Mythologie grecque · Créatures

Le Griffon dans la mythologie grecque : gardien de l'or et monture d'Apollon

En bref

Le griffon (gryps) est une créature hybride à corps de lion, ailes et tête d'aigle. Dans l'imaginaire grec, il garde l'or du Grand Nord contre les Arimaspes, peuple de cavaliers à un seul œil, selon Aristéas et Hérodote. Il est aussi associé à Apollon, à Némésis et à Athéna.

Le griffon (en grec gryps) est une créature hybride à corps de lion, ailes et tête d’aigle au bec crochu. Dans la mythologie grecque, il n’a pas de mythe héroïque propre : aucun héros ne le tue. Sa fonction est de garder l’or aux confins du monde, dans le Grand Nord, contre les Arimaspes, peuple de cavaliers à un seul œil qui cherchent à le lui ravir. Il est aussi l’animal d’Apollon, qu’il emporte vers le pays des Hyperboréens, et de Némésis, déesse de la juste rétribution. C’est l’un des hybrides les plus répandus de l’art grec, de l’âge du bronze à l’époque romaine.

Un hybride venu d’Orient

Le griffon n’est pas une invention grecque. On le trouve dès le IVe millénaire av. J.-C. dans l’art de Mésopotamie, d’Élam et d’Égypte. Le monde égéen l’adopte à l’âge du bronze : les fresques de la salle du trône de Knossos, en Crète, montrent des griffons couchés de part et d’autre du siège, et la Grèce mycénienne en orne bijoux, ivoires et sceaux.

Au VIIe siècle av. J.-C., la période orientalisante multiplie les protomés de griffons en bronze fixés sur le bord des grands chaudrons offerts dans les sanctuaires, à Olympie et dans l’Héraion de Samos. Hérodote (IV, 152) décrit justement le cratère de bronze consacré par les Samiens à Héra, dont le bord était orné de têtes de griffons. Pour les Grecs, le griffon est donc d’abord une image : il précède les récits qui lui donneront une place dans le monde.

Le gardien de l’or des Arimaspes

Aristéas de Proconnèse et Hérodote

Le récit grec du griffon remonte à un poème perdu, les Arimaspées d’Aristéas de Proconnèse (VIIe siècle av. J.-C.?). Hérodote (IV, 13) le résume : Aristéas, « possédé par Apollon », aurait voyagé jusque chez les Issédons, au nord de la Scythie. Au-delà vivent les Arimaspes, hommes à un seul œil, puis les griffons gardiens de l’or, et enfin les Hyperboréens, au bord de la mer.

Hérodote revient deux fois sur ce motif. Il rapporte qu’au nord de l’Europe se trouve, dit-on, la plus grande quantité d’or, que les Arimaspes enlèvent aux griffons (III, 116). Il précise aussi que le nom d’Arimaspes est scythe et signifie « borgnes » (IV, 27). Mais il se montre prudent : il ne croit pas qu’il existe des hommes à un seul œil, et il présente le tout comme un récit transmis.

Eschyle : les chiens de Zeus

Dans le Prométhée enchaîné (v. 803-806), Prométhée annonce à Io, condamnée à errer, les dangers qui l’attendent au bout du monde. Il lui recommande de se garder des « chiens de Zeus au bec acéré, qui n’aboient pas, les griffons », et de « l’armée des Arimaspes à l’œil unique, cavaliers ». La formule fait du griffon un serviteur de l’ordre divin, chien de garde muet du roi des dieux.

Ctésias et l’or de l’Inde

Au début du IVe siècle av. J.-C., le médecin Ctésias de Cnide, au service du roi de Perse, déplace les griffons en Inde. Selon le résumé de Photius, ce sont des oiseaux à quatre pattes, de la taille d’un loup, aux pattes et aux griffes de lion, aux plumes rouges sur la poitrine et noires ailleurs ; ils rendent l’accès aux montagnes aurifères difficile. Élien (La Personnalité des animaux, IV, 27) développe le portrait : les griffons ne cherchent pas l’or pour lui-même, ils défendent leurs petits, et les chercheurs d’or viennent la nuit, en armes, par groupes de mille ou deux mille.

L’animal des dieux

Apollon et les Hyperboréens

Le lien entre le griffon et Apollon passe par les Hyperboréens, peuple bienheureux du Grand Nord chez qui le dieu passe l’hiver. Puisque les griffons vivent sur la route de ce pays, l’art grec montre Apollon chevauchant un griffon ou sur un char tiré par des griffons, à son départ ou à son retour vers Délos et Delphes. La cité de Téos, puis sa colonie d’Abdère, frappent le griffon sur leurs monnaies.

Athéna, Némésis et Dionysos

Selon Pausanias (I, 24, 6), le casque de l’Athéna Parthénos de Phidias, sur l’Acropole, portait un sphinx au centre et un griffon de chaque côté. Pausanias en profite pour citer Aristéas : les griffons combattent les Arimaspes pour l’or, et ils ressemblent à des lions ailés au bec d’aigle. Athéna associe ainsi à sa sagesse guerrière deux gardiens hybrides, le griffon et le Sphinx.

À l’époque hellénistique et romaine, le griffon devient l’animal de Némésis : la déesse est souvent figurée avec un griffon à ses pieds, posant la patte sur une roue, image de la fortune qui tourne et du châtiment qui frappe l’orgueil. On le retrouve aussi dans le cortège de Dionysos, aux côtés des panthères.

Ce que changent les auteurs

SourceLieuRôle du griffonEnnemis
Aristéas, via Hérodote (IV, 13)Grand Nord, avant les Hyperboréensgarde l’orArimaspes borgnes
Eschyle, Prométhée, 803-806confins du monde« chien de Zeus » muet—
Ctésias, via Photiusmontagnes de l’Indeoiseau quadrupède gardien de l’orchercheurs d’or indiens
Élien, IV, 27Indedéfend ses petits plus que l’orexpéditions nocturnes
Pline, X, 136—jugé fabuleux—

Les auteurs ne se contredisent pas tant qu’ils déplacent le griffon : du Nord scythe à l’Inde, il suit toujours les mines d’or les plus lointaines connues des Grecs. Pline l’Ancien (Histoire naturelle, X, 136) est le plus sceptique : il range les griffons, avec leurs oreilles et leur bec crochu, parmi les animaux fabuleux, tout en répétant (VII, 10) l’histoire des Arimaspes.

Origines et lectures modernes

L’or du griffon n’est pas sans fondement : l’Altaï et les steppes d’Asie centrale étaient bien des régions aurifères, et l’art des peuples scythes et des tombes de Pazyryk regorge de griffons. L’historienne Adrienne Mayor a proposé que des fossiles de Protoceratops, dinosaure à bec du désert de Gobi, aient inspiré la légende aux prospecteurs d’or. L’hypothèse est séduisante mais contestée : le griffon existe dans l’art proche-oriental bien avant les récits d’Aristéas, et le Protoceratops ne présente ni ailes ni serres.

L’image du griffon traverse ensuite les siècles. Virgile (Bucoliques, VIII, 27) cite l’union des griffons et des juments comme exemple d’impossible ; l’Arioste en tire l’hippogriffe du Roland furieux (1516). Le Moyen Âge en fait un symbole du Christ, à la fois lion terrestre et aigle céleste, chez Dante notamment, puis l’héraldique l’adopte comme emblème de vigilance.

Ce que disent les sources antiques

  • Aristéas de Proconnèse, dont l’œuvre est perdue, est la source première du couple griffons-Arimaspes.
  • Hérodote (III, 116 ; IV, 13 ; IV, 27) transmet ce récit en le jugeant douteux, et décrit le chaudron à têtes de griffons de Samos (IV, 152).
  • Eschyle (Prométhée enchaîné, v. 803-806) appelle les griffons « chiens de Zeus ».
  • Ctésias et Élien placent les griffons en Inde et détaillent leur aspect.
  • Pausanias (I, 24, 6) décrit les griffons du casque d’Athéna Parthénos.
  • Pline l’Ancien (X, 136) les tient pour fabuleux.

Lectures complémentaires

Pour le dieu que le griffon emporte vers les Hyperboréens, lire la fiche d’Apollon, et pour la déesse qui en fait son attribut, celle de Némésis. Le casque de la Parthénos rapproche le griffon d’Athéna et du Sphinx. Pour d’autres hybrides ailés ou composites de la mythologie grecque, voir Pégase, la Chimère et les Harpies. Un autre gardien des trésors aux confins du monde est Ladon, dragon des pommes d’or. Le panorama d’ensemble se trouve sur la page de la mythologie grecque.

Sources antiques

  • Aristéas de Proconnèse, Arimaspées (fragments, via Hérodote et Pausanias)
  • Hérodote, Histoires, III, 116 ; IV, 13 ; IV, 27 ; IV, 152
  • Eschyle, Prométhée enchaîné, v. 803-806
  • Ctésias de Cnide, Indika (via Photius, Bibliothèque, 72)
  • Pausanias, Description de la Grèce, I, 24, 6
  • Élien, La Personnalité des animaux, IV, 27
  • Pline l'Ancien, Histoire naturelle, VII, 10 ; X, 136
  • Virgile, Bucoliques, VIII, 27
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Questions fréquentes

Quelle différence entre le griffon et l'hippogriffe ?

Le griffon est un lion ailé à tête d'aigle. L'hippogriffe, mi-cheval mi-griffon, est une invention de l'Arioste dans le Roland furieux (1516), inspirée d'un vers de Virgile qui donnait l'union du griffon et de la jument comme exemple d'impossible. Il n'existe pas d'hippogriffe dans la mythologie grecque.

Le griffon est-il un animal d'Apollon ?

Oui, dans l'art plus que dans les textes. Apollon est représenté chevauchant un griffon ou sur un char tiré par des griffons, en route vers le pays des Hyperboréens, au nord, là où la tradition plaçait aussi les griffons gardiens de l'or. Némésis et Dionysos sont aussi associés à l'animal.

Les griffons viennent-ils de fossiles de dinosaures ?

C'est une hypothèse moderne proposée par l'historienne Adrienne Mayor : des fossiles de Protoceratops du désert de Gobi, sur les routes de l'or d'Asie centrale, auraient nourri la légende. Plusieurs paléontologues la contestent, car le griffon existe dans l'art du Proche-Orient bien avant les récits grecs.