Mythologie grecque · Héros & mortels
Hippolyte, fils de Thésée et chasseur voué à Artémis
En bref
Hippolyte est le fils de Thésée et d'une Amazone, élevé à Trézène et entièrement voué à Artémis et à la chasse. Accusé à tort par sa belle-mère Phèdre, il est maudit par son père : un taureau envoyé par Poséidon affole ses chevaux et il meurt traîné par son char. Dans une tradition ultérieure, Asclépios le ressuscite et il devient Virbius en Italie.
- chasse et chasteté
- dévotion à Artémis
- rites prénuptiaux de Trézène
- le char et les chevaux
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Hippolyte est le fils de Thésée et d’une Amazone, un jeune chasseur voué à Artémis qui refuse l’amour et le culte d’Aphrodite. Sa belle-mère Phèdre s’éprend de lui ; dans la tragédie conservée d’Euripide, sa nourrice lui révèle ce secret et Phèdre laisse ensuite une fausse accusation. Thésée maudit son fils, Poséidon envoie un taureau marin, et Hippolyte meurt traîné par ses propres chevaux. Une tradition ultérieure le fait toutefois ressusciter par Asclépios et vivre en Italie sous le nom de Virbius.
Le fils d’une Amazone
La mère d’Hippolyte change selon les sources. Thésée, compagnon d’Héraclès dans l’expédition contre les Amazones, ou parti seul selon d’autres, enlève une de leurs reines : Antiope pour la plupart des auteurs, Mélanippé pour certains, Hippolyté pour Simonide (Apollodore, Épitomé, I, 16). Cette dernière variante explique que l’on confonde souvent le fils et l’Amazone homonyme — dont Héraclès doit rapporter la ceinture lors de son neuvième travail.
L’enfant est élevé à Trézène, dans le Péloponnèse, chez Pitthée, le grand-père maternel de Thésée et fils de Pélops. Selon Pausanias, Thésée l’y envoie après son mariage avec Phèdre, pour qu’il règne un jour sur Trézène plutôt que de disputer Athènes aux fils à naître de la reine (I, 22, 2).
Le chasseur qui refuse Aphrodite
Chez Euripide, Hippolyte entre en scène en offrant à Artémis une couronne tressée des fleurs d’une prairie « que le fer n’a jamais touchée » ; il est le seul mortel à converser avec la déesse, dont il entend la voix sans la voir (Hippolyte, v. 73-87). Il salue l’image d’Aphrodite de loin, avec une politesse méprisante. C’est ce refus que la déesse punit : elle l’explique dès le prologue, avant même que le héros paraisse (v. 1-57).
Ce refus n’est pas un simple trait de caractère. Hippolyte incarne un moment de la vie grecque — l’adolescence consacrée à la chasse et à Artémis — qu’il prétend prolonger indéfiniment. Sa tragédie est celle d’un jeune homme qui refuse de passer au mariage, et que le mariage d’un autre, celui de son père, finit par détruire.
L’accusation de Phèdre et la malédiction
Phèdre, fille de Minos, brûle pour lui. Dans l’Hippolyte conservé, la nourrice lui révèle ce secret après lui avoir arraché un serment de silence ; Hippolyte répond par une longue diatribe contre les femmes (v. 616-668), mais tient parole. Phèdre, persuadée d’être perdue, se pend en laissant des tablettes qui l’accusent. Thésée, sans l’écouter, l’exile et invoque l’un des trois vœux que Poséidon lui a promis.
La mort d’Hippolyte est racontée par un messager dans l’un des récits les plus célèbres du théâtre grec (v. 1173-1254). Sur la route du littoral, une vague immense se dresse et dépose sur la grève un taureau monstrueux ; les chevaux affolés s’emballent, le char heurte les rochers et le jeune homme, pris dans les rênes, est traîné et fracassé. Ramené mourant, il voit apparaître Artémis, qui révèle la vérité à Thésée ; le fils pardonne au père avant de mourir.
La résurrection par Asclépios
Plusieurs traditions refusent cette fin. Hippolyte figure dans la liste de ceux qu’Asclépios ramena d’entre les morts — faute qui décida Zeus à foudroyer le médecin (Apollodore, III, 10, 3). À Épidaure, Pausanias a vu une stèle ancienne rappelant qu’Hippolyte avait consacré vingt chevaux au dieu en remerciement de sa guérison (II, 27, 4).
La poésie latine donne à cette résurrection un prolongement italien. Chez Virgile, Hippolyte rendu à la vie par les herbes de Péon est caché par Diane dans le bois sacré d’Aricie, près du lac de Nemi, où il vit désormais sous le nom de Virbius ; c’est pourquoi aucun cheval n’a le droit d’entrer dans ce bois (Énéide, VII, 761-782). Chez Ovide, Hippolyte raconte lui-même sa mort et sa renaissance à la nymphe Égérie (Métamorphoses, XV, 492-546).
Le culte de Trézène
Hippolyte n’est pas qu’un personnage de tragédie : c’était un héros honoré. Pausanias décrit à Trézène un vaste sanctuaire, fondé selon la tradition locale par Diomède, avec un temple, une statue ancienne et un prêtre attaché à vie à son service. Chaque jeune fille, avant son mariage, venait y couper une mèche de cheveux et la lui consacrer (II, 32, 1). Euripide connaissait ce rite : à la fin de la pièce, Artémis promet à Hippolyte que les vierges de Trézène lui offriront leur chevelure et chanteront à jamais l’amour de Phèdre (v. 1423-1430).
Les Trézéniens, ajoute Pausanias, refusaient de montrer sa tombe et ne voulaient pas qu’il soit mort traîné par ses chevaux : ils l’identifiaient à la constellation du Cocher (II, 32, 1). À Athènes, on montrait au contraire un monument d’Hippolyte au pied de l’Acropole (I, 22, 1).
Héritage
La figure d’Hippolyte a traversé Sénèque, Racine et Rameau. Racine, dans Phèdre (1677), lui prête un amour pour Aricie, qu’il tire expressément de la tradition virgilienne ; Rameau en fait le sujet de son premier opéra, Hippolyte et Aricie (1733). Au XIXᵉ siècle, James George Frazer ouvre Le Rameau d’or sur le bois de Nemi et son étrange prêtre-roi, et part du culte de Virbius pour bâtir sa théorie des rois sacrés.
Lectures complémentaires
Pour la tragédie vue du côté de la reine, lire Phèdre, puis sa famille crétoise avec Minos et Ariane. Pour le père et le dieu qui exauce sa malédiction, voir Thésée et Poséidon. Pour les deux déesses qui se disputent le héros, voir Artémis et Aphrodite ; pour sa seconde vie, Asclépios.
Sources antiques
- Euripide, Hippolyte (428 av. J.-C.)
- Apollodore, Bibliothèque, III, 10, 3 ; Épitomé, I, 16-19
- Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 62
- Virgile, Énéide, VII, 761-782
- Ovide, Métamorphoses, XV, 492-546 ; Fastes, VI, 733-762
- Sénèque, Phèdre
- Pausanias, Description de la Grèce, I, 22, 1-2 ; II, 27, 4 ; II, 32, 1-4
- Plutarque, Vie de Thésée, 28
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Questions fréquentes
Hippolyte fils de Thésée et la reine des Amazones Hippolyté sont-ils la même personne ?
Non. Hippolyte (Hippolytos) est un jeune homme, fils de Thésée. Hippolyté est une reine des Amazones, dont Héraclès doit rapporter la ceinture lors de son neuvième travail. Les deux figures se croisent pourtant : certaines sources, dont Simonide cité par Apollodore, donnent le nom d'Hippolyté à l'Amazone qui fut la mère d'Hippolyte ; la plupart l'appellent Antiope.
Comment meurt Hippolyte ?
Sur la route côtière qui quitte Trézène. Thésée, convaincu par l'accusation de Phèdre, a demandé à Poséidon la mort de son fils. Un taureau jaillit de la mer, les chevaux d'Hippolyte s'emballent, le char se brise et le jeune homme, emmêlé dans les rênes, est traîné sur les rochers. Chez Euripide, il est ramené mourant au palais, où Artémis révèle son innocence.
Pourquoi Hippolyte est-il appelé Virbius ?
Selon Virgile et Ovide, Asclépios le ramena à la vie grâce à ses herbes, et Diane (Artémis) le cacha en Italie, dans le bois sacré d'Aricie près du lac de Nemi. Il y vécut sous un nouveau nom, Virbius, que les Anciens expliquaient comme « deux fois homme ». Les chevaux étaient exclus de ce bois en souvenir de sa mort.