Mythologie grecque · Dieux & déesses

Borée, dieu grec du vent du nord et gendre d'Athènes

Borée, dieu du vent du nord : fils d'Éos, ravisseur d'Orithye, père des Boréades, honoré à Athènes pour avoir brisé la flotte perse au cap Sépias.

Borée est le vent du nord fait dieu : celui qui descend de Thrace, glace la mer et brise les flottes. Fils du Titan Astraios et d’Éos l’Aurore, frère de Zéphyr, il est le seul vent grec à avoir reçu un culte civique en récompense d’un service militaire — et l’un des rares dieux dont Platon discute la vraisemblance en pleine promenade.

Les fils de l’Aurore

Hésiode donne la généalogie canonique des vents : d’Astraios, Titan du ciel étoilé, et d’Éos naissent Zéphyr au ciel clair, Borée à la course rapide, et Notos (Théogonie, v. 378-380). Le poète prend soin de les distinguer des vents malfaisants, ceux qui naissent de Typhée et qui n’ont ni nom ni règle.

La distinction est essentielle. Les trois fils d’Éos sont des vents orientés : ils viennent d’un point du ciel, reviennent selon les saisons, et un marin peut compter avec eux. Le père Astraios n’a pas encore de fiche sur Mythoblog — dette éditoriale du cluster grec —, mais la mère, l’Aurore, en a une : le vent est né du bord du jour.

Borée réside en Thrace, dans une caverne du mont Hémos. Les Grecs plaçaient là le nord du monde connu, et au-delà, selon une tradition rapportée par Pindare, le peuple bienheureux des Hyperboréens, littéralement ceux qui vivent « par-delà Borée », où Apollon passe l’hiver. Cette étymologie est celle des Anciens eux-mêmes ; les modernes la contestent, mais elle a suffi à faire du vent du nord la borne du monde grec.

Un étalon dans l’Iliade

Homère lui prête une aventure singulière au chant XX de l’Iliade. Érichthonios, roi de Troade, possédait trois mille juments ; Borée s’en éprit, prit la forme d’un étalon à la crinière sombre et couvrit douze d’entre elles. Les poulains nés de cette union couraient sur les épis mûrs sans les briser et sur la crête des vagues sans se mouiller.

L’image dit exactement ce qu’est un vent divinisé : une vitesse qui ne pèse rien. Elle installe aussi un motif que la mythologie grecque reprendra pour Zéphyr, père des chevaux immortels d’Achille — les vents engendrent des chevaux, parce que rien d’autre dans le monde grec ne va aussi vite.

Le bûcher de Patrocle

Au chant XXIII, le bûcher de Patrocle refuse de prendre. Achille promet des offrandes à Borée et à Zéphyr ; Iris, messagère des dieux, porte la prière jusqu’en Thrace, où les vents banquettent dans la demeure de Zéphyr. Ils se lèvent aussitôt, traversent la mer en soulevant la houle, et soufflent toute la nuit sur le bûcher en une seule flamme.

La scène est l’un des rares moments de l’Iliade où les vents agissent en personnes : ils mangent, ils écoutent une messagère, ils acceptent un contrat de sacrifice. Homère les traite en divinités mineures mais pleines, dotées d’une maison et d’une table.

L’enlèvement d’Orithye et la question de Socrate

Le mythe le plus fécond de Borée est athénien. Orithye, fille d’Érechthée roi d’Athènes, joue au bord de l’Ilissos — ou danse sur l’Acropole, selon les versions — quand le vent du nord l’enlève, l’enveloppe dans une nuée sombre et l’emporte en Thrace.

De cette union naissent quatre enfants : les fils ailés Zétès et Calaïs, dits les Boréades, et deux filles, Cléopâtre et Chioné.

Ce mythe vaut surtout par la scène que Platon en tire. Le Phèdre s’ouvre sur Socrate et Phèdre marchant le long de l’Ilissos ; Phèdre demande si ce n’est pas là que Borée aurait enlevé Orithye, et si Socrate croit à cette histoire. La réponse est un modèle d’ironie : Socrate reconnaît que les savants l’expliquent par un coup de vent qui aurait précipité la jeune fille du haut des rochers, concède que c’est ingénieux, puis refuse d’y consacrer son temps — car il faudrait alors rationaliser aussi les Centaures, la Chimère, les Gorgones, et il n’a pas encore réussi à se connaître lui-même (229 b-d).

C’est, dans toute la littérature grecque conservée, l’un des passages les plus nets sur le statut du mythe : un Athénien du IVe siècle sait qu’on peut ramener Borée à la météorologie, et choisit de ne pas le faire.

Les Boréades et les Harpies

Zétès et Calaïs héritent des ailes de leur père et embarquent sur l’Argo. Leur exploit occupe le chant II des Argonautiques et relève de la quête de la Toison d’or.

Le devin aveugle Phinée, puni par Zeus, est tourmenté par les Harpies : chaque fois qu’on lui sert un repas, elles fondent du ciel, dévorent ce qu’elles peuvent et souillent le reste d’une odeur intenable. Les fils de Borée, seuls capables de voler, tirent l’épée et les poursuivent à travers le ciel jusqu’aux îles Strophades, où Iris les arrête en jurant que les Harpies laisseront désormais Phinée en paix.

Le service rendu est immédiatement payé : libéré, Phinée révèle à Jason le moyen de franchir les Symplégades, les roches entrechoquantes. Le voyage vers la Colchide passe donc littéralement par les fils du vent du nord.

Le gendre des Athéniens et la flotte de Xerxès

L’épisode le plus surprenant est historique, et Hérodote le rapporte sans réserve.

En 480 avant notre ère, la flotte de Xerxès longe la côte de Magnésie. Les Athéniens, avertis par un oracle d’« appeler leur gendre à l’aide », comprennent qu’il s’agit de Borée, époux d’une princesse athénienne. Ils lui adressent sacrifices et prières. Une tempête du nord se lève et souffle trois jours durant : selon Hérodote, au moins quatre cents navires perses sont perdus au cap Sépias, avec des vivres et des hommes en nombre incalculable. Les Athéniens, dit-il, sont convaincus que Borée a répondu, et lui élèvent à leur retour un sanctuaire sur les rives de l’Ilissos (VII, 189).

L’historien note lui-même qu’il ne peut pas dire si le vent est venu pour cette raison. Mais le fait qui compte est le culte : une cité grecque a fondé un sanctuaire pour un service naval rendu par un vent, en s’appuyant sur une alliance matrimoniale mythologique. C’est probablement aussi la raison pour laquelle l’enlèvement d’Orithye devient l’un des sujets les plus fréquents de la céramique attique à figures rouges après 480 : le mythe est devenu une affaire d’État.

Images : la Tour des Vents

Borée est figuré ailé, barbu, vêtu d’un manteau court gonflé par le souffle, parfois pourvu de jambes serpentiformes sur les vases archaïques. Sa représentation la plus complète est architecturale : la Tour des Vents d’Athènes, horloge octogonale construite par Andronikos de Cyrrhos au Ier siècle avant notre ère, porte sur chacune de ses huit faces un vent en relief. Borée y occupe la face nord, barbu, chaussé de bottes, soufflant dans une conque torsadée — l’hiver personnifié, en face du Zéphyr chargé de fleurs.

Rome le traduit par Aquilon, nom qui gardera longtemps en français le sens de vent glacial, et le mot boreios nous a laissé l’adjectif « boréal ».

Lectures complémentaires

Pour la mère des vents, lire la fiche d’Éos ; pour son frère, celle de Zéphyr. Pour la mission de ses fils contre les Harpies, lire le récit de Jason et la Toison d’or. Pour la messagère qui porte jusqu’en Thrace la prière d’Achille, voir la fiche d’Iris. Pour le mortel que la tradition confond souvent avec un maître des vents, consulter la fiche d’Éole.

Sources antiques

  • Hésiode, Théogonie, v. 378-380
  • Homère, Iliade, XX, 219-229 ; XXIII, 192-218
  • Hérodote, Histoires, VII, 189
  • Platon, Phèdre, 229 b-d
  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques, I, 211-223 ; II, 234-300

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Questions fréquentes

Qui est Borée dans la mythologie grecque ?

Borée est le dieu du vent du nord, fils du Titan Astraios et d'Éos l'Aurore, frère de Zéphyr et de Notos. Il habite la Thrace, région que les Grecs situaient au nord de leur monde, et passe pour le plus violent des vents. Il enlève Orithye, fille du roi d'Athènes Érechthée, et devient par ce mariage le « gendre » des Athéniens.

Qui sont les Boréades ?

Zétès et Calaïs, les fils ailés de Borée et d'Orithye. Ils s'embarquent sur l'Argo et, au chant II des *Argonautiques*, chassent les Harpies qui souillaient la nourriture du devin Phinée — le seul service que les fils du vent du nord rendent à une quête héroïque, et il consiste à poursuivre en vol des créatures ailées.

Pourquoi les Athéniens ont-ils élevé un sanctuaire à Borée ?

Selon Hérodote, à l'approche de la flotte de Xerxès en 480 avant notre ère, un oracle conseilla aux Athéniens d'appeler à l'aide leur « gendre ». Ils sacrifièrent à Borée, époux de l'Athénienne Orithye ; une tempête de trois jours détruisit alors des centaines de navires perses au cap Sépias. À leur retour, ils lui bâtirent un sanctuaire au bord de l'Ilissos.