Mythologie nordique · Dieux & déesses

Höðr, le dieu aveugle qui tue Baldr dans la mythologie nordique

En bref

Höðr est le dieu aveugle de la mythologie nordique, fils d'Odin et frère de Baldr. Loki guide sa main pour lancer la branche de gui qui tue le plus aimé des Ases : il est l'instrument d'un meurtre qu'il n'a pas voulu. Tué en vengeance par Váli, âgé d'une nuit, il revient pourtant régner aux côtés de Baldr dans le monde renouvelé après le Ragnarök.

  • cécité et ignorance involontaire
  • meurtre non intentionnel
  • renouveau du monde après le Ragnarök
  • la branche de gui
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Qui est Höðr ?

Höðr est le dieu aveugle de la mythologie nordique, fils d’Odin et frère de Baldr. Snorri Sturluson le présente en quelques lignes d’une brutalité rare : « Un Ase se nomme Höðr : il est aveugle. Il est bien assez fort, mais les dieux souhaiteraient n’avoir jamais à nommer ce dieu, car l’œuvre de ses mains sera longtemps rappelée parmi les dieux et les hommes. »

Tout le personnage tient dans cette phrase. Höðr n’a pas de domaine, pas de culte attesté, pas de récit à lui. Il existe dans la mythologie pour un seul geste — et ce geste, il ne l’a pas voulu.

L’instrument de la mort de Baldr

Le mécanisme du mythe est connu : Frigg a fait jurer à toutes les choses du monde de ne jamais blesser Baldr, sauf au gui, jugé trop jeune pour prêter serment. Rassurés, les Ases font de l’invulnérabilité de Baldr un jeu de banquet : on lui lance flèches, pierres et épées, et tout rebondit.

Höðr, lui, ne participe pas. Aveugle, il ne peut pas viser et se tient à l’écart de l’assemblée. C’est Loki qui vient le chercher, lui demande pourquoi il n’honore pas son frère comme les autres, lui glisse la branche de gui dans la main et guide son bras. Le trait vole, traverse Baldr, et le dieu de la lumière tombe mort.

La cruauté du dispositif est calculée. Loki ne tue pas : il fait tuer, et par le seul dieu incapable de voir ce qu’il fait. Le meurtre est commis à l’intérieur d’un lieu sacré, où le sang ne doit pas couler et où nul ne peut se venger sur-le-champ — ce qui oblige les Ases à différer la réparation. Le récit complet est développé dans la mort de Baldr.

Généalogie : un fils d’Odin sans mère nommée

Höðr est compté parmi les fils d’Odin. Sa mère, en revanche, n’est jamais nommée : les textes ne disent pas qu’il est le fils de Frigg, même s’il est constamment traité comme le frère de Baldr, dont Frigg est bien la mère.

Ce silence n’est pas un détail. Il isole Höðr : il est le frère par le père, celui qui n’est pas nommé dans le serment maternel, celui qui reste dehors pendant que l’on joue. Toute sa place dans le mythe est celle d’un marginal du cercle familial divin.

La vengeance de Váli

La réparation ne vise pas Loki mais Höðr, ce qui surprend souvent les lecteurs modernes. Elle obéit pourtant à une logique juridique cohérente : c’est la main qui a lancé le trait qui doit payer.

Odin engendre alors avec la géante Rindr un fils, Váli, conçu dans le seul but de venger Baldr. Les Baldrs draumar en donnent la formule la plus frappante : le vengeur ne se lavera pas les mains ni ne peignera ses cheveux avant d’avoir porté au bûcher l’adversaire de Baldr, et il accomplira son office à l’âge d’une nuit. La Völuspá confirme l’épisode en quelques vers.

Höðr meurt donc, et rejoint son frère dans le royaume de Hel. Les deux fils d’Odin, la victime et l’instrument, sont réunis dans la même mort — et cette réunion prépare la suite.

Le retour après le Ragnarök

La Völuspá réserve à Höðr un sort que peu de figures coupables obtiennent dans une mythologie : la réhabilitation. Après le Ragnarök, quand la terre ressurgit verdoyante de la mer, la prophétie annonce que Baldr et Höðr reviendront ensemble habiter les demeures de victoire d’Odin.

Le détail est théologiquement lourd. Le monde renouvelé ne commence pas par l’exclusion du meurtrier : il commence par la cohabitation des deux frères, ce qui suppose que la faute de Höðr ait été reconnue pour ce qu’elle était — une main dirigée par un autre. C’est l’une des rares notes de réconciliation de tout le corpus norrois.

La version de Saxo : Høtherus, prince et rival

Le Gesta Danorum de Saxo Grammaticus (v. 1200) raconte une histoire si différente qu’on peine à reconnaître le même personnage.

Chez Saxo, Høtherus est un prince mortel, élevé chez le roi Gevarus, excellent nageur, archer et musicien — et nullement aveugle. Il aime Nanna, la fille de Gevarus, et se heurte à Balderus, demi-dieu qui la convoite également. La rivalité tourne à la guerre. Høtherus obtient d’un être des bois nommé Mimingus une épée capable de blesser Balderus, et finit par le tuer au combat. Odin engendre ensuite Bous avec Rinda pour venger son fils : Bous tue Høtherus, puis meurt lui-même de ses blessures.

Ici, Høtherus est le héros du récit, Balderus l’adversaire arrogant, et le meurtre est un acte de guerre assumé, non un accident manipulé. On tient là un cas d’école de variante : deux traditions, l’islandaise et la danoise, construisent sur les mêmes noms deux morales opposées. Saxo écrit une chronique dynastique, où les dieux deviennent des rois et où la rivalité amoureuse explique tout ; Snorri écrit une mythologie, où la mort de Baldr est un basculement cosmique.

Ce que disent les sources antiques

La Völuspá (31-33) mentionne la pousse de gui, le tir de Höðr et la naissance du vengeur en quelques strophes lapidaires ; la strophe 62 annonce le retour des deux frères. Les Baldrs draumar ajoutent la prophétie de Rindr et de Váli, recueillie par Odin auprès d’une völva réveillée d’entre les morts.

C’est Snorri Sturluson qui donne la scène complète, avec la cécité, l’intervention de Loki et le geste guidé : le Gylfaginning (33, 49 et 53) reste la source de référence, mais c’est aussi la plus tardive et la plus littéraire.

Enfin, Saxo Grammaticus transmet la version danoise euhémérisée. Aucun témoignage cultuel — inscription, toponyme, nom théophore — ne vient attester un culte de Höðr : il appartient entièrement à la littérature, ce qui alimente l’hypothèse d’un personnage forgé par le récit pour que quelqu’un, autre que Loki, tienne l’arme.

Lectures complémentaires

Pour le frère qu’il tue malgré lui et dont la mort ouvre le compte à rebours du Ragnarök, lire la fiche de Baldr. Pour celui qui guide son bras, voir Loki. Pour le père qui engendre son vengeur, consulter Odin, et pour la mère dont le serment laissa passer le gui, Frigg. Pour la souveraine qui retient les deux frères jusqu’à la fin du monde, lire Hel ; le récit du meurtre est détaillé dans la mort de Baldr et celui de leur retour dans le Ragnarök.

Sources antiques

  • Snorri Sturluson, Edda en prose — Gylfaginning, 33, 49 et 53
  • Edda poétique — Völuspá, 31-33 et 62
  • Edda poétique — Baldrs draumar, 9-11
  • Saxo Grammaticus, Gesta Danorum, livre III

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Questions fréquentes

Pourquoi Höðr tue-t-il Baldr ?

Il ne le veut pas. Les dieux s'amusent à lancer des projectiles sur Baldr, que rien ne peut blesser ; Höðr, aveugle, reste à l'écart puisqu'il ne peut pas viser. Loki s'approche, lui met une branche de gui dans la main, l'assure qu'il ne s'agit que de participer à l'honneur rendu à son frère, et guide son bras. Le gui — seule chose au monde à n'avoir pas juré d'épargner Baldr — transperce le dieu. Höðr est un instrument, pas un coupable au sens ordinaire.

Höðr est-il vraiment aveugle dans toutes les sources ?

Non. La cécité n'apparaît que chez Snorri Sturluson, qui ouvre sa notice par « Un Ase se nomme Höðr : il est aveugle ». Les poèmes de l'Edda poétique, plus anciens, disent seulement que Höðr a lancé l'arme fatale, sans mentionner son infirmité. Et chez Saxo Grammaticus, Høtherus est un prince mortel voyant, excellent archer, nageur et musicien. La cécité est donc un trait de la tradition islandaise tardive, pas un invariant du mythe.

Qui venge la mort de Baldr ?

Váli, fils qu'Odin engendre avec la géante Rindr précisément pour cela. Les Baldrs draumar le disent en termes saisissants : il ne se lave pas les mains ni ne peigne ses cheveux avant d'avoir porté au bûcher l'ennemi de Baldr, et il accomplit cette vengeance à l'âge d'une nuit. Le meurtre est ainsi vengé sur celui qui a lancé le trait, non sur Loki — la responsabilité juridique norroise frappe d'abord la main qui agit.