Mythologie grecque · Héros & mortels

Minos, roi de Crète, maître du Labyrinthe et juge des Enfers

En bref

Minos est le roi légendaire de Crète, fils de Zeus et d'Europe et époux de Pasiphaé. En gardant pour lui le taureau que Poséidon lui avait envoyé, il provoque la naissance du Minotaure, qu'il enferme dans le Labyrinthe de Dédale et nourrit du tribut d'Athènes. Après sa mort en Sicile, il devient l'un des juges des Enfers.

  • royauté de Crète
  • législation reçue de Zeus
  • maîtrise des mers (thalassocratie)
  • jugement des morts
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Minos est le roi légendaire de Crète, fils de Zeus et d’Europe, époux de Pasiphaé et père d’Ariane et de Phèdre. La mythologie grecque lui donne deux visages presque incompatibles : pour Homère, Hésiode et Platon, il est le roi juste par excellence, confident de Zeus, puis juge des morts ; pour les Athéniens, il est le tyran qui exigeait chaque cycle sept jeunes gens et sept jeunes filles pour nourrir le Minotaure. Toute sa légende tient dans cet écart.

Le fils d’Europe et le roi reconnu par les dieux

Zeus, changé en taureau, enlève Europe sur une plage de Phénicie et la porte jusqu’en Crète. Elle y met au monde trois fils — Minos, Rhadamanthe et, selon Hésiode, Sarpédon — puis épouse Astérios, roi de l’île, qui les élève comme les siens (Apollodore, III, 1, 1-2). À la mort d’Astérios, les frères se disputent le trône.

Pour trancher, Minos affirme que les dieux lui ont destiné la royauté, et qu’il en donnera la preuve : tout ce qu’il demandera lui sera accordé. Il prie Poséidon de faire sortir un taureau de la mer, en promettant de le lui sacrifier. Le taureau paraît, splendide ; Minos obtient le pouvoir… et garde l’animal pour ses troupeaux, en immolant une autre bête à sa place (Apollodore, III, 1, 3). Cette substitution est la faute fondatrice de tout le cycle crétois.

Le taureau, Pasiphaé et le Labyrinthe

Poséidon se venge de manière oblique : il inspire à Pasiphaé une passion pour le taureau. L’artisan athénien Dédale, exilé à Cnossos, fabrique une génisse de bois creuse dans laquelle la reine se cache ; de cette union naît Astérios, le Minotaure, homme à tête de taureau. Minos, sur l’avis d’oracles, fait construire par le même Dédale le Labyrinthe pour l’y enfermer.

Le taureau lui-même, devenu furieux, ravage la Crète jusqu’à ce qu’Héraclès vienne le capturer lors de son septième travail : c’est le taureau de Crète, qui finira à Marathon. Minos apparaît ainsi au centre d’un réseau de récits dont il n’est jamais le héros, mais toujours la cause.

Pasiphaé, fille d’Hélios et magicienne comme sa sœur Circé, ne se contente pas de subir : lassée des infidélités de son mari, elle lui jette un sort qui fait sortir de son corps des serpents et des scorpions, et tue les femmes qu’il approche (Apollodore, III, 15, 1). Le mariage royal de Cnossos est un couple de puissances rivales plus qu’une union heureuse.

La guerre contre Athènes et le tribut

Androgée, fils de Minos, meurt en Attique — tué par le taureau de Marathon selon Apollodore, assassiné par jalousie après ses victoires aux jeux selon d’autres. Minos lance une expédition contre Athènes et assiège Mégare, dont le roi Nisos tient sa vie d’un cheveu pourpre. Sa fille Scylla, éprise de Minos, coupe le cheveu et livre la ville ; le roi, horrifié, l’attache à la poupe de son navire ou la repousse, et elle est changée en oiseau (Ovide, Métamorphoses, VIII, 1-151 ; Apollodore, III, 15, 8).

Athènes, frappée par la famine et la peste, doit accepter les conditions du vainqueur : envoyer en Crète, tous les neuf ans selon la tradition la plus répandue, sept garçons et sept filles livrés au Minotaure. C’est à ce tribut que met fin Thésée, avec l’aide d’Ariane — voir le récit de Thésée et le Minotaure.

Bacchylide ajoute un épisode peu connu mais très parlant (Dithyrambe XVII). Pendant la traversée, Minos effleure la joue d’Ériboia, l’une des jeunes Athéniennes ; Thésée s’interpose en se réclamant de Poséidon. Minos obtient de Zeus un éclair en signe de sa propre filiation, puis jette son anneau d’or à la mer et somme Thésée de le rapporter. Le héros plonge, des dauphins le portent jusqu’au palais de son père, où Amphitrite le revêt d’un manteau pourpre et d’une couronne, et il remonte sec — le poème fait de l’humiliation de Minos la preuve de la filiation divine de son adversaire.

La mort en Sicile

Quand Dédale s’échappe de Crète avec son fils Icare, Minos le poursuit de pays en pays. Il emporte une coquille de triton en spirale et promet une récompense à qui saura y faire passer un fil : seul un inventeur de génie pourra répondre. À Camicos, en Sicile, le roi Cocalos rapporte la coquille enfilée — Dédale a percé la pointe et attaché le fil à une fourmi. Minos exige qu’on le lui livre ; Cocalos promet, mais ses filles ébouillantent le roi crétois dans son bain (Apollodore, Épitomé, I, 13-15 ; Diodore, IV, 79).

Hérodote donne à cette fin une suite historique : les Crétois auraient assiégé Camicos pendant cinq ans pour venger leur roi, avant d’échouer et de s’établir en Italie du Sud (VII, 169-171). Diodore rapporte même qu’on montrait en Sicile un tombeau de Minos, caché sous un sanctuaire d’Aphrodite.

Juge des morts et roi législateur

À l’autre extrémité de la tradition, Homère montre Ulysse apercevant aux Enfers « Minos, fils glorieux de Zeus, un sceptre d’or à la main, rendant la justice aux morts » (Odyssée, XI, 568-571). Au chant XIX, il le présente comme roi de Cnossos, « confident du grand Zeus », et le qualifie d’ennéôros (XIX, 178-179) — un mot obscur que les Anciens comprenaient « tous les neuf ans » et lisaient comme une visite périodique à la grotte du dieu pour y recevoir des lois.

Platon systématise cette lecture. Les Lois s’ouvrent sur le chemin qui mène de Cnossos à l’antre de Zeus, celui-là même que Minos empruntait pour aller consulter son père (I, 624a-625a). Dans le Gorgias, Minos devient avec Rhadamanthe et Éaque l’un des trois juges des morts, avec le privilège de trancher en dernier ressort (523e-524a). Ce rôle, Hadès ne le lui dispute pas : il s’agit moins de régner aux Enfers que d’y garantir la justice.

Deux Minos, ou deux mémoires

Les Anciens avaient déjà remarqué la contradiction. Plutarque note que Minos a toujours été maltraité sur la scène athénienne, alors qu’Hésiode l’appelait « le plus royal des rois mortels » : c’est, dit-il, le prix d’avoir eu pour ennemie une cité de poètes (Vie de Thésée, 16). Diodore de Sicile propose une solution généalogique : il y aurait eu deux Minos, le premier, fils de Zeus, législateur juste, et un second, son petit-fils, maître des mers et ennemi d’Athènes (IV, 60).

Thucydide, de son côté, ne retient du mythe qu’une donnée politique : Minos fut le premier à posséder une flotte, à dominer la mer grecque et à la purger des pirates (I, 4). Hérodote parle de la même « thalassocratie » de Minos (III, 122). Cette image d’une Crète puissante sur mer, reçue des historiens grecs, a fortement orienté la lecture moderne des fouilles de Cnossos au début du XXᵉ siècle.

Pourquoi Minos compte dans le cluster

Minos est le pivot du cycle crétois : son parjure explique le Minotaure, son palais abrite le Labyrinthe, ses filles relient la Crète à Athènes (Ariane par le fil, Phèdre par son mariage avec Thésée), et sa poursuite de Dédale conduit à la chute d’Icare. Il est aussi l’une des rares figures qu’un même corpus présente tour à tour comme modèle de justice et comme incarnation de la tyrannie.

Lectures complémentaires

Pour la reine et sa descendance, lire Pasiphaé, Ariane et Phèdre ; pour sa mère et l’origine phénicienne de la dynastie, Europe. Le monstre et sa prison sont traités dans le Minotaure et le Labyrinthe ; l’architecte et son fils dans Dédale et Icare. Pour l’adversaire athénien, voir Thésée.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, XIV, 321-322 ; Odyssée, XI, 568-571 et XIX, 172-179
  • Hésiode, fr. 140-141 et 144 Merkelbach-West (Catalogue des femmes)
  • Bacchylide, Dithyrambe XVII (Les Jeunes Gens ou Thésée)
  • Hérodote, Histoires, I, 171-173 ; III, 122 ; VII, 169-171
  • Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, I, 4
  • Platon, Lois, I, 624a-625a ; Gorgias, 523e-524a ; Minos (dialogue pseudo-platonicien)
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 60 et 79
  • Apollodore, Bibliothèque, III, 1, 1-4 ; III, 15, 1 et 7-8 ; Épitomé, I, 7-15
  • Ovide, Métamorphoses, VIII, 1-182
  • Plutarque, Vie de Thésée, 15-19

À lire aussi

Questions fréquentes

Minos est-il le père du Minotaure ?

Non. Le Minotaure est né de l'union de Pasiphaé, l'épouse de Minos, avec le taureau blanc que Poséidon avait fait sortir de la mer. Minos en porte pourtant la responsabilité : il avait promis de sacrifier ce taureau et l'a gardé, et c'est pour le punir que Poséidon a inspiré à Pasiphaé sa passion monstrueuse. Le Minotaure s'appelait Astérion, du nom du père adoptif de Minos.

Pourquoi Minos devient-il juge des Enfers ?

Parce que la tradition en fait le législateur par excellence. Homère le montre déjà aux Enfers, sceptre d'or en main, rendant la justice aux morts. Platon, dans le Gorgias, l'associe à Rhadamanthe et à Éaque et lui donne la voix décisive quand les deux autres hésitent. Ce rôle prolonge sa réputation de roi qui recevait ses lois de Zeus lui-même, tous les neuf ans, dans une grotte crétoise.

Comment meurt le roi Minos ?

En Sicile, en poursuivant Dédale. Il retrouve l'inventeur chez le roi Cocalos grâce à une énigme : faire passer un fil dans une coquille en spirale, ce que seul Dédale savait résoudre en attachant le fil à une fourmi. Cocalos promet de le livrer, mais ses filles ébouillantent Minos dans son bain. Hérodote rapporte que les Crétois lancèrent ensuite une expédition pour le venger.