Mythologie égyptienne · Dieux & déesses

Nekhbet, la déesse vautour de Haute-Égypte et des Deux Dames

En bref

Nekhbet est la déesse vautour de Nekheb, l'actuelle El-Kab, et la patronne de la Haute-Égypte. Elle plane au-dessus du roi, les serres refermées sur l'anneau *chen*, et forme avec la cobra Ouadjet les Deux Dames dont le nom constitue l'un des cinq titres de la titulature royale.

  • souveraineté sur la Haute-Égypte
  • protection du roi et de la couronne blanche
  • maternité royale et allaitement divin
  • protection de l'accouchement
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Qui est Nekhbet ?

Nekhbet est la déesse vautour de la ville de Nekheb, l’actuelle El-Kab, et la patronne attitrée de la Haute-Égypte. On la voit planer au-dessus du pharaon, ailes déployées, l’anneau chen serré dans les serres. Avec la cobra Ouadjet, maîtresse du Delta, elle forme les Deux Dames dont le nom conjoint constitue l’un des cinq titres officiels du roi.

Son nom ne dit rien d’autre que « celle de Nekheb ». C’est une divinité de territoire, et c’est précisément ce qui la rend indispensable : dans un pays fondé sur l’union de deux moitiés, il faut deux déesses pour que l’unité soit dicible.

Le vautour est le signe de la mère

Le choix de l’oiseau surprend les lecteurs modernes, qui associent le vautour à la charogne. Les Égyptiens y voyaient tout autre chose. Le hiéroglyphe du vautour percnoptère sert à écrire le mot courant mwt, « mère » — celui-là même qui donne son nom à la déesse thébaine Mout.

Un vautour qui plane au-dessus du roi ne menace donc pas : il couve. Les plafonds des couloirs de temple sont couverts de ces silhouettes aux ailes ouvertes, alignées au-dessus du parcours processionnel, de sorte que le souverain avance en permanence sous une protection maternelle. Dans les serres, l’anneau chen — une corde nouée en boucle — signifie ce qui est encerclé, donc gardé.

La coiffe-vautour que portent les grandes épouses royales relève de la même logique : la reine s’habille de l’oiseau pour signifier qu’elle occupe la place de la mère divine. Sur le masque funéraire de Toutânkhamon, la tête de vautour et la tête de cobra sont posées côte à côte sur le front du roi.

Les Deux Dames, ou l’unité en deux personnes

Le titre nebty, « celui des Deux Dames », figure dans la titulature royale dès les premières dynasties et s’y maintient jusqu’à l’époque romaine. Il ne nomme pas des symboles abstraits mais deux déesses précises et localisées : Nekhbet de Nekheb au sud, Ouadjet de Bouto au nord.

La formule mérite qu’on s’y arrête. Un roi d’Égypte pourrait se dire simplement « roi du pays » ; il choisit au contraire de rappeler, dans son nom officiel, que le pays est double et qu’il ne tient que parce que deux puissances distinctes acceptent de le garantir. Nekhbet porte la couronne blanche, Ouadjet la couronne rouge ; réunies, elles composent le pschent, la double couronne que seul le pharaon porte — et que Mout est la seule déesse à arborer régulièrement.

Le même raisonnement gouverne d’autres couples officiels. Les listes tardives associent les deux déesses à Hâpy, le dieu de la crue, comme parèdres régionales, une pour chaque moitié du pays : la fécondité du fleuve, elle aussi, est présentée en deux exemplaires réconciliés.

Nekheb et Nekhen, une capitale d’avant l’Égypte

Le sanctuaire de Nekhbet se trouve à El-Kab, sur la rive droite du Nil, à une centaine de kilomètres au sud de Louxor. Le site est l’un des plus anciens du pays : il fait face, sur l’autre rive, à Nekhen — Hiérakonpolis pour les Grecs —, la ville d’où sont partis, selon toute vraisemblance, les rois qui ont unifié l’Égypte à la fin du IVe millénaire.

Nekhbet n’est donc pas une divinité provinciale promue par hasard. Elle est la déesse du berceau de la royauté, ce qui explique sa présence dans la titulature dès l’origine et sa stabilité pendant trois millénaires.

El-Kab conserve encore une enceinte de brique crue colossale, un carré de plusieurs centaines de mètres de côté qui enferme le temple. Les falaises voisines abritent les tombes des notables du début du Nouvel Empire, dont celle d’Ahmès fils d’Abana, officier de marine dont le récit autobiographique gravé sur les parois reste l’une des principales sources sur la guerre contre les Hyksôs. La ville de la déesse-vautour est aussi une archive.

Ce que disent les sources antiques

Nekhbet apparaît dès les Textes des Pyramides, où elle protège le roi défunt et le nourrit ; les Textes des Sarcophages poursuivent cette fonction de nourrice divine. Les épithètes conservées sont massives — « père des pères, mère des mères » — mais aucune ne raconte quoi que ce soit : comme beaucoup de divinités tutélaires, Nekhbet est riche en formules et pauvre en récits.

L’essentiel de sa documentation est donc épigraphique et iconographique : les noms de Nebty portés par chaque roi, les vautours des plafonds de temples, les reliefs d’El-Kab remaniés jusqu’à l’époque ptolémaïque.

Les auteurs grecs et romains, eux, la connaissent surtout sous le nom de sa traduction. Strabon, décrivant la vallée du Nil au livre XVII de sa Géographie, mentionne la cité d’Eileithyiaspolis — la ville d’Ilithyie —, c’est-à-dire Nekheb. L’assimilation à la déesse grecque des accouchements retient de Nekhbet sa fonction obstétricale et laisse de côté la souveraine : c’est un bon exemple de ce que les interpretationes grecques éclairent et de ce qu’elles effacent.

Une déesse sans mythe, mais présente partout

Il n’existe aucun récit de la naissance de Nekhbet, aucun épisode où elle combat, voyage ou souffre. Elle ne participe ni au mythe d’Osiris ni aux grandes narrations solaires. Sa notoriété moderne s’en ressent : on la connaît beaucoup moins qu’Isis ou Hathor.

Elle mesure pourtant quelque chose que les mythes ne disent pas : la manière dont une religion d’État fabrique de la légitimité. Pendant trois mille ans, aucun roi n’a pu énoncer son nom complet sans nommer, dans la foulée, une déesse vautour de Haute-Égypte et une déesse cobra du Delta. La théologie n’a pas eu besoin d’une histoire pour cela ; il lui a suffi d’un titre, répété sur chaque monument.

Lectures complémentaires

Pour l’autre moitié des Deux Dames, lire la fiche d’Ouadjet. Pour le dieu de la crue auquel les listes tardives l’associent, voir Hâpy. Pour la déesse dont elle partage l’oiseau et la fonction maternelle, consulter Mout. Pour la protection du roi sous d’autres formes, lire Horus et Isis, et pour le fondement de l’ordre royal qu’elle garantit, la fiche de Maât.

Sources antiques

  • Textes des Pyramides
  • Textes des Sarcophages
  • Titulature royale, nom de Nebty (« celui des Deux Dames »)
  • Inscriptions du temple de Nekhbet à El-Kab
  • Strabon, Géographie, XVII

À lire aussi

Questions fréquentes

Pourquoi Nekhbet est-elle représentée en vautour ?

Parce que le vautour percnoptère est, pour les Égyptiens, l'animal de la maternité : le hiéroglyphe qui note le mot *mout*, « mère », est précisément cet oiseau. Le choix n'a donc rien de morbide. Un vautour qui plane au-dessus du roi, les ailes largement ouvertes, dit littéralement qu'une mère le couvre, et l'iconographie ajoute presque toujours dans ses serres l'anneau *chen*, signe de ce qui est encerclé et protégé.

Quelle différence entre Nekhbet et Ouadjet ?

La géographie, avant tout. Nekhbet est le vautour de Nekheb, en Haute-Égypte, associée à la couronne blanche du Sud ; Ouadjet est le cobra de Bouto, dans le Delta, associée à la couronne rouge du Nord. Leurs fonctions se recoupent — protéger le roi, incarner une moitié du pays — mais elles ne sont jamais interchangeables : leur intérêt tient précisément à ce qu'elles sont deux.

Pourquoi les Grecs ont-ils identifié Nekhbet à Ilithyie ?

Parce qu'ils ont retenu d'elle la fonction obstétricale plutôt que la fonction royale. Nekhbet veille sur la naissance et sur l'allaitement du roi ; les Grecs, en installant leur administration en Haute-Égypte, y ont reconnu Ilithyie, la déesse qui préside aux accouchements, et ont rebaptisé Nekheb *Eileithyiaspolis*. La traduction est révélatrice : elle conserve la mère et laisse tomber la souveraine.