, 2, 28
  • Ovide, Métamorphoses, IV, 663-803 ; V, 1-235 ; Héroïdes, XV, 35-36
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 69 ; IX, 11
  • Pausanias, Description de la Grèce, IV, 35, 9
  • Philostrate, Images, I, 29

À lire aussi

Questions fréquentes

Pourquoi Andromède est-elle enchaînée à un rocher ?

À cause de sa mère. Cassiopée s'était vantée d'être plus belle que les Néréides, les nymphes de la mer. Poséidon, prenant leur parti, envoya sur le royaume de Céphée une inondation et un monstre marin. L'oracle d'Ammon annonça que le fléau cesserait si l'on offrait la fille du roi au monstre : Andromède fut donc attachée sur un rocher du rivage, sans avoir elle-même commis de faute.

Comment Persée tue-t-il le monstre ?

Les versions divergent. Chez Ovide, Persée fond sur la bête depuis les airs grâce à ses sandales ailées et la frappe de son épée recourbée à de multiples reprises. D'autres récits, surtout tardifs et iconographiques, lui font montrer la tête de Méduse pour pétrifier le monstre. Ovide réserve la tête à l'épisode suivant, contre Phinée et ses partisans.

Pourquoi Andromède est-elle une constellation ?

Selon le pseudo-Ératosthène, c'est Athéna qui plaça Andromède parmi les astres en souvenir des exploits de Persée. Toute la famille y figure : Céphée, Cassiopée assise sur son trône, Persée et même le monstre, sous le nom de Cétus, la Baleine. La galaxie d'Andromède, la grande galaxie voisine de la Voie lactée, tient son nom de la constellation où elle apparaît.