Mythologie grecque · Dieux & déesses
Zéphyr, dieu grec du vent d'ouest et souffle du printemps
Zéphyr, dieu du vent d'ouest : violent chez Homère, doux chez les Latins, père des chevaux d'Achille, meurtrier jaloux d'Hyacinthe et époux de Chloris.
Zéphyr est le vent d’ouest divinisé, et le plus mal compris des vents grecs. La tradition française n’a retenu de lui qu’une brise tiède ; l’Iliade en fait un vent dur qui gonfle la mer. Fils d’Éos et frère de Borée, il est le seul dieu grec dont le caractère se soit inversé au cours de l’Antiquité.
Un vent orienté, fils de l’Aurore
Hésiode l’inscrit, avec Borée et Notos, parmi les enfants du Titan Astraios et de l’Aurore (Théogonie, v. 378-380). Ces trois-là sont les vents réguliers : ils viennent d’un point fixe de l’horizon et reviennent avec les saisons. Le poète les oppose expressément aux rafales issues de Typhée, qui frappent au hasard et perdent les navires.
Zéphyr habite la Thrace avec ses frères — c’est dans sa maison que l’Iliade les fait banqueter au chant XXIII, quand Iris vient leur porter la prière d’Achille pour le bûcher de Patrocle. Détail contre-intuitif pour un vent d’ouest, mais Homère raisonne en poète, pas en cartographe : les vents forment une maisonnée, et le lieu importe moins que la parenté.
Le Zéphyr d’Homère : dur, pas doux
Dans l’Iliade, le Zéphyros est un vent de tempête. Il souffle avec Borée sur le bûcher, il pousse la houle contre les nefs, il siffle — Homère lui applique l’épithète dusaês, « au souffle mauvais », et le range parmi les vents qui font peur aux marins.
Un unique passage anticipe la douceur qu’il aura plus tard, et il est situé hors du monde : dans la description des Champs Élysées que Protée fait à Ménélas au chant IV de l’Odyssée, l’Océan envoie sans cesse des brises de Zéphyr pour rafraîchir les hommes (v. 566-568). L’Élysée n’a ni neige, ni hiver, ni pluie, seulement ce souffle-là.
L’écart entre les deux emplois est le cœur du personnage. Le vent d’ouest apporte la pluie atlantique aux Grecs et les tempêtes d’équinoxe ; il apporte aussi, au retour du printemps, la fin de la mauvaise saison. Les Romains ont tranché en le rebaptisant Favonius, « le favorable », et Pline place au début de février le jour où ce vent ouvre l’année agricole. La brise a gagné, le grain a fixé la mémoire du dieu.
Père des chevaux immortels
Sa paternité la plus célèbre est équine. Au chant XVI de l’Iliade, Homère explique l’origine de Xanthos et Balios, les deux chevaux immortels attelés au char d’Achille : la Harpye Podargè, paissant dans une prairie au bord du fleuve Océan, les conçut du Zéphyr.
La généalogie est cohérente avec celle de Borée, père des poulains d’Érichthonios : dans la pensée grecque, les vents engendrent des chevaux parce qu’ils sont la vitesse même. Xanthos, plus tard, recevra brièvement la parole d’Héra pour annoncer à Achille sa mort prochaine — le cheval né du vent est aussi celui qui sait.
La mort d’Hyacinthe : deux versions
Le mythe le plus dramatique attaché à Zéphyr est aussi celui où les sources se contredisent le plus nettement, et le comparatif vaut la peine.
Chez Ovide (Métamorphoses, X, 162-219), la mort d’Hyacinthe est un accident pur : Apollon lance le disque, l’objet rebondit sur le sol et frappe le jeune homme au visage ; le dieu, impuissant à le sauver, fait naître de son sang la fleur qui porte son nom. Aucun tiers n’intervient.
Chez Lucien (Dialogues des dieux, 14) et chez Philostrate (Images, I, 24), la cause est tout autre : Zéphyr aimait Hyacinthe, l’enfant lui a préféré Apollon, et le vent jaloux a dévié le disque en plein vol pour le rabattre sur celui qui l’avait éconduit.
Les deux traditions circulent en parallèle dans l’Antiquité tardive. La version du vent jaloux a l’avantage de donner un coupable, et elle transforme un accident en crime passionnel divin ; celle d’Ovide a l’avantage inverse, celui de rendre Apollon responsable sans être coupable, ce qui est exactement le ressort de son récit. Aucune ne peut être présentée comme « la » version du mythe.
Chloris devient Flore
Ovide raconte ailleurs l’autre grand mythe de Zéphyr, et cette fois il lui donne la parole. Dans les Fastes (V, 195-220), la déesse Flore explique elle-même son origine : « J’étais Chloris, que l’on nomme aujourd’hui Flore. » Nymphe des champs bienheureux, elle fut aperçue par Zéphyr, poursuivie, enlevée — puis épousée. Le vent, dit-elle, se fit pardonner sa violence : il lui donna en dot l’empire des fleurs et un jardin en perpétuel printemps.
Le récit a produit l’une des images les plus reproduites de la peinture européenne. Dans le Printemps de Botticelli (vers 1480), la partie droite du panneau déroule la scène en trois temps : Zéphyr bleu et gonflé de souffle surgit du bosquet, saisit la nymphe Chloris dont la bouche exhale des fleurs, et Chloris devient Flore, la femme couronnée qui répand les roses. Un seul tableau contient donc le rapt, la métamorphose et le résultat.
Iris, Éros et Psyché
Deux traditions mineures achèvent le portrait. Alcée fait naître Éros de l’union de Zéphyr et d’Iris — généalogie rare, mais logique : le désir naît du vent tiède et de l’arc-en-ciel.
Et dans les Métamorphoses d’Apulée, c’est Zéphyr qui, sur ordre de l’Amour, cueille Psyché au bord de la falaise où on l’a exposée et la dépose en douceur dans la vallée du palais invisible. Le vent d’ouest y fait office de véhicule nuptial : sa fonction narrative est de transporter sans blesser, ce qui est très exactement l’inverse du Zéphyros homérique.
Postérité : de la Tour des Vents au tissu
Sur la Tour des Vents d’Athènes (Ier siècle avant notre ère), Zéphyr occupe la face ouest : un jeune homme presque nu, aux ailes déployées, portant dans un pan de son manteau une brassée de fleurs — face à un Borée barbu et botté. L’opposition sculptée dit tout le contraste des deux frères.
Le nom a survécu partout ailleurs qu’en mythologie : zéphyr désigne en français une brise légère, et depuis le XIXe siècle un tissu de coton fin et souple, choisi pour sa légèreté. Du vent d’orage homérique, il ne reste qu’une chemise d’été.
Lectures complémentaires
Pour la mère des vents, lire la fiche d’Éos ; pour le frère qui occupe la face opposée de la Tour des Vents, celle de Borée. Pour le dieu dont la jalousie de Zéphyr contrarie l’amour, voir la fiche d’Apollon. Pour le séjour bienheureux que ses brises rafraîchissent chez Homère, consulter la fiche de l’Élysée, et pour le dieu qui en fait la description à Ménélas, celle de Protée.
Sources antiques
- Hésiode, Théogonie, v. 378-380
- Homère, Iliade, XVI, 148-154 ; XXIII, 192-218 ; Odyssée, IV, 566-568
- Lucien, Dialogues des dieux, 14
- Philostrate, Images, I, 24
- Ovide, Métamorphoses, X, 162-219 ; Fastes, V, 195-220
- Apulée, Métamorphoses, IV, 35 ; V, 1
À lire aussi
Questions fréquentes
Zéphyr est-il un vent doux ou un vent violent ?
Les deux, selon l'époque. Chez Homère, le Zéphyros est un vent dur qui soulève la houle et attise les bûchers avec Borée. C'est la tradition postérieure, relayée par les Latins sous le nom de Favonius, qui en fait la brise tiède annonçant le printemps. Le renversement est si complet que le même dieu personnifie l'orage d'ouest dans l'*Iliade* et la douceur des Champs Élysées dans l'*Odyssée*.
Zéphyr a-t-il tué Hyacinthe ?
C'est une variante, pas la version unique. Ovide raconte la mort d'Hyacinthe comme un accident : le disque lancé par Apollon rebondit et frappe l'enfant. Lucien et Philostrate donnent une autre cause — Zéphyr, amoureux éconduit d'Hyacinthe et jaloux d'Apollon, dévie le disque en plein vol. Les deux traditions ont coexisté dans l'Antiquité sans que l'une élimine l'autre.
Qui est Chloris, l'épouse de Zéphyr ?
Une nymphe des prairies qu'Ovide fait parler dans les *Fastes* : enlevée par Zéphyr, elle reçoit de lui en dot l'empire des fleurs et devient Flore. « J'étais Chloris, on m'appelle Flore », dit-elle. Botticelli met la scène entière dans le *Printemps*, où l'on voit à droite Zéphyr bleu saisir Chloris, et Chloris se transformer en Flore couverte de fleurs.