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Python, le serpent de Delphes tué par Apollon dans la mythologie grecque

En bref

Python est le serpent monstrueux de Delphes dans la mythologie grecque. Né de Gaïa selon Ovide et Hygin, il gardait le site de l'oracle avant qu'Apollon ne le tue à coups de flèches ; sa mort fonde le sanctuaire pythien, donne son nom à la Pythie et aux Jeux pythiques.

Python est le serpent monstrueux qui gardait le site de Delphes avant l’arrivée d’Apollon. Né de la Terre, Gaïa, selon Ovide et Hygin, il est abattu par les flèches du jeune dieu, qui prend alors possession du lieu et y fonde son oracle. Ce meurtre explique les noms de Pytho, de la Pythie, d’Apollon Pythien et des Jeux pythiques. Mais le mythe n’a rien de figé : la plus ancienne version ne connaît qu’une dragonne sans nom, nourrice de Typhon, et un poète comme Eschyle préfère raconter une fondation de Delphes sans aucun combat.

Un gardien chthonien au pied du Parnasse

Python appartient au monde d’avant les Olympiens. Il vit à Pytho, au pied du Parnasse, près d’une source, dans un lieu que plusieurs traditions présentent comme un ancien oracle de la Terre. Sa nature est double. C’est d’abord un fléau : l’Hymne homérique le montre ravageant les hommes et leurs troupeaux. C’est aussi un gardien, lié au sol et aux puissances qui y parlaient avant Apollon.

Ce statut de gardien le rapproche d’autres serpents grecs : Ladon, qui veille sur les pommes d’or des Hespérides, ou le dragon de la Toison d’or. Comme eux, Python protège un bien qu’un nouveau venu doit conquérir. La différence tient à l’enjeu : ce n’est pas un trésor, mais la parole prophétique, l’institution la plus prestigieuse du monde grec.

Généalogie : un enfant de la Terre

Hésiode ne mentionne pas Python dans la Théogonie, et l’Hymne homérique ne lui donne aucun parent. La filiation tellurique s’affirme plus tard.

  • Euripide, dans Iphigénie en Tauride, appelle le serpent un « monstre prodigieux de la Terre », sans en faire explicitement son fils.
  • Ovide (Métamorphoses, I, 434-440) le fait naître de la Terre elle-même : après le déluge, le sol gorgé d’eau et chauffé par le soleil engendre spontanément des formes nouvelles, et parmi elles, « malgré elle », l’énorme Python.
  • Hygin (Fables, 140) le dit tout simplement « fils de la Terre » (Terrae filius).

Cette ascendance a un sens. Elle rattache Python à la longue série des enfants monstrueux de Gaïa que les Olympiens doivent vaincre, de Typhon aux Géants. Le meurtre de Python rejoue, à l’échelle d’un sanctuaire, la victoire de Zeus sur les forces de la Terre.

La version la plus ancienne : la dragonne de l’Hymne homérique

L’Hymne homérique à Apollon, dans sa partie dite « pythique » (vers 300-374 environ), donne le récit le plus ancien conservé. Apollon, après avoir choisi l’emplacement de son temple, tue près d’une belle source une drakaina, une dragonne « grasse et grande », qui faisait beaucoup de mal aux hommes. Le poème ne la nomme jamais.

Une digression : la nourrice de Typhon

Au moment du combat, le poète ouvre une longue parenthèse. Cette dragonne avait reçu en garde Typhon, ou Typhaon. Héra, furieuse que Zeus ait engendré Athéna seul, avait voulu à son tour enfanter sans époux ; elle avait mis au monde ce fléau et l’avait confié à la dragonne, « un mal à un autre mal ». Le monstre de Pytho est donc, dans la version archaïque, la nourrice de l’adversaire suprême de Zeus.

La digression dit quelque chose d’essentiel : la victoire d’Apollon prolonge, à son niveau, l’ordre que Zeus impose au monde. Le fils accomplit à Delphes ce que le père accomplit contre Typhon.

La flèche et le pourrissement

Apollon abat la dragonne d’une flèche. Elle se tord, râle et meurt, puis le dieu prononce sur elle des paroles de triomphe : qu’elle pourrisse désormais sur la terre nourricière. Le poète en tire une double étymologie. Le lieu s’appelle Pytho parce que le soleil y fit pourrir (pythein) le monstre, et le dieu reçoit le surnom de Pythien pour la même raison.

Cette étymologie est un jeu de mots antique, non une explication linguistique fiable. Elle montre toutefois que, dès l’époque archaïque, le nom même de Delphes était compris comme la trace d’un meurtre.

Euripide : Apollon enfant contre le serpent de la Terre

Au Ve siècle, Euripide donne une version très différente dans un chant du chœur d’Iphigénie en Tauride (troisième stasimon, à partir du vers 1234 environ). Léto porte depuis Délos son fils encore nourrisson jusqu’au Parnasse. Là, un serpent au dos tacheté, couvert d’écailles, gardien de l’oracle chthonien de la Terre, occupe le lieu. Apollon, encore un bébé dans les bras de sa mère, le tue et s’empare du sanctuaire.

La suite est propre à Euripide. La Terre, irritée que sa fille Thémis ait été chassée de l’oracle, se venge en envoyant aux hommes des songes nocturnes qui révèlent l’avenir et rendent la Pythie inutile. Apollon monte alors à l’Olympe se plaindre à Zeus, qui sourit de voir son fils si avide de revenus et met fin aux oracles des songes. Chez Euripide, le serpent n’est qu’un premier obstacle : le vrai conflit oppose deux formes de divination, l’une ancienne et nocturne, l’autre apollinienne et officielle.

Eschyle : une fondation sans meurtre

Les Euménides d’Eschyle s’ouvrent sur une prière de la Pythie (v. 1-8) qui raconte tout autrement l’histoire du lieu. L’oracle est passé de main en main, sans violence : d’abord à la Terre, première prophétesse, puis à Thémis, puis à la Titanide Phoibé, qui l’a offert en présent de naissance à Phoibos, c’est-à-dire Apollon, dont le nom rappelle le sien.

Aucun serpent n’apparaît. Le silence est sans doute voulu : dans une trilogie qui s’achève sur la réconciliation des vieilles divinités et des nouvelles, Eschyle écarte un mythe de conquête. La fiche de Thémis détaille ce choix.

Hygin et Ovide : le Python des mythographes

Hygin : la vengeance d’un fils

La Fable 140 d’Hygin donne la version la plus romanesque. Python, fils de la Terre, rendait des oracles sur le Parnasse avant Apollon. Il savait qu’il périrait de la main d’un enfant de Léto. Apprenant que Léto était enceinte de Zeus, il la poursuivit pour la tuer. Sur ordre de Zeus, le vent du nord l’emporta jusqu’à Poséidon, qui la cacha dans l’île d’Ortygie, recouverte par les flots ; le serpent, ne la trouvant pas, revint au Parnasse. Léto y mit au monde Apollon et Artémis.

Quatre jours après sa naissance, Apollon alla venger sa mère et tua Python à coups de flèches. Hygin ajoute qu’il plaça ses os dans un trépied, déposé dans son temple, et institua en son honneur des jeux funèbres, les Jeux pythiques. Le meurtre devient ici une vendetta familiale, et Python le persécuteur de Léto, rôle que d’autres auteurs donnent à Héra.

Ovide : mille flèches et une couronne de chêne

Ovide (Métamorphoses, I, 438-451) insiste sur l’exploit guerrier. Le dieu de l’arc, qui n’avait encore tiré que sur des daims et des chevreuils, tue l’énorme serpent avec mille flèches, en vidant presque son carquois. Pour que la gloire de l’exploit ne se perde pas, il fonde les Jeux pythiques. Les vainqueurs y reçoivent une couronne de feuilles de chêne, car « le laurier n’existait pas encore ».

Ce détail prépare l’épisode suivant : tout fier de sa victoire sur Python, Apollon raille Cupidon, qui se venge en le rendant amoureux de Daphné. Chez Ovide, le meurtre du serpent sert de prologue au premier amour du dieu et à l’origine du laurier pythique.

Tableau des versions

SourceLe monstreParentéCe qui change
Hymne homérique à Apollondragonne sans nomnon préciséenourrice de Typhon ; nom de Pytho tiré du pourrissement
Eschyle, Euménidesabsent—succession pacifique Gaïa → Thémis → Phoibé → Phoibos
Euripide, Iphigénie en Taurideserpent mâle, gardien de l’oracle« monstre de la Terre »Apollon nourrisson ; songes envoyés par la Terre
Apollodore, I, 4, 1le serpent Pythonnon préciséeil barre à Apollon l’accès au gouffre oraculaire
Ovide, Métamorphoses, IPython, né après le délugela Terremille flèches ; fondation des Jeux pythiques
Hygin, Fables, 140Python, oracle du Parnassefils de la Terrepoursuit Léto enceinte ; tué au quatrième jour

Python et Delphyné : une confusion ancienne

Il faut distinguer Python de Delphyné. Chez Apollodore (I, 6, 3), Delphyné est une dragonne, mi-femme mi-serpent, que Typhon charge de garder Zeus mutilé dans la grotte Corycienne de Cilicie, après lui avoir coupé les tendons. Hermès et Égipan dérobent les tendons et rendent sa force au dieu. Ce récit appartient au cycle de Typhon, non à Delphes.

Pourtant, le nom de Delphyné évoque Delphes, et l’Hymne homérique faisait déjà de la dragonne de Pytho la nourrice de Typhon. Apollonios de Rhodes (Argonautiques, II) appelle d’ailleurs Delphyné le monstre que tue Apollon enfant au pied du Parnasse. Les deux figures se sont donc mêlées dès l’Antiquité, et les modernes ne s’accordent pas sur le fait de savoir s’il s’agit à l’origine d’un même personnage.

Le meurtre dans le culte de Delphes

Le combat contre Python n’était pas seulement raconté : il était rejoué.

  • Les Jeux pythiques. Réorganisés au début du VIe siècle avant notre ère, ils comportaient d’abord des concours musicaux. Strabon (IX, 3) décrit le « nome pythique », pièce instrumentale en plusieurs parties qui mimait le combat du dieu contre le serpent, jusqu’à ses derniers sifflements.
  • Le Septérion. Plutarque (Questions grecques, 12) décrit cette fête célébrée tous les huit ans comme une imitation du combat contre Python, suivie d’une fuite et d’une poursuite jusqu’à Tempé. Dans Sur la disparition des oracles (15), il évoque la cabane incendiée par un jeune garçon et critique ceux qui y voient le repaire du serpent : la lecture du rite était déjà débattue.
  • La purification d’Apollon. Selon une tradition delphique rapportée notamment par Plutarque, le dieu aurait dû aller se purifier du meurtre, souvent dans la vallée de Tempé, en Thessalie. Les sources varient sur le lieu et les modalités ; mieux vaut y voir une tradition cultuelle que le cœur du mythe.
  • L’omphalos. La pierre qui marquait à Delphes le « nombril du monde » passait, selon le Romain Varron, pour le tombeau de Python. Ce rapprochement tardif fait écho au trépied d’Hygin : les restes du monstre reposent au cœur du sanctuaire.

Callimaque (Hymne à Apollon) rattache aussi au combat le cri rituel « Iè Paian » : le peuple de Delphes l’aurait lancé pour encourager le jeune dieu à tirer. Strabon rapporte enfin la version rationaliste d’Éphore, pour qui Python n’était pas un serpent mais un homme violent, surnommé Drakôn, tué par Apollon.

Ce que disent les sources antiques

  • L’Hymne homérique à Apollon (v. 300-374 env.) raconte la mort d’une dragonne sans nom, nourrice de Typhon, et explique Pytho par le pourrissement du cadavre.
  • Eschyle (Euménides, v. 1-8) fait succéder pacifiquement Gaïa, Thémis, Phoibé et Phoibos à Delphes, sans combat.
  • Euripide (Iphigénie en Tauride, troisième stasimon) montre Apollon nourrisson tuant le serpent de la Terre, puis la Terre ripostant par des songes que Zeus fait cesser.
  • Apollonios de Rhodes (Argonautiques, II) nomme Delphyné le monstre tué au pied du Parnasse.
  • Apollodore (Bibliothèque, I, 4, 1) fait de Python le gardien de l’oracle de Thémis ; en I, 6, 3, il place la dragonne Delphyné dans l’épisode de Typhon.
  • Ovide (Métamorphoses, I, 434-451) fait naître Python de la Terre après le déluge et le fait tuer de mille flèches.
  • Hygin (Fables, 140) en fait un fils de la Terre qui poursuit Léto enceinte.
  • Plutarque (Questions grecques, 12 ; Sur la disparition des oracles, 15) décrit le Septérion et ses interprétations.

Lectures complémentaires

Pour le sanctuaire qu’il gardait, lire la fiche de Delphes, puis celle de son vainqueur, Apollon, et de sa mère Léto. Les premières maîtresses de l’oracle sont présentées dans les fiches de Gaïa et de Thémis. Pour le versant monstrueux, voir Typhon, que la dragonne de l’Hymne avait élevé, et un autre serpent tué par un fils de Zeus, l’Hydre de Lerne. Le panorama d’ensemble se trouve sur la page de la mythologie grecque.

Sources antiques

  • Hymne homérique à Apollon, v. 300-374 env. (la dragonne de Pytho et Typhon)
  • Eschyle, Euménides, v. 1-8 (succession pacifique de l'oracle)
  • Euripide, Iphigénie en Tauride, troisième stasimon (v. 1234 et suiv.)
  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques, II (Delphyné)
  • Callimaque, Hymne à Apollon (origine du cri « Iè Paian »)
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 4, 1 et I, 6, 3
  • Ovide, Métamorphoses, I, 434-451
  • Hygin, Fables, 140
  • Plutarque, Questions grecques, 12 ; Sur la disparition des oracles, 15
  • Strabon, Géographie, IX, 3

À lire aussi

Questions fréquentes

Python est-il un mâle ou une femelle ?

Cela dépend de l'époque. L'Hymne homérique à Apollon parle d'une dragonne (drakaina) sans nom. À partir de l'époque classique, le monstre devient un serpent mâle, le drakôn d'Euripide, puis le Python nommé d'Ovide et d'Hygin. Le nom propre Python s'est imposé avec cette seconde tradition.

Le serpent Python a-t-il donné son nom au python, le reptile ?

Oui, indirectement. Les naturalistes modernes ont repris le nom du monstre de Delphes pour baptiser un genre de grands serpents constricteurs. Le lien est donc savant et récent : aucun auteur antique ne décrit Python comme un serpent qui étouffe ses proies.

Pourquoi la prêtresse de Delphes s'appelle-t-elle la Pythie ?

Parce qu'elle officie à Pytho, ancien nom de Delphes, que la tradition rattache à la mort du serpent. La Pythie, l'Apollon « Pythien » et les Jeux pythiques portent tous ce nom de lieu ; le meurtre fondateur reste inscrit dans le vocabulaire même du culte.