Mythologie grecque · Héros & mortels

Glaucos de Corinthe, père de Bellérophon

Glaucos fils de Sisyphe : l'éleveur de chevaux corinthien dévoré par ses juments, et le fantôme qui affolait les attelages de l'Isthme.

Glaucos de Corinthe est le fils de Sisyphe et le père de Bellérophon. Le nom étant l’un des plus répandus de la mythologie grecque, il faut d’abord le distinguer de ses homonymes.

Quatre Glaucos

Le dieu marin Glaucos d’Anthédon est un pêcheur devenu immortel pour avoir goûté une herbe magique ; c’est lui qui aime Scylla et qui provoque, par l’entremise de Circé, sa métamorphose en monstre.

Le Glaucos lycien de l’Iliade combat devant Troie aux côtés de Sarpédon. Il n’est pas un homonyme fortuit : il est l’arrière-petit-fils du nôtre, par Bellérophon et Hippolochos.

Un Glaucos crétois, fils de Minos, se noie enfant dans une jarre de miel et est ressuscité par le devin Polyidos.

Reste le Corinthien, dont il est question ici. Cette prolifération n’est pas anecdotique : elle explique la moitié des contresens que l’on commet sur les généalogies grecques, et justifie que l’arbre de ce site nomme les entités par leur cité autant que par leur nom.

Une lignée récitée en pleine bataille

L’attestation la plus nette de sa place vient d’un moment étrange de l’Iliade. Au chant VI, le Grec Diomède et le Lycien Glaucos se rencontrent entre les armées et, au lieu de combattre, échangent leurs généalogies. Le Lycien récite : Éole engendra Sisyphe, « le plus rusé des hommes » ; Sisyphe engendra Glaucos ; Glaucos engendra l’irréprochable Bellérophon.

Ils découvrent alors que leurs grands-pères étaient liés par l’hospitalité, renoncent au duel et troquent leurs armures — Glaucos donnant de l’or contre du bronze, échange qu’Homère qualifie sèchement de mauvaise affaire. La scène compte ici parce qu’elle constitue la source la plus ancienne et la plus autorisée sur la maison corinthienne, et qu’elle est énoncée au milieu d’une bataille comme un motif de ne pas la livrer.

Une tradition concurrente attribue la paternité réelle de Bellérophon à Poséidon, Glaucos n’étant alors que le père humain ou dynastique. Elle explique la faveur divine qui permet au héros de dompter Pégase, poulain du même dieu. L’arbre suit Homère plutôt que de cumuler les deux récits.

Dévoré par ses juments

Glaucos règne à Corinthe — ou à Potnies en Béotie selon les sources — et élève des chevaux de course avec une obstination qui le perdra.

Les motifs invoqués varient, et chacun désigne une faute différente. Selon l’un, il empêche ses juments de s’accoupler pour les garder rapides, et Aphrodite, offensée qu’un homme refuse aux bêtes ce qui relève de son domaine, les frappe de fureur. Selon un autre, il les nourrit de chair humaine pour les rendre féroces. Selon un troisième, elles boivent l’eau d’une source maudite.

L’issue, elle, ne varie pas. Aux jeux funèbres de Pélias, à Iolcos, l’attelage s’emballe, le désarçonne et le met en pièces. L’homme qui maîtrisait les chevaux est détruit par l’animal même qu’il maîtrisait — figure que la mythologie grecque affectionne, et qui reparaîtra dans sa propre descendance quand Bellérophon, ayant dompté le cheval indomptable, en sera précipité.

Le Taraxippe

Glaucos ne s’arrête pas à sa mort. Pausanias, décrivant l’hippodrome d’Olympie au IIe siècle de notre ère, s’attarde sur le Taraxippe — littéralement « l’effaroucheur de chevaux » —, un point du parcours où les attelages prenaient régulièrement peur et versaient, et que les auriges grecs abordaient avec des sacrifices et de l’effroi.

Il énumère plusieurs identifications pour celui d’Olympie, puis déclare sans hésiter que le Taraxippe de l’Isthme de Corinthe est Glaucos, fils de Sisyphe. L’homme tué par des chevaux fous lors de jeux funèbres est revenu affoler les chevaux d’autres jeux, à demeure.

Le détail vaut mieux qu’une curiosité : il transforme un simple maillon généalogique en réalité cultuelle, dotée d’un lieu et d’une pratique. Glaucos n’était pas seulement un nom dans un arbre ; c’était un danger identifié sur une piste de course, auquel des professionnels faisaient des offrandes, des siècles après la fixation du mythe.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, VI, 119-236
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 9, 3 et II, 3, 1
  • Pausanias, Description de la Grèce, VI, 20, 15-19
  • Virgile, Géorgiques (III, 267-268) pour les juments de Potnies

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Questions fréquentes

Combien de Glaucos faut-il distinguer ?

Quatre au moins. Le dieu marin Glaucos d'Anthédon, pêcheur devenu immortel, est celui qui aime Scylla. Le Glaucos lycien de l'Iliade est l'arrière-petit-fils du nôtre. Un Glaucos crétois, fils de Minos, se noie enfant dans une jarre de miel. Reste le Corinthien, fils de Sisyphe et père de Bellérophon, dont il est question ici. Cette prolifération explique la moitié des contresens sur les généalogies grecques.

Comment Glaucos est-il mort ?

Dévoré par ses propres juments aux jeux funèbres de Pélias. Les motifs varient : il les empêchait de s'accoupler pour les garder rapides et Aphrodite les frappa de fureur ; ou il les nourrissait de chair humaine ; ou elles burent l'eau d'une source maudite. L'issue ne varie pas, et la figure est classique — l'homme qui maîtrisait les chevaux détruit par l'animal même qu'il maîtrisait.