Mythologie grecque · Créatures

Géants de la mythologie grecque : fils de Gaïa et ennemis des dieux dans la Gigantomachie

En bref

Chez Hésiode, les Géants (Gigantes) naissent du sang d'Ouranos mutilé par Cronos, recueilli par Gaïa. Ils affrontent les Olympiens dans la Gigantomachie, située à Phlégra chez Pindare. Selon Apollodore, les dieux ne peuvent les tuer sans l'aide d'un mortel : Héraclès combat à leurs côtés et frappe les Géants de ses flèches.

Les Géants (Gigantes) sont, dans la mythologie grecque, une race de guerriers nés de Gaïa, la Terre, à partir du sang d’Ouranos mutilé par Cronos. Leur grand mythe est la Gigantomachie, la guerre qu’ils livrent aux dieux de l’Olympe après la victoire de Zeus sur les Titans. Un oracle déclarant que les dieux ne pourraient les vaincre sans l’aide d’un mortel, Zeus fait appel à Héraclès. Les Géants ne sont ni les Titans, ni les Hécatonchires, ni les Cyclopes : ils forment le dernier défi lancé par la Terre à l’ordre olympien, avec Typhon.

Nés du sang d’Ouranos

La naissance des Géants appartient au récit de la cosmogonie grecque. Dans la Théogonie (v. 183-187), Hésiode raconte que, lorsque Cronos tranche les parties génitales de son père avec la faucille donnée par Gaïa, les gouttes de sang tombent sur la Terre. Celle-ci enfante alors, au fil des années, les Érinyes, les nymphes Méliennes des frênes, et « les grands Géants aux armes étincelantes, qui tiennent dans leurs mains de longues lances ».

Ce passage fixe trois points. Les Géants sont des fils de Gaïa, avec Ouranos pour géniteur indirect ; ils naissent armés, comme des guerriers ; et ils sont frères des Érinyes, puissances de vengeance nées du même crime. Hésiode n’en dit presque rien de plus : il ne raconte pas de Gigantomachie et se contente de les nommer, au v. 50, parmi les sujets que chantent les Muses, aux côtés de la race des hommes.

Apollodore (Bibliothèque, I, 6, 1) propose une version plus tardive et plus logique dans son récit : Gaïa, irritée du sort des Titans, enfante les Géants d’Ouranos pour venger ses fils. Cette motivation fait de la Gigantomachie une suite directe de la Titanomachie.

Les Géants chez Homère : un peuple disparu

Chez Homère, les Géants ne combattent pas les dieux. Ils forment un peuple ancien et orgueilleux. Dans l’Odyssée (VII, 56-60), le roi phéacien Alcinoos descend d’une fille d’Eurymédon, « qui régnait jadis sur les Géants arrogants » et qui mena son peuple insensé à sa perte. Plus loin (VII, 205-206), les Phéaciens se disent proches des dieux, comme les Cyclopes et les tribus sauvages des Géants. Les Lestrygons, enfin, ressemblent « non à des hommes, mais à des Géants » (X, 120).

Cette image homérique, celle d’une race humaine démesurée et détruite pour sa démesure, coexiste longtemps avec la version guerrière et cosmique.

La Gigantomachie

Le champ de bataille : Phlégra

Pindare situe la bataille à Phlégra, la « terre brûlée », dans la Néméenne I (v. 67-72). La Bibliothèque transmise sous le nom d’Apollodore (I, 6, 1) rapporte deux traditions sur le lieu de naissance des Géants : Phlégra selon certains, Pallène selon d’autres. Hérodote (VII, 123) précise que la péninsule de Pallène, en Chalcidique, s’appelait autrefois Phlégra. Diodore de Sicile (IV, 21) place au contraire le combat d’Héraclès contre les Géants dans la plaine Phlégréenne, près de Cumes en Campanie, une région volcanique dont le sol fumant semblait garder la trace de la foudre.

L’oracle et l’herbe de Gaïa

Selon Apollodore (I, 6, 1), les dieux reçoivent un oracle : ils ne pourront détruire aucun Géant par eux-mêmes, mais seulement avec l’aide d’un mortel. Gaïa cherche alors une herbe, un pharmakon, qui rendrait ses fils invulnérables même à un mortel. Zeus la prend de vitesse : il interdit à Éos, à Séléné et à Hélios de paraître, cueille lui-même la plante dans l’obscurité, et fait venir Héraclès par l’intermédiaire d’Athéna.

Le détail est capital : la victoire de l’Olympe dépend d’un héros né mortel. C’est l’un des récits qui expliquent pourquoi Héraclès sera admis parmi les dieux. Pindare l’annonçait déjà dans la Néméenne I (v. 67-72), où le devin Tirésias prédit qu’Héraclès, aux côtés des dieux, abattra les Géants dans la plaine de Phlégra et souillera de poussière leur chevelure éclatante sous ses flèches.

Les dieux et Héraclès contre les Géants

Apollodore donne une liste de duels qui ressemble à la description d’une frise sculptée :

  • Alcyonée, l’un des deux chefs, est immortel tant qu’il combat sur la terre où il est né. Héraclès l’abat d’une flèche, puis, sur le conseil d’Athéna, le traîne hors de Pallène pour qu’il meure.
  • Porphyrion, l’autre chef, se jette sur Héraclès et sur Héra. Zeus lui inspire un désir pour la déesse ; tandis qu’il déchire ses vêtements, Zeus le foudroie et Héraclès l’achève.
  • Éphialtès reçoit une flèche d’Apollon dans l’œil gauche et une d’Héraclès dans l’œil droit.
  • Eurytos tombe sous le thyrse de Dionysos, Clytios sous les torches d’Hécate, Mimas sous les projectiles de métal rougi d’Héphaïstos.
  • Encelade s’enfuit ; Athéna jette sur lui l’île de Sicile. Elle écorche Pallas et se sert de sa peau pour protéger son propre corps.
  • Polybotès, poursuivi à travers la mer par Poséidon, atteint Cos ; le dieu arrache un morceau de l’île, Nisyros, et l’écrase dessous.
  • Hermès, coiffé du casque d’Hadès, tue Hippolytos ; Artémis tue Gration ; les Moires frappent Agrios et Thoon de massues de bronze.

Les autres périssent sous la foudre de Zeus, et Héraclès les achève tous de ses flèches.

Ce que changent les auteurs

Les sources ne s’accordent ni sur les noms, ni sur les adversaires, ni sur le lieu.

  • Pindare, dans la Pythique VIII (v. 12-18), fait de Porphyrion le roi des Géants, dompté par la foudre de Zeus et les flèches d’Apollon, et le rapproche de Typhon. Dans l’Isthmique VI (v. 31-35), Héraclès et Télamon abattent le gigantesque Alcyonée, sans que l’épisode soit forcément rattaché à la Gigantomachie.
  • Euripide, dans Ion (v. 205-218), décrit la Gigantomachie sculptée à Delphes : Athéna brandit son bouclier à tête de Gorgone contre Encelade, Zeus foudroie Mimas, Dionysos abat un autre fils de la Terre avec son thyrse. Dans Le Cyclope (v. 5-9), Silène se vante d’avoir tué Encelade d’un coup de lance aux côtés de Dionysos : la même victime change de vainqueur.
  • Apollodore attribue Mimas à Héphaïstos, là où Euripide le donnait à Zeus.
  • Ovide (Métamorphoses, I, 151-162) prête aux Géants l’entassement des montagnes pour escalader le ciel. Dans l’Odyssée (XI, 305-320), cet exploit appartenait aux Aloades, Otos et Éphialtès, qui voulaient empiler l’Ossa sur l’Olympe et le Pélion sur l’Ossa. Ovide ajoute que du sang des Géants la Terre forma une race d’hommes violents.

Des hoplites aux jambes de serpent

L’image des Géants a beaucoup changé. L’art archaïque, fidèle à Hésiode, les représente en hoplites casqués, avec bouclier et lance, à peine plus grands que les dieux. C’est le cas sur la frise nord du Trésor des Siphniens à Delphes, vers 525 av. J.-C. La Gigantomachie occupait aussi les métopes est du Parthénon, et la tradition rapportait qu’elle était tissée sur le péplos offert à Athéna lors des Panathénées, comme le rappelle Platon dans l’Euthyphron (6b-c).

Les jambes en forme de serpents apparaissent dans l’art grec au IVe siècle av. J.-C., puis deviennent fréquentes à l’époque hellénistique. Apollodore décrit des Géants à la chevelure et à la barbe longues, aux pieds couverts d’écailles de dragon. La grande frise de l’autel de Pergame, au IIe siècle av. J.-C., compte des Géants anguipèdes et ailés aux côtés de figures de proportions humaines. Ces formes coexistent : ni la taille colossale ni les jambes serpentiformes ne définissent toutes les représentations des Géants.

Un mythe politique et philosophique

La Gigantomachie a servi à dire la victoire de l’ordre sur la démesure. À Athènes, le péplos d’Athéna et le Parthénon associaient la déesse de la cité à ce triomphe ; à Pergame, les Attalides l’utilisaient pour célébrer leurs victoires sur les Galates. Les philosophes s’en méfiaient : Xénophane (fr. 1) refusait qu’on chante au banquet les combats des Titans, des Géants et des Centaures, « fictions des anciens », et Platon (République, II, 378c) voulait interdire aux poètes de raconter aux enfants des Gigantomachies ou des guerres entre dieux.

Le mythe garde aussi une portée géographique. Les volcans et les sols brûlés de Campanie, de Sicile ou de l’Égée passaient pour les tombes des Géants : Encelade sous l’Etna chez Virgile (Énéide, III, 578-582), Polybotès sous Nisyros. Comme Typhon, ils deviennent la mémoire souterraine de la guerre perdue par la Terre.

Ce que disent les sources antiques

  • Hésiode (Théogonie, v. 183-187) fait naître les Géants du sang d’Ouranos tombé sur Gaïa, armés de lances, frères des Érinyes et des Méliennes.
  • Homère (Odyssée, VII et X) connaît un peuple de Géants arrogants, gouverné par Eurymédon et détruit.
  • Pindare (Néméenne I, Pythique VIII, Isthmique VI) associe Héraclès à la victoire de Phlégra et nomme Porphyrion et Alcyonée.
  • Euripide (Ion, Le Cyclope) décrit la frise de Delphes et attribue Encelade tantôt à Athéna, tantôt à Silène.
  • Apollodore (I, 6, 1-2) donne le récit le plus complet : oracle, herbe de Gaïa, duels nominatifs.
  • Diodore (IV, 21) et Hérodote (VII, 123) situent Phlégra en Campanie ou en Chalcidique.
  • Virgile et Ovide fixent les images latines d’Encelade sous l’Etna et des montagnes entassées.

Lectures complémentaires

Pour la naissance des Géants, lire la cosmogonie grecque et les fiches de leurs parents, Gaïa et Ouranos. La guerre précédente est racontée dans la Titanomachie, et le dernier assaut de la Terre dans la fiche de Typhon. Pour les autres enfants géants d’Ouranos, voir les Hécatonchires et les Cyclopes. Le rôle d’Héraclès et d’Athéna dans la victoire se retrouve dans leurs fiches, et la foudre de Zeus dans celle de l’arme qui l’a décidée. Le panorama d’ensemble se trouve sur la page de la mythologie grecque.

Sources antiques

  • Hésiode, Théogonie, v. 50 et 183-187
  • Homère, Odyssée, VII, 56-60 et 205-206 ; X, 120
  • Xénophane, fragment 1 (DK 21 B 1)
  • Pindare, Néméenne I, 67-72 ; Pythique VIII, 12-18 ; Isthmique VI, 31-35
  • Euripide, Ion, v. 205-218 ; Le Cyclope, v. 5-9
  • Platon, Euthyphron, 6b-c ; République, II, 378c
  • Hérodote, Histoires, VII, 123 (Pallène anciennement Phlégra)
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV, 21
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 6, 1-2
  • Virgile, Énéide, III, 578-582 (Encelade sous l'Etna)
  • Ovide, Métamorphoses, I, 151-162

À lire aussi

Questions fréquentes

Quelle différence entre les Géants et les Titans ?

Les Titans sont les douze enfants d'Ouranos et de Gaïa, la génération divine de Cronos ; ceux qui combattent Zeus sont vaincus dans la Titanomachie. Chez Hésiode, les Géants naissent du sang d'Ouranos recueilli par Gaïa. Apollodore les fait ensuite combattre les Olympiens dans la Gigantomachie. La distinction porte sur leur naissance et leur rôle dans ces deux guerres, parfois confondues par les auteurs antiques.

Les Géants grecs étaient-ils vraiment immenses ?

Hésiode les appelle « grands » et les décrit en armes, sans mesurer leur taille. L'art archaïque les représente généralement comme des hoplites de proportions humaines, comparables aux dieux. Les jambes serpentiformes apparaissent au IVe siècle av. J.-C. et sont bien attestées à l'époque hellénistique, notamment sur l'autel de Pergame au IIe siècle av. J.-C. Taille colossale et jambes de serpent ne sont pas des traits uniformes dans toutes les sources.

Le Géant Encelade est-il sous l'Etna ?

Selon Apollodore, Athéna jette la Sicile sur Encelade qui s'enfuit ; Virgile le place sous l'Etna, dont les éruptions seraient son souffle. La même montagne sert aussi de prison à Typhon chez Pindare et Eschyle : les deux traditions se recouvrent sans jamais tout à fait fusionner.