Mythologie grecque · Héros & mortels

Hécube, reine de Troie dans la mythologie grecque

Hécube : le rêve de la torche qui condamne Pâris, les dix-neuf fils, la vengeance sur Polymestor et sa métamorphose en chienne.

Hécube dans l'art classique
Giulio Romano — via Wikimedia Commons · Domaine public · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Hécube est la reine de Troie, épouse de Priam et mère d’Hector. Chez Homère, c’est une figure secondaire dont le rôle est essentiellement de pleurer. Le théâtre athénien en fait tout autre chose : le sujet de deux tragédies, et l’un des rares personnages grecs que l’on voit se défaire assez lentement pour en mesurer chaque étape.

Le rêve de la torche

Sa première apparition dans la chronologie du mythe est un cauchemar. Enceinte de son second fils, Hécube rêve qu’elle accouche d’une torche enflammée dont le feu dévore Troie entière.

Les devins — selon les versions Ésaque, fils de Priam, ou Cassandre — donnent la même interprétation : l’enfant à naître détruira la cité, il faut le supprimer. Le nourrisson est exposé sur l’Ida. Un berger le recueille. C’est Pâris, qui reviendra enlever Hélène.

Le motif est identique à celui de la maison de Thèbes : un oracle, un enfant exposé, et l’exposition elle-même qui rend la prophétie exécutable. Mais la mythologie troyenne y ajoute une image d’une justesse remarquable — la mère qui met au monde l’incendie de sa propre ville. Tout ce qu’Hécube perdra, elle l’a d’abord vu en songe.

Dix-neuf fils

Homère lui donne dix-neuf des cinquante fils de Priam, et lui accorde trois scènes qui portent toutes sur Hector.

Elle offre un voile à Athéna pour le protéger. Au chant XXII, sur le rempart, quand les arguments ont échoué, elle dénude son sein et supplie son fils par le lait qu’elle lui a donné de ne pas affronter Achille seul. Il ne lève pas les yeux.

C’est elle qui prononce la dernière des trois lamentations qui referment l’Iliade, après Andromaque et avant Hélène — et la sienne est la plus dure. Elle relève que le corps de son fils, traîné douze jours durant derrière un char, repose intact comme si les dieux eux-mêmes avaient refusé qu’on l’abîme.

La vengeance

L’Hécube d’Euripide, jouée vers 424 avant notre ère, commence là où l’épopée s’arrête. Troie est tombée, les captives attendent le vent sur la côte de Thrace, et il reste deux enfants à Hécube.

Polyxène, sa fille, est réclamée par le fantôme d’Achille comme offrande funéraire. Elle marche au sacrifice sans se débattre, et le messager insiste sur sa tenue : une jeune fille qui choisit la manière de sa mort parce que c’est la seule chose qu’on ne lui a pas prise.

Polydore, son plus jeune fils, avait été confié avant le siège, avec de l’or troyen, au roi thrace Polymestor. Celui-ci l’a tué pour l’or et jeté le corps à la mer. Il s’échoue devant sa mère le jour même.

Hécube obtient alors d’Agamemnon non pas sa pitié, mais son autorisation, et fait dire à Polymestor qu’un autre trésor est caché et qu’elle lui en révélera la place. Il entre sous la tente des femmes avec ses deux jeunes fils. Les captives les entourent, admirent les vêtements des enfants, palpent les étoffes — puis sortent les lames. Elles égorgent les garçons devant leur père et lui enfoncent leurs agrafes dans les yeux.

La tombe de la chienne

Aveuglé, Polymestor rampe hors de la tente et prophétise sur elle : elle sera changée en chienne aux yeux de feu, tombera du mât du navire dans la mer, et le promontoire où elle tombera portera le nom de Cynosséma, la Tombe de la Chienne.

Le lieu existait. Cynosséma est un cap réel de la Chersonèse de Thrace, au resserrement de l’Hellespont ; Thucydide y situe une bataille navale de 411 avant notre ère, treize ans après qu’Euripide eut mis cette prophétie en scène.

C’est le plus troublant du personnage. La mythologie grecque explique volontiers un point du littoral en y accrochant un récit, et le récit accroché ici est celui d’un effondrement moral complet : la reine d’une grande cité, réduite en esclavage, qui tue des enfants pour venger un enfant, et que l’on change en bête à l’instant précis où elle cesse d’être reconnaissable comme humaine.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, VI, 251-285 ; XXII, 79-89 ; XXIV, 747-760
  • Euripide, Hécube (v. 1132-1295) et Les Troyennes
  • Ovide, Métamorphoses, XIII, 399-575
  • Apollodore, Bibliothèque (III, 12, 5) pour le rêve
  • Homère, Iliade, XXII, 79-89 et XXIV, 747-760

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Questions fréquentes

Quel est le rêve d'Hécube ?

Enceinte de son second fils, elle rêve qu'elle accouche d'une torche enflammée dont le feu dévore Troie entière. Les devins concluent que l'enfant détruira la cité et qu'il faut le supprimer ; le nourrisson est exposé sur l'Ida, recueilli par un berger, et devient Pâris. Le motif est celui de Thèbes — un oracle, un enfant exposé, et l'exposition qui rend la prophétie exécutable — avec une image d'une justesse rare : la mère qui met au monde l'incendie de sa propre ville.

Pourquoi Hécube est-elle changée en chienne ?

Après avoir aveuglé Polymestor et tué ses fils pour venger Polydore, elle s'entend prophétiser par le roi aveuglé qu'elle deviendra une chienne aux yeux de feu, tombera du mât dans la mer, et que le promontoire portera son nom. La métamorphose intervient à l'instant précis où elle cesse d'être reconnaissable comme humaine : le mythe fait coïncider la perte de forme et la perte de mesure.