Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Nefertoum, dieu du lotus primordial et des parfums d'Égypte

En bref

Nefertoum est le dieu du lotus bleu qui s'ouvre au premier matin du monde. Troisième membre de la triade memphite, fils de Ptah et de la lionne Sekhmet, il est « le lotus au nez de Râ » : la fleur par laquelle le soleil respire, et donc la première odeur qu'ait connue la création.

  • lotus primordial et renaissance solaire
  • parfums, onguents et substances odorantes
  • protection du roi et des Deux Terres
  • enfance divine
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Qui est Nefertoum ?

Nefertoum est le dieu du lotus bleu qui s’ouvre à la surface des eaux primordiales au premier matin du monde. Fils de Ptah et de la lionne Sekhmet, il complète la triade memphite, la famille divine de la première capitale de l’Égypte.

Sa définition tient dans une formule que les Textes des Pyramides appliquent au roi défunt : il est « le lotus au nez de Râ ». Autrement dit, la fleur par laquelle le dieu solaire respire — et, puisque cette fleur est parfumée, la première odeur qu’ait connue la création. Peu de divinités égyptiennes sont ainsi assignées à un instant unique et à une sensation précise.

Le nénuphar bleu, pas le lotus

La plante que la tradition appelle « lotus » n’en est pas un : il s’agit du nénuphar bleu du Nil, Nymphaea caerulea, que les Égyptiens nommaient seshen. Son rythme quotidien explique l’association solaire : la fleur s’ouvre à la lumière du jour puis se referme, avant de recommencer le cycle.

Pour une théologie qui cherche à dire comment la lumière est apparue au-dessus du Noun, l’océan inerte d’avant le monde, c’est une image irremplaçable. Dans la version héliopolitaine du mythe de la création égyptienne, le premier soleil sort de la butte émergée ; dans la variante que porte Nefertoum, il sort d’une corolle qui s’ouvre, et l’enfant divin qu’elle contient est le soleil lui-même à son premier jour.

Le Bennou, héron du premier matin, occupe le même moment cosmique avec un autre corps. L’Égypte n’a jamais tranché entre ces images concurrentes : elle les a superposées, chaque grand sanctuaire proposant sa manière de raconter le premier lever.

L’enfant de Memphis

Memphis a bâti sa théologie autour d’un couple et d’un fils. Ptah conçoit le monde par le cœur et par la langue ; Sekhmet est la puissance qui frappe et qui guérit ; Nefertoum est l’enfant, le renouvellement, la fleur qui s’ouvre.

L’assemblage est plus intelligent qu’il n’y paraît. Il ne s’agit pas d’une famille pieuse : les trois figures forment un cycle complet — concevoir, détruire, recommencer. Une triade égyptienne n’est pas un attendrissement domestique, c’est une manière de dire que trois puissances distinctes appartiennent au même système.

Une tradition parallèle, ancrée à Bubastis dans le Delta, fait de Nefertoum le fils de Bastet plutôt que de Sekhmet. La substitution ne surprend pas : la chatte et la lionne sont les deux visages d’une même énergie féminine solaire, et changer de mère revient ici à changer de ville, pas de théologie. Le même mécanisme donne à Sekhmet un second fils, Mahes, dieu-lion guerrier, dont Nefertoum reste proche au point de recevoir parfois lui aussi une tête de lion.

Une coiffe qui est un programme

L’iconographie de Nefertoum est d’une stabilité remarquable : un homme jeune, souvent nu ou vêtu d’un simple pagne, coiffé d’une fleur de nénuphar épanouie. Sur la fleur se dressent fréquemment deux hautes plumes, et de part et d’autre pendent des contrepoids menat, ces objets de collier associés à Hathor et à la musique rituelle.

Les bronzes de Basse Époque le montrent debout, en marche, la coiffe entière posée sur sa tête comme une enseigne. Les amulettes, très nombreuses, le placent sur la poitrine des défunts : porter Nefertoum, c’est emporter avec soi la garantie du prochain matin.

Quand il apparaît à tête de lion, ce n’est pas une autre divinité mais l’autre versant de la même : le fils de Sekhmet hérite du potentiel de violence de sa mère. La fleur qui s’ouvre et la gueule qui s’ouvre finissent par se ressembler.

Le dieu de l’odeur

Rien n’est plus difficile à faire entrer dans un panthéon qu’une sensation. L’Égypte y parvient avec Nefertoum.

Le nénuphar bleu est odorant, et son parfum entre tôt dans la composition des huiles et onguents utilisés pour l’onction des statues, des rois et des morts. Comme le dieu est cette fleur, et qu’il est placé « au nez de Râ », il devient naturellement la divinité de tout ce qui se respire : les résines, les baumes, les sept huiles sacrées des rituels funéraires.

Cette compétence lui donne une place inattendue dans la vie quotidienne. Les préparateurs d’onguents, les prêtres chargés de l’encensement, les ateliers de parfums de Memphis relèvent de lui. Là où Thot patronne l’écriture et Ptah le travail de la matière, Nefertoum patronne une industrie du sensible.

Ce que disent les sources antiques

Nefertoum n’a pas de mythe narratif : aucun récit ne le fait agir. Ce qu’on sait de lui vient de formules rituelles et d’objets.

Les Textes des Pyramides, dans la formule 249, identifient le roi défunt au lotus qui se dresse au nez de Râ — c’est la plus ancienne définition du dieu, et elle est déjà complète. Les Textes des Sarcophages reprennent l’image en l’étendant à tout défunt privilégié.

Le Livre des Morts en tire une conséquence pratique. Son chapitre 81 est une formule « pour se transformer en lotus » : le mort demande à devenir cette fleur qui s’ouvre chaque matin, c’est-à-dire à disposer du même privilège de recommencement que le soleil. Nefertoum n’est plus seulement une figure du panthéon, il est un modèle de survie offert au défunt, exactement comme dans le jugement des morts l’enjeu est de continuer d’exister.

Les auteurs grecs, en revanche, l’ignorent presque entièrement. Là où Ptah devient Héphaïstos et Sekhmet trouve des équivalents guerriers, l’enfant au lotus n’a pas d’homologue évident dans l’Olympe : il n’y a pas de dieu grec du premier matin.

L’héritage d’une fleur

L’image a survécu à la religion qui l’a produite. La plus célèbre de ses reprises est une tête sculptée découverte dans le trésor de Toutânkhamon : le roi enfant émergeant d’une corolle de nénuphar bleu, le cou allongé, comme si la fleur venait de s’ouvrir. Les commentateurs y voient couramment le pharaon assimilé à Nefertoum ; les inscriptions du mobilier funéraire, elles, parlent plutôt de l’enfant solaire. La superposition est significative : à ce stade de la théologie, la différence entre le soleil qui naît et le dieu du lotus n’est plus tenue pour essentielle.

C’est aussi ce qui explique la longévité du motif. Le nénuphar ouvert court sur les chapiteaux, les colliers, les coupes à boire et les peintures de banquet de toute l’histoire égyptienne. Chaque fois qu’une fleur bleue apparaît sur un objet, la promesse est la même : cela se referme, et cela recommencera.

Lectures complémentaires

Pour le créateur memphite dont il est le fils, lire la fiche de Ptah, et pour la lionne dont il hérite la part dangereuse, celle de Sekhmet. La variante de Bubastis se comprend mieux en lisant Bastet. Pour la version héliopolitaine du même premier matin, voir Atoum et , ainsi que le récit du mythe de la création égyptienne. Pour l’autre créature du premier lever, consulter la fiche du Bennou.

Sources antiques

  • Textes des Pyramides, formule 249
  • Textes des Sarcophages
  • Livre des Morts, chapitre 81 (transformation en lotus)
  • Reliefs et statuaire du temple de Ptah à Memphis
  • Bronzes et amulettes de Basse Époque

À lire aussi

Questions fréquentes

De quoi Nefertoum est-il le dieu ?

Nefertoum est le dieu du lotus bleu qui s'ouvre sur les eaux primordiales au premier matin du monde, et par extension le dieu du renouvellement solaire et des substances odorantes. Il forme avec Ptah et Sekhmet la triade de Memphis. Son domaine n'est pas la végétation en général : c'est un instant précis de la cosmogonie, celui où la fleur s'ouvre et où le soleil apparaît.

Pourquoi Nefertoum porte-t-il un lotus sur la tête ?

Parce qu'il est cette fleur avant d'en être le dieu. Le nénuphar bleu, que les Égyptiens appelaient *seshen*, s'ouvre au lever du jour et se referme au crépuscule : il fournit à la théologie héliopolitaine l'image exacte du soleil qui naît chaque matin des eaux. La coiffe de Nefertoum, une corolle surmontée de deux hautes plumes et flanquée de contrepoids *menat*, n'est donc pas un ornement mais une identité.

Quel rapport entre Nefertoum et les parfums ?

Le nénuphar bleu est une plante odorante, entrée très tôt dans la composition des onguents et des huiles rituelles. Comme Nefertoum est le lotus placé au nez du dieu solaire, il devient la divinité vers laquelle se tournent les métiers du parfum et les rituels d'onction. C'est un des rares cas où une fonction sensorielle — l'odeur — définit à elle seule un dieu du panthéon égyptien.