Mythologie grecque · Héros & mortels
Diomède, le héros grec qui blessa Arès et Aphrodite
En bref
Diomède, fils de Tydée et roi d'Argos, est l'un des meilleurs guerriers grecs de la guerre de Troie. Protégé par Athéna, il est le seul mortel de l'Iliade à blesser deux dieux, Aphrodite puis Arès. Il vole ensuite le Palladion avec Ulysse et finit sa vie en Italie.
- vaillance au combat
- conseil de guerre
- expéditions nocturnes
- chevaux de la race de Trôs, pris à Énée
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Diomède, fils de Tydée, est l’un des plus grands guerriers grecs de la guerre de Troie, et le plus jeune des chefs de premier plan : Nestor lui dit qu’il pourrait être son dernier-né (Iliade, IX, 57-58). Il règne sur Argos et Tirynthe et commande quatre-vingts navires (II, 559-568). Pendant qu’Achille boude sous sa tente, c’est lui qui porte l’armée grecque. Le chant V de l’Iliade lui est tout entier consacré, et il y accomplit un exploit sans équivalent : blesser deux divinités de l’Olympe, Aphrodite puis Arès. Protégé d’Athéna, il incarne un héroïsme sans démesure, qui sait jusqu’où il peut aller.
Le fils de Tydée
Diomède est le fils de Tydée, prince de Calydon exilé à Argos, et de Déipylé, fille du roi Adraste. Tydée est l’un des Sept qui marchent contre Thèbes pour rendre à Polynice le trône que lui refuse son frère Étéocle. Il y trouve une mort atroce. Blessé à mort par le Thébain Mélanippe, il se fait apporter la tête de son ennemi et en dévore la cervelle ; Athéna, qui venait lui apporter un remède d’immortalité, se détourne avec horreur (Apollodore, III, 6, 8).
Cette histoire pèse sur le fils. Dans l’Iliade, Agamemnon puis Athéna elle-même comparent sans cesse Diomède à son père, qui était petit mais redoutable (IV, 370-400 ; V, 800-813). Diomède se tait devant son roi ; c’est son écuyer Sthénélos qui répond : « nous nous vantons d’être bien meilleurs que nos pères », car les fils ont pris Thèbes, là où les pères avaient échoué (IV, 404-410). Diomède compte en effet parmi les Épigones, les fils des Sept qui s’emparent de la ville une génération plus tard.
Par son grand-père Oenée, roi de Calydon, il est aussi le neveu de Méléagre, héros de la chasse au sanglier où s’illustra Atalante. Et c’est chez Oenée que Bellérophon avait jadis été reçu en hôte, un lien qui comptera devant Troie.
Le chant V : l’homme qui blesse les dieux
Au début du chant V, Athéna fait jaillir de son casque et de son bouclier une flamme pareille à l’astre de l’arrière-saison, et lui ôte la brume des yeux pour qu’il distingue les dieux des hommes. Sa consigne est précise : n’affronter aucun immortel, sauf Aphrodite si elle vient au combat (V, 124-132).
Blessé à l’épaule par une flèche de Pandaros, Diomède redouble de fureur. Il tue Pandaros, puis écrase d’une pierre la hanche d’Énée. Aphrodite, mère d’Énée, accourt pour emporter son fils : Diomède la poursuit et lui entaille le poignet de sa lance. Le sang divin, l’ichor, coule pour la première fois dans le poème, et la déesse lâche Énée en hurlant (V, 334-342). Diomède lui lance de retourner séduire les femmes sans force et de laisser la guerre aux guerriers. Sur l’Olympe, sa mère Dioné la console et prédit au passage que celui qui combat les dieux ne vit pas longtemps (V, 406-409).
Diomède s’en prend ensuite à Apollon, qui protège Énée. Trois fois il bondit, trois fois le dieu le repousse, et à la quatrième Apollon l’avertit : « Prends garde, fils de Tydée, recule ! Ne prétends pas t’égaler aux dieux » (V, 432-442). Diomède recule. C’est ce qui le sépare de Patrocle, qui tentera trois fois l’assaut des murailles contre Apollon au chant XVI et y trouvera la mort.
La fin du chant renverse l’interdit. Voyant Arès semer le carnage chez les Grecs, Athéna prend la place de l’écuyer sur le char de Diomède, dont l’essieu de chêne gémit sous le poids de la déesse, et le lance contre le dieu de la guerre. Diomède frappe Arès au bas-ventre ; le dieu hurle comme neuf ou dix mille guerriers et s’enfuit vers l’Olympe (V, 855-863), où Hébé le baigne et le soigne. Pour situer cet Arès vaincu parmi les autres divinités guerrières, voir la comparaison des dieux de la guerre.
Glaucos et l’hospitalité héréditaire
Au chant VI, Diomède rencontre le Lycien Glaucos entre les deux armées et lui demande qui il est, pour ne pas risquer de combattre un dieu. Glaucos répond par la célèbre comparaison des générations humaines avec les feuilles que le vent fait tomber et que le printemps renouvelle, puis déroule sa généalogie jusqu’à Bellérophon.
Diomède plante alors sa lance en terre. Son grand-père Oenée avait reçu Bellérophon vingt jours dans son palais et échangé des présents avec lui : les deux guerriers sont donc hôtes héréditaires et ne s’affronteront pas. Ils échangent leurs armes en gage, et Homère ajoute un trait d’ironie : Zeus ôte la raison à Glaucos, qui donne une armure d’or valant cent bœufs contre une armure de bronze qui en vaut neuf (VI, 212-236).
La nuit, avec Ulysse
Diomède forme avec Ulysse un duo récurrent, la force et la ruse. Au chant X, la Dolonie, les deux hommes s’introduisent la nuit dans le camp troyen. Ils capturent l’espion Dolon, lui arrachent des renseignements et le tuent, puis massacrent dans leur sommeil le roi thrace Rhésos et douze de ses hommes, et emmènent ses chevaux blancs. Le lendemain, Pâris le blesse au pied d’une flèche et le met hors de combat (XI, 369-400) ; il reparaît aux jeux funèbres de Patrocle, où il remporte la course de chars (XXIII, 362-513).
Hors d’Homère, le duo se reforme pour remplir les conditions de la chute de Troie. Selon la Petite Iliade, Diomède va chercher à Lemnos Philoctète, détenteur de l’arc d’Héraclès, puis s’introduit dans Troie avec Ulysse pour voler le Palladion, la statue d’Athéna qui protège la ville. Une tradition rapportée par des mythographes tardifs ajoute qu’au retour, Ulysse voulut tuer Diomède pour garder seul la gloire du vol. Diomède vit l’éclat de l’épée sous la lune, désarma son compagnon et le ramena au camp les mains liées, en le poussant du plat de son arme, d’où l’expression proverbiale « nécessité de Diomède ».
Un retour rapide, une fin italienne
Diomède est l’un des rares chefs à rentrer vite : Nestor raconte qu’il aborda à Argos le quatrième jour (Odyssée, III, 180-182). Mais les poètes postérieurs lui font payer la blessure d’Aphrodite. La déesse, ou selon d’autres le vengeur Nauplios, pousse son épouse Égialée à l’infidélité, et Diomède quitte Argos pour l’Italie.
Il s’installe en Daunie, dans l’actuelle région des Pouilles, où il fonde Argyrippa, l’Arpi historique. Dans l’Énéide, les Latins viennent lui demander de combattre Énée ; Diomède refuse, car il a affronté Énée à Troie et sait ce qu’il vaut, et raconte comment ses compagnons ont été changés en oiseaux (XI, 243-295). Ovide développe la métamorphose (XIV, 457-511), et les Anciens reconnaissaient ces « oiseaux de Diomède » dans les oiseaux marins des îles Diomédées, l’actuel archipel des Tremiti. Linné s’en est souvenu en donnant aux albatros le nom de genre Diomedea.
Sa fin même varie. Pindare affirme qu’Athéna fit de lui un dieu (Néméennes, X, 7) : la déesse accorde au fils l’immortalité qu’elle avait refusée au père. Strabon atteste des cultes rendus à Diomède sur les rives de l’Adriatique (V, 1, 9 ; VI, 3, 9).
Deux Diomède
Le nom est porté par un autre personnage, sans lien avec le héros de Troie : Diomède roi de Thrace, fils d’Arès, dont les juments se nourrissaient de chair humaine. Héraclès le livre à ses propres bêtes lors du huitième de ses travaux (Apollodore, II, 5, 8).
Lectures complémentaires
Pour la déesse qui le guide et le rend presque invincible, lire la fiche d’Athéna. Pour les deux divinités qu’il blesse au chant V, voir Aphrodite et Arès. Pour la rencontre qui transforme un duel en pacte d’hospitalité, lire la fiche de Glaucos, et pour son compagnon d’expéditions nocturnes, celle d’Ulysse. Pour la guerre de son père à Thèbes, voir Polynice, et pour le cadre général du conflit, le récit de la guerre de Troie. Les autres grands guerriers achéens ont leur fiche, d’Ajax à Ménélas.
Sources antiques
- Homère, Iliade, II, 559-568 ; IV, 365-418 ; V ; VI, 119-236 ; IX, 29-49 ; X ; XI, 369-400 ; XXIII, 362-513
- Homère, Odyssée, III, 180-182
- Proclus, Chrestomathie (résumé de la Petite Iliade)
- Pindare, Néméennes, X, 7
- Apollodore, Bibliothèque, I, 8, 5-6 ; III, 6, 8 ; III, 7, 2 ; Épitomé, V, 8-13 ; VI, 9
- Virgile, Énéide, XI, 225-295
- Ovide, Métamorphoses, XIV, 457-511
- Strabon, Géographie, V, 1, 9 et VI, 3, 9
À lire aussi
Récits où l’on retrouve cette entité
Questions fréquentes
Comment Diomède a-t-il pu blesser des dieux ?
Grâce à Athéna, et dans les limites qu'elle fixe. Au début du chant V de l'Iliade, la déesse lui ôte la brume des yeux pour qu'il distingue les dieux des hommes et lui interdit d'en affronter aucun, sauf Aphrodite. Il blesse donc Aphrodite au poignet, mais recule quand Apollon le menace. À la fin du chant, Athéna lève elle-même l'interdit, monte sur son char et guide sa lance contre Arès, qu'il frappe au bas-ventre.
Qui est l'autre Diomède, roi de Thrace ?
Un personnage sans aucun lien avec le héros de Troie. Diomède de Thrace, fils d'Arès et roi des Bistones, nourrissait ses juments de chair humaine. Leur capture est le huitième des travaux d'Héraclès, qui livre le roi à ses propres bêtes. Le fils de Tydée n'a en commun avec lui que le nom.
Que devient Diomède après la guerre de Troie ?
Il rentre à Argos parmi les premiers, mais n'y reste pas. Selon les poètes postérieurs à Homère, Aphrodite, qu'il avait blessée, pousse son épouse Égialée à l'infidélité, et Diomède s'exile en Italie. Il fonde Argyrippa en Daunie, refuse de combattre Énée aux côtés des Latins dans l'Énéide et voit ses compagnons changés en oiseaux. Pindare affirme qu'Athéna fit de lui un dieu.