Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Min, dieu de la fécondité et des pistes du désert oriental

En bref

Min est le dieu ithyphallique de Coptos et d'Akhmim, maître de la puissance génésique et patron des pistes qui mènent du Nil à la mer Rouge. Sa fête de la sortie de Min ouvre la moisson, et son épithète de Kamoutef, « taureau de sa mère », en fait un dieu qui s'engendre lui-même.

  • puissance génésique et fécondité
  • moissons et récolte
  • pistes du désert oriental et expéditions minières
  • royauté régénérée
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Qui est Min ?

Min est le dieu ithyphallique de la fécondité, maître des villes de Coptos (Gebtou) et d’Akhmim en Haute-Égypte. On le représente debout, le corps entièrement gainé comme une momie, un bras levé derrière la tête tenant un fléau, coiffé de deux hautes plumes, le sexe en érection.

Sa compétence ne se limite pas à la reproduction. Depuis Coptos partent les pistes qui traversent le désert oriental vers les carrières du Ouadi Hammamat et vers la mer Rouge : Min est aussi le dieu qui protège les expéditions et garantit qu’elles reviennent. Fécondité des corps, fécondité des champs, profit des caravanes — il couvre tout ce qui produit un surcroît.

Un dieu plus vieux que l’écriture

Min compte parmi les toutes premières divinités égyptiennes attestées. Les fouilles de Coptos menées à la fin du XIXe siècle ont mis au jour trois statues colossales en calcaire, très érodées, représentant le dieu dans sa pose canonique. Elles remontent à la période prédynastique ou au tout début des dynasties, et comptent parmi les plus anciennes sculptures monumentales connues d’Égypte.

Autrement dit, l’iconographie de Min est fixée avant même que la théologie égyptienne ne se constitue en système. Les grands récits — la cosmogonie d’Atoum, le mythe d’Osiris — se sont formés autour d’un dieu qui était déjà là, ce qui explique la difficulté qu’ils ont eue à lui trouver une place généalogique.

Son emblème pose le même problème. Le signe qui écrit son nom, une forme allongée munie d’une double barbelure, n’a jamais été identifié avec certitude : on y a vu un fossile, une flèche, un éclair, la porte d’un sanctuaire. Nul ne sait ce que les Égyptiens de la première heure ont dessiné là.

Le patron des pistes du désert

Coptos occupe un point stratégique : c’est de là que part la route la plus courte entre le Nil et la mer Rouge, en suivant le Ouadi Hammamat, dont les carrières fournissent la grauwacke des statues royales et par lequel transite l’or du désert oriental.

Les parois de ce ouadi sont couvertes de graffiti et de stèles d’expédition : un chef de mission, une date, un effectif, une prière. Le dieu invoqué y est régulièrement Min, « maître des pays étrangers de l’Est ». Il ne s’agit pas d’un patronage vague : envoyer plusieurs milliers d’hommes dans un désert sans eau était une opération à haut risque, et le dieu de la fécondité y est convoqué comme garant du retour.

Cette fonction fait de Min l’un des rares dieux égyptiens explicitement associés à l’économie. Il protège ce qui rapporte.

La sortie de Min

La grande fête du dieu, la sortie de Min, se tient au début de Shémou, la saison de la récolte. Les reliefs du Ramesséum et de Médinet Habou en donnent le déroulé complet, ce qui en fait l’une des cérémonies égyptiennes les mieux documentées.

La statue du dieu quitte le sanctuaire, portée sur un palanquin par des prêtres, escortée de porte-enseignes et d’un taureau blanc. Le roi marche derrière. Au point culminant du rite, le pharaon coupe lui-même une gerbe d’épeautre avec une faucille et la présente au dieu : le souverain moissonne, publiquement, comme un paysan.

Le geste est politique autant qu’agricole. Il place la fertilité du pays sous la responsabilité personnelle du roi et fait de la récolte une affaire d’État. On lâche également des oiseaux vers les quatre points cardinaux pour annoncer la vigueur retrouvée du souverain — la fête de Min est aussi une fête de la royauté régénérée.

Kamoutef, ou le dieu qui s’engendre lui-même

L’épithète la plus remarquable de Min est Kamoutef, « le taureau de sa mère ». Elle signifie exactement ce qu’elle dit : le dieu engendre sur sa propre mère l’enfant qu’il est lui-même. Il est donc son propre père, et son cycle n’a pas besoin d’un partenaire extérieur.

Cette formule résout un problème théologique réel. Comment un dieu de la fécondité pourrait-il dépendre de quelqu’un d’autre pour exister ? En le déclarant Kamoutef, la théologie lui donne une autonomie totale. L’épithète passe ensuite à Amon quand celui-ci devient roi des dieux à Thèbes : Amon-Min Kamoutef est l’une des formes majeures du dieu thébain, et c’est par Min que le grand dieu d’État hérite de la puissance génésique.

C’est aussi ce qui explique que Min résiste à la généalogie. Les traditions locales le rattachent tantôt à Isis comme épouse à Coptos, tantôt comme mère lorsqu’on l’assimile à Horus sous le nom de Min-Horus, tantôt à la déesse Répyt à Akhmim. Ces versions sont incompatibles entre elles, et c’est précisément la marque d’un dieu qui n’a jamais eu besoin d’ascendance : chaque ville lui en a fabriqué une.

Ce que disent les sources antiques

Min apparaît dès les Textes des Pyramides et traverse toute la littérature religieuse, mais sans jamais recevoir de récit propre : comme beaucoup de dieux très anciens, il est partout invoqué et nulle part raconté.

Les Grecs l’identifient à Pan, sur la base de son caractère génésique et de son lien avec les zones sauvages, et rebaptisent Akhmim Panopolis, « la ville de Pan » — nom qui reste en usage pendant toute l’époque gréco-romaine. Strabon, au livre XVII de sa Géographie, décrit la ville et ses ateliers de tisserands et de tailleurs de pierre.

Hérodote, lui, s’arrête sur Chemmis — l’autre nom d’Akhmim — pour une raison inattendue : il rapporte (II, 91) que ses habitants honorent Persée par des jeux à la grecque, ce qu’il présente comme une exception dans une Égypte hostile aux usages helléniques. Le témoignage vaut moins pour ce qu’il dit du dieu que pour ce qu’il révèle : la ville de Min était perçue, dès le Ve siècle avant notre ère, comme un point de contact entre les deux mondes.

Lectures complémentaires

Pour le dieu thébain qui hérite de son épithète et de sa puissance, lire la fiche d’Amon. Pour la déesse que les traditions de Coptos lui associent, voir Isis, et pour le dieu auquel il est parfois assimilé, Horus. Pour un autre grand dieu de la fécondité du sol et des eaux, consulter Hâpy, et pour le modeleur des corps vivants, Khnoum.

Sources antiques

  • Textes des Pyramides
  • Textes des Sarcophages
  • Graffiti et stèles d'expédition du Ouadi Hammamat
  • Reliefs de la fête de Min, Ramesséum et Médinet Habou
  • Hérodote, Enquête, II, 91 (Chemmis)
  • Strabon, Géographie, XVII, 1 (Panopolis)
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Questions fréquentes

De quoi Min est-il le dieu ?

Min est le dieu de la puissance génésique, de la fécondité des champs et des troupeaux, et le patron des pistes qui relient la vallée du Nil à la mer Rouge depuis Coptos. Ces deux domaines n'en font qu'un dans la logique égyptienne : Min garantit ce qui produit et ce qui rapporte, la récolte comme la caravane qui revient chargée.

Pourquoi Min est-il représenté avec un bras levé ?

Le geste est fixé dès les plus anciennes représentations : un bras est levé derrière la tête, la main serrant un fléau. On y a vu tour à tour une menace, une bénédiction et un geste de brandissement rituel. Aucune lecture n'est certaine, mais la stabilité de la pose sur près de trois mille ans montre qu'elle faisait partie de l'identité du dieu au même titre que sa coiffe à double plume.

Pourquoi offrait-on de la laitue à Min ?

Parce que la laitue cultivée en Égypte, haute et dressée, laisse échapper un latex blanc quand on la coupe. L'analogie avec la semence était évidente pour les Égyptiens, qui en firent la plante propre au dieu de la fécondité. Les reliefs montrent des jardins de laitues devant ses sanctuaires : l'offrande n'était pas symbolique en paroles seulement, elle était cultivée sur place.