Mythologie grecque · Héros & mortels
Atalante, la chasseresse de Calydon et la course aux pommes d'or
En bref
Atalante est une héroïne chasseresse de la mythologie grecque, vouée à Artémis et plus rapide que tout homme. Elle blesse la première le sanglier de Calydon et n'accepte d'épouser que celui qui la battra à la course : Hippomène, ou Mélanion, y parvient grâce aux pommes d'or d'Aphrodite.
- chasse
- course
- refus du mariage
- arc et flèches
- +2
Atalante est la grande héroïne chasseresse de la mythologie grecque : une enfant exposée à la naissance, élevée dans les bois, vouée à Artémis et plus rapide que tout homme. Elle s’illustre là où le mythe grec ne laisse d’ordinaire aucune place aux femmes, à la chasse, à la lutte, peut-être même sur le navire Argo, et refuse le mariage jusqu’à ce qu’un prétendant la batte à la course par la ruse. Son histoire est aussi un cas d’école des variantes antiques : les Grecs connaissaient au moins deux Atalante, que la tradition a fini par confondre.
Deux Atalante
Le pseudo-Apollodore relève lui-même le dédoublement (III, 9, 2). Il raconte la vie d’une Atalante arcadienne, fille d’Iasos, puis signale qu’Hésiode et d’autres la disent fille de Schœnée, qu’Euripide lui donne pour père Ménale, et que son mari s’appelle tantôt Mélanion, tantôt Hippomène.
- L’Atalante arcadienne est la chasseresse : enfant exposée, amie d’Artémis, héroïne de la chasse de Calydon.
- L’Atalante béotienne, celle du Catalogue des femmes d’Hésiode, est la coureuse imbattable qui met ses prétendants au défi.
Ovide raconte les deux épisodes dans deux livres différents des Métamorphoses, appelant l’une « la Tégéenne » et l’autre « la fille de Schœnée ». La tradition moderne en a fait une seule héroïne, et c’est ainsi qu’on la connaît aujourd’hui.
L’enfant de l’ourse
Selon le pseudo-Apollodore, Iasos voulait un fils. À la naissance d’une fille, il la fait exposer. Une ourse vient l’allaiter, puis des chasseurs la recueillent et l’élèvent. Le détail n’est pas indifférent : l’ourse est l’animal d’Artémis, et à Brauron, en Attique, les fillettes « faisaient l’ourse » au service de la déesse avant l’âge du mariage.
Atalante grandit vierge, armée, dans les montagnes. Deux centaures, Rhoïcos et Hylaios, tentent de la violer ; elle les abat de ses flèches (Apollodore, III, 9, 2 ; Callimaque, Hymne à Artémis, 221). Callimaque en fait l’une des compagnes favorites d’Artémis.
La chasse de Calydon
Oenée, roi de Calydon, offre à tous les dieux les prémices de sa récolte mais oublie Artémis. La déesse envoie un sanglier monstrueux ravager le pays. Méléagre, fils d’Oenée, rassemble les meilleurs héros de Grèce, parmi lesquels Thésée, Jason, Pélée et les Dioscures. Atalante se présente aussi. Plusieurs chasseurs refusent de chasser avec une femme ; Méléagre, qui la désire, les y contraint (Apollodore, I, 8, 2).
C’est Atalante qui touche la première le sanglier, d’une flèche dans le dos. Amphiaraos le frappe ensuite à l’œil, et Méléagre l’achève. Il offre la peau à Atalante ; ses oncles, frères de sa mère Althée, la lui arrachent, jugeant indigne qu’une femme reçoive le prix. Méléagre les tue. Althée, pour venger ses frères, jette au feu le tison auquel la vie de son fils était liée depuis sa naissance, et Méléagre meurt.
Homère connaît la chasse et la mort de Méléagre, que Phénix raconte à Achille au chant IX de l’Iliade, mais il n’y nomme pas Atalante (IX, 529-599). Sa présence est attestée à partir du VIe siècle, notamment sur le vase François, vers 570 av. J.-C., où elle chasse aux côtés de Mélanion. À Tégée, en Arcadie, le fronton du temple d’Athéna Aléa représentait la scène, et l’on y montrait la peau du sanglier (Pausanias, VIII, 45, 6-7 ; VIII, 47, 2). Méléagre est d’ailleurs l’oncle de Diomède, le héros de Troie.
Lutte avec Pélée, place sur l’Argo
Aux jeux funèbres de Pélias, Atalante affronte Pélée, le futur père d’Achille, à la lutte, et le bat (Apollodore, III, 9, 2). La scène est fréquente sur les vases du VIe siècle, qui montrent une Atalante musclée, en pagne, face au héros.
Sa présence parmi les Argonautes était déjà disputée dans l’Antiquité. Le pseudo-Apollodore la compte dans l’équipage (I, 9, 16). Apollonios de Rhodes, au contraire, l’en exclut expressément. Jason part armé d’une lance qu’Atalante lui a donnée sur le mont Ménale ; elle voulait l’accompagner, mais il l’en a empêchée, craignant « de terribles querelles d’amour » à bord (Argonautiques, I, 769-773). Le récit de la quête de la Toison d’or donne la liste de l’équipage.
La course et les pommes d’or
Retrouvée par son père, Atalante est pressée de se marier. Elle pose une condition : tout prétendant devra la battre à la course, et le vaincu mourra. Chez le pseudo-Apollodore, elle court armée derrière le prétendant et le tue si elle le rattrape. Beaucoup meurent.
Hippomène, que le pseudo-Apollodore appelle Mélanion, demande l’aide d’Aphrodite. La déesse lui donne trois pommes d’or, qui proviennent chez Ovide d’un arbre du champ de Tamassos, à Chypre (Métamorphoses, X, 644-651). Pendant la course, il les jette une à une hors de la piste ; Atalante s’arrête pour les ramasser, et il gagne. Ovide ajoute un trait psychologique : avant même le départ, Atalante a pitié du jeune homme et hésite à le vaincre (X, 609-637).
La métamorphose en lions
L’histoire finit mal. Chez Ovide, Hippomène oublie de remercier Vénus, qui se venge en l’enflammant de désir alors que le couple passe près d’un sanctuaire de Cybèle. Les amants s’y unissent, et la déesse outragée les change en lions qu’elle attelle à son char (X, 686-707). Chez le pseudo-Apollodore, le sanctuaire profané est celui de Zeus. Hygin ajoute une précision cruelle : les lions passaient pour ne pas s’unir entre eux, si bien que la métamorphose condamne le couple à une chasteté éternelle (Fables, 185).
Mère d’un des Sept
Atalante a un fils, Parthénopée, dont le nom rappelle la virginité de sa mère (parthenos, « jeune fille »). Son père est Mélanion, ou Arès, ou Méléagre selon les versions. Parthénopée est l’un des Sept qui marchent contre Thèbes pour Polynice. Eschyle le décrit comme un tout jeune guerrier au visage d’enfant, portant sur son bouclier le Sphinx dévorant un Thébain (Les Sept contre Thèbes, 526-549).
Postérité
L’art moderne a surtout retenu la course. Guido Reni en a tiré l’un de ses tableaux les plus célèbres, Atalante et Hippomène (vers 1618-1619), où les deux corps se croisent au moment où l’héroïne se penche vers une pomme. Haendel lui consacre un opéra, Atalanta (1736), et le poète anglais Swinburne un drame lyrique, Atalanta in Calydon (1865).
Lectures complémentaires
Pour la déesse de la chasse qu’elle sert et qui déclenche la chasse de Calydon, lire la fiche d’Artémis, et pour celle qui arme son vainqueur des pommes d’or, celle d’Aphrodite. Pour le héros qu’elle bat à la lutte, voir Pélée, et pour le chef de l’Argo qui refuse de l’embarquer chez Apollonios, Jason et la quête de la Toison d’or. Pour la guerre de Thèbes où meurt son fils, voir Polynice, et pour le neveu de Méléagre qui s’illustre à Troie, Diomède.
Sources antiques
- Hésiode, Catalogue des femmes (fr. 72-76 Merkelbach-West)
- Théognis, Élégies, v. 1287-1294
- Callimaque, Hymne à Artémis, v. 215-224
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, I, 769-773
- Apollodore, Bibliothèque, I, 8, 2-3 ; I, 9, 16 ; III, 9, 2
- Ovide, Métamorphoses, VIII, 260-444 ; X, 560-707
- Hygin, Fables, 70, 99 et 185
- Pausanias, Description de la Grèce, VIII, 45, 6-7 ; VIII, 47, 2
- Eschyle, Les Sept contre Thèbes, v. 526-549
À lire aussi
Récits où l’on retrouve cette entité
Questions fréquentes
Atalante faisait-elle partie des Argonautes ?
Les sources antiques se contredisent. Le pseudo-Apollodore la compte parmi l'équipage de l'Argo. Apollonios de Rhodes, l'auteur des Argonautiques, l'en exclut expressément : Jason porte une lance qu'Atalante lui a offerte, car elle voulait partir avec lui, mais il l'en a empêchée, craignant les querelles amoureuses qu'une femme susciterait à bord. Les deux traditions ont coexisté.
Comment Hippomène a-t-il battu Atalante à la course ?
Par la ruse, avec l'aide d'Aphrodite. La déesse lui donne trois pommes d'or, qui viennent chez Ovide d'un arbre du champ de Tamassos, à Chypre. Pendant la course, il les lance une à une hors de la piste ; Atalante s'arrête pour les ramasser, et il franchit l'arrivée le premier. Chez Ovide, elle se laisse presque distancer : elle est déjà tombée amoureuse du jeune homme.
Pourquoi Atalante a-t-elle été changée en lionne ?
Pour avoir profané un sanctuaire. Le couple s'unit dans un lieu sacré, celui de Zeus chez le pseudo-Apollodore, celui de Cybèle chez Ovide, où Vénus pousse Hippomène par vengeance parce qu'il a oublié de la remercier. Les deux amants sont changés en lions. Hygin précise que les lions passaient pour ne pas s'unir entre eux : la métamorphose les condamne à ne plus jamais se toucher.