Mythologie grecque · Héros & mortels

Pélée, roi de Phthie et père d'Achille

Pélée : deux exils pour meurtre d'un parent, la trahison du Pélion, les noces qui déclenchent la guerre de Troie, et une vieillesse solitaire.

Pélée dans l'art classique
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Pélée est le roi de Phthie, en Thessalie, et le père d’Achille. On ne retient de lui que ses noces, ce qui est injuste : sa propre histoire est une suite ininterrompue de désastres, et c’est l’un des rares héros grecs dont le malheur ne vient jamais d’une faute d’orgueil.

Deux exils pour meurtre d’un parent

Pélée et son frère Télamon sont les fils d’Éaque, roi d’Égine, homme si intègre qu’il deviendra juge des morts. Leur demi-frère Phocos est un athlète remarquable. Les deux frères le tuent — d’un lancer de disque à l’entraînement, que les sources présentent comme un meurtre et non comme un accident — et sont chassés de l’île.

Pélée gagne la Phthie, où le roi Eurytion le purifie du sang versé et lui donne le tiers de son royaume ainsi que sa fille. Puis, lors de la chasse au sanglier de Calydon, Pélée lance un javelot sur la bête, manque son coup, et tue Eurytion. Cette fois, c’est réellement un accident. Cela ne change rien : dans la pensée grecque, la souillure du sang est une contamination, pas un verdict, et il repart en exil.

Deux purifications, deux parents morts. Avant d’avoir accompli le moindre exploit, Pélée a déjà été lavé deux fois d’un homicide.

Abandonné sur le Pélion

Il est purifié une troisième fois, à Iolcos, par le roi Acastos. L’épouse de celui-ci, Astydamie, le sollicite ; il refuse ; elle l’accuse auprès de son mari de l’avoir agressée.

Acastos ne veut pas tuer un suppliant qu’il a personnellement purifié — ce serait contracter la souillure qu’il vient d’effacer. Il emmène donc Pélée chasser sur le mont Pélion, attend qu’il s’endorme, cache son épée dans un tas de bouse, et rentre chez lui en le laissant désarmé sur une montagne peuplée de centaures.

Il survit parce que Chiron le trouve et lui rend son arme. Le centaure est la raison pour laquelle Pélée a une vie ; il sera plus tard la raison pour laquelle son fils a une éducation. Pélée reviendra saccager Iolcos.

La lance de frêne

Le mariage avec Thétis lui est imposé par les dieux, qui ont appris que la Néréide enfanterait un fils plus grand que son père et cherchent d’urgence à lui donner un époux mortel. Elle refuse et se métamorphose ; il la maintient jusqu’à ce qu’elle cède.

Les noces se tiennent sur le Pélion et tous les dieux y assistent — seul mariage mortel de la mythologie grecque à réunir le panthéon entier. Les présents sont les chevaux immortels Xanthos et Balios, une armure divine, et de la part de Chiron une lance taillée dans les frênes de la montagne.

Cette lance mérite qu’on s’y arrête. Homère précise au chant XVI que Patrocle, revêtant l’armure d’Achille, emporte tout sauf cette arme : aucun autre Achéen ne peut la manier, parce que Chiron l’a coupée sur le Pélion pour Pélée, afin qu’elle fût la mort des héros. L’objet résume la famille — cadeau du centaure qui a sauvé le père, remis lors des noces qui condamnent le fils, et maniable par un seul homme au monde.

C’est aussi à ce banquet qu’Éris, la Discorde, seule non conviée, jette la pomme d’or portant l’inscription « à la plus belle ». Trois déesses la revendiquent, un prince troyen est désigné pour arbitrer, et le jugement de Pâris déclenche la guerre qui tuera leur fils unique. La catastrophe commence au repas de noces.

Le vieil homme qui attend

Thétis s’en va peu après la petite enfance d’Achille, et Pélée vieillit seul en Phthie.

L’Iliade revient plusieurs fois à cette image, et c’est elle qui porte le dénouement du poème. Achille sait que son père attend un retour qui n’aura pas lieu ; et lorsque Priam entre dans sa tente au chant XXIV, c’est en lui demandant de penser à Pélée — vieux comme lui, seul comme lui, privé de son fils comme lui — qu’il obtient le corps d’Hector. Le père d’Achille n’est jamais présent dans l’Iliade, et c’est pourtant son nom qui met fin à la colère.

Euripide, dans Andromaque, le montre encore vivant après la chute de Troie, ayant survécu à son fils et à son petit-fils, et lui promet enfin de rejoindre Thétis parmi les immortels — consolation tardive pour l’homme le plus systématiquement dépouillé de la mythologie grecque.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, XVI, 140-144 ; XVIII, 84-87 ; XXIV, 534-542
  • Pindare, Néméennes (III, IV, V) et Isthmiques, VIII
  • Apollodore, Bibliothèque, III, 12, 6 - III, 13, 8
  • Euripide, Andromaque

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Questions fréquentes

Pourquoi Pélée épouse-t-il une déesse ?

Parce que les dieux avaient besoin de s'en débarrasser. Zeus et Poséidon désiraient Thétis jusqu'à ce qu'une prophétie révèle que son fils serait plus grand que son père : un enfant de Zeus aurait achevé la série Ouranos-Cronos-Zeus. On lui cherche donc d'urgence un époux mortel. Un fils plus grand que Pélée n'est jamais que le meilleur des Grecs — et tout le cycle troyen découle de ce calcul de prudence dynastique.

Qu'est-ce que la lance de frêne de Pélée ?

Un cadeau de Chiron pour ses noces, taillée dans les frênes du mont Pélion. Homère précise au chant XVI que Patrocle, revêtant l'armure d'Achille, emporte tout sauf cette arme : aucun autre Achéen ne peut la manier. L'objet résume la famille — présent du centaure qui a sauvé le père, remis lors des noces qui condamnent le fils, et maniable par un seul homme au monde.