Mythologie grecque · Métamorphoses
Le mythe de Callisto : la compagne d'Artémis changée en ourse
En bref
Callisto est une chasseresse d'Arcadie, compagne d'Artémis vouée à la virginité. Séduite par Zeus, elle est changée en ourse, par Artémis, par Héra ou par Zeus lui-même selon les versions. Son fils Arcas, devenu chasseur, manque de la tuer ; Zeus les place alors parmi les étoiles, où Callisto devient la Grande Ourse.
Callisto est, dans la mythologie grecque, une chasseresse d’Arcadie, compagne d’Artémis et vouée comme elle à la virginité, que Zeus séduit en prenant les traits de la déesse. Sa grossesse découverte, elle est changée en ourse. Des années plus tard, son propre fils, Arcas, la rencontre à la chasse et s’apprête à la tuer ; Zeus l’arrache alors à la terre et la place parmi les étoiles, où elle devient la Grande Ourse. Le mythe, connu dès la poésie hésiodique et fixé par Ovide, explique à la fois le nom de l’Arcadie, l’origine d’une constellation et la raison mythique pour laquelle celle-ci ne se couche jamais.
Une chasseresse d’Arcadie vouée à Artémis
Callisto, dont le nom signifie « la très belle », est le plus souvent la fille de Lycaon, roi d’Arcadie, que Zeus changea en loup pour lui avoir servi de la chair humaine. Apollodore (III, 8, 2) recense pourtant d’autres généalogies : pour Asios, elle est fille de Nyctée ; pour Phérécyde, de Kéteus ; et Hésiode, selon lui, en faisait une simple nymphe. La version hésiodique résumée par le pseudo-Ératosthène la dit en revanche fille de Lycaon : la contradiction remonte à l’Antiquité.
Toutes les sources s’accordent sur l’essentiel. Callisto a choisi de vivre dans les montagnes avec Artémis, de chasser avec elle et de rester vierge. Ovide la décrit sans parure, la tunique retenue par une agrafe, les cheveux noués d’un simple ruban blanc, un javelot ou un arc à la main : aucune compagne n’est plus chère à la déesse.
La ruse de Zeus
Chez Ovide (Métamorphoses, II, 401-530), l’histoire commence après l’incendie provoqué par Phaéton. Jupiter parcourt la terre pour réparer les dégâts et s’attarde en Arcadie, sa patrie de prédilection. Il aperçoit la jeune fille qui se repose seule dans un bois, l’arc détendu, la tête sur son carquois.
Pour l’approcher, le dieu prend l’apparence et le costume d’Artémis. Callisto le salue comme sa maîtresse, « plus grande à mes yeux que Jupiter, qu’il l’entende s’il le veut ». Le dieu sourit, l’embrasse d’une manière qui n’est pas celle d’une vierge, puis se révèle et la prend de force. Apollodore signale une variante : Zeus aurait pris les traits d’Apollon. Dans les deux cas, le dieu exploite la confiance que la jeune fille accorde à son entourage divin.
La grossesse découverte
Neuf lunes plus tard, Artémis et ses nymphes, épuisées par la chasse et la chaleur, trouvent une source au fond d’un bois et décident de s’y baigner. Callisto seule hésite à se dévêtir. Ses compagnes la déshabillent et la grossesse apparaît. Artémis la chasse aussitôt : « Va-t’en loin d’ici, et ne souille pas la source sacrée. »
Dans la version attribuée à Hésiode, c’est à ce moment même qu’Artémis, furieuse, la change en bête, et Callisto donne naissance à Arcas sous la forme d’une ourse.
Changée en ourse : trois coupables possibles
Le point le plus discuté du mythe est l’auteur de la métamorphose.
- Artémis, dans la tradition hésiodique : la déesse punit la compagne qui a rompu son vœu, sans se demander si elle était consentante.
- Héra, chez Ovide et Pausanias : la déesse attend la naissance d’Arcas, saisit la jeune femme par les cheveux, la jette à terre et la change en ourse. Ovide insiste sur la cruauté du détail : Callisto garde son esprit humain. Elle tend vers le ciel des pattes qui ne sont plus des bras, gémit sans pouvoir parler, fuit les chiens et les chasseurs, elle qui chassait, et a peur des ours, oubliant ce qu’elle est devenue.
- Zeus lui-même, selon une version que rapporte Apollodore : il la métamorphose pour la dissimuler à Héra. Mais Héra persuade Artémis de l’abattre comme une bête sauvage ; d’autres, ajoute Apollodore, disent qu’Artémis la tua d’elle-même parce qu’elle n’avait pas gardé sa virginité.
Selon que Callisto meurt sous les flèches d’Artémis ou survit, la suite diverge. Chez Apollodore, Zeus sauve l’enfant et le confie à Maïa, la mère d’Hermès, pour qu’elle l’élève en Arcadie. Pausanias (VIII, 3, 6-7) précise que Zeus envoya Hermès lui-même tirer l’enfant du ventre de sa mère.
Arcas face à sa mère
Dans les versions où Callisto survit, le mythe trouve son tournant tragique dans la rencontre entre la mère et le fils.
Chez Ovide, Arcas a presque quinze ans et ignore tout de sa naissance. Il chasse dans les forêts d’Érymanthe quand une ourse s’arrête devant lui et le fixe, comme si elle le reconnaissait. Il recule, effrayé, et s’apprête à lui percer la poitrine de son javelot. Jupiter arrête le geste : il enlève la mère et le fils dans un tourbillon et en fait deux constellations voisines. Dans les Fastes (II, 155-192), Ovide fait d’Arcas le Gardien de l’Ourse, l’Arctophylax, c’est-à-dire le Bouvier.
La version du pseudo-Ératosthène (Catastérismes, 1), qui remonte à Hésiode, est plus politique. Des chevriers capturent l’ourse et son petit et les remettent à Lycaon. Plus tard, Callisto pénètre sans le savoir dans le sanctuaire interdit de Zeus Lykaios, sur le mont Lycée, où toute intrusion était punie de mort. Arcas et les Arcadiens la poursuivent pour l’abattre ; Zeus, en souvenir de leur union, la soustrait à la mort et la place au ciel sous le nom d’Arktos, l’Ourse.
L’Ourse qui ne se couche jamais
La métamorphose céleste donne une explication mythique au caractère circumpolaire de l’Ourse dans la tradition grecque. Dans l’Iliade (XVIII, 483-489), Homère énumère les Pléiades, les Hyades, Orion et l’Ourse, aussi appelée le Chariot : seule parmi ces groupes d’étoiles, l’Ourse n’a pas de part aux bains de l’Océan. Il ne dresse pas la liste de toutes les constellations circumpolaires. En astronomie, le fait de rester au-dessus de l’horizon dépend de la latitude de l’observateur, comme l’explique le glossaire de l’Union astronomique internationale.
Ovide en fait la dernière vengeance d’Héra. Indignée de voir sa rivale honorée au ciel, la déesse descend chez Téthys et Océan, qui l’avaient élevée, et leur demande de ne jamais laisser les étoiles de l’Ourse plonger dans leurs eaux pures (II, 508-530). La constellation reste donc condamnée à tourner sans fin autour du pôle, sans jamais se reposer.
Ce que changent les sources antiques
- La poésie hésiodique (fr. 163 M.-W.) donne la version la plus ancienne : Artémis métamorphose Callisto, l’Ourse est capturée, puis sauvée par Zeus au sanctuaire de Zeus Lykaios.
- Apollodore (III, 8, 2) juxtapose les généalogies et les responsables, et introduit Maïa comme nourrice d’Arcas.
- Ovide, dans les Métamorphoses, développe le déguisement de Jupiter en Diane, la scène du bain, la psychologie de la femme-ourse et l’intervention de Téthys et d’Océan ; dans les Fastes, il rattache le récit au calendrier et aux constellations.
- Hygin (De l’astronomie, II, 1) rassemble plusieurs versions astronomiques, dont celle où Arcas devient le Gardien de l’Ourse, le Bouvier.
- Pausanias (VIII, 3, 6-7 ; VIII, 35, 8) ancre le mythe dans le paysage arcadien : il décrit le tombeau de Callisto, un haut tertre couvert d’arbres, au sommet duquel s’élevait un sanctuaire d’Artémis Kallistè.
Cette dernière épiclèse a conduit de nombreux historiens des religions à voir en Callisto un ancien double d’Artémis elle-même, « la très belle », dédoublée en compagne punie. L’ourse est d’ailleurs l’animal d’Artémis dans d’autres cultes : à Brauron, en Attique, des fillettes athéniennes servaient la déesse en « faisant l’ourse » lors des Arkteia (Aristophane, Lysistrata, v. 645).
Héritage du mythe
Arcas est le héros éponyme de l’Arcadie, et les Arcadiens faisaient remonter à lui leurs lignées royales : le mythe de Callisto est donc aussi un récit d’origine régional. Le ciel en garde la trace dans la Grande Ourse et, depuis 1610, dans Callisto, l’une des quatre grandes lunes de Jupiter découvertes par Galilée. Son nom fut proposé par Simon Marius, qui baptisa ces satellites d’après des amours de Jupiter, aux côtés d’Io, d’Europe et de Ganymède.
Chez les peintres, la scène du bain domine : Titien en a donné plusieurs versions (Diane et Callisto, 1556-1559, conservée à Édimbourg et à Londres), Rubens et Boucher aussi, ce dernier en reprenant le motif de Jupiter déguisé en Diane.
Lectures complémentaires
La fiche d’Artémis présente la déesse vierge de la chasse et sa troupe de compagnes ; celles de Zeus et d’Héra éclairent le désir du dieu et la jalousie de son épouse. La nourrice d’Arcas a sa propre fiche, Maïa, et Téthys revient sur la faveur accordée à Héra. Pour d’autres métamorphoses nées du désir ou de la colère des dieux, lire Apollon et Daphné, Arachné et Athéna et le mythe de Niobé, où Artémis manie aussi l’arc. Le panorama d’ensemble est sur la page de la mythologie grecque.
Étapes du récit
- 01Callisto, fille de Lycaon selon la version la plus répandue, chasse en Arcadie parmi les compagnes d'Artémis
- 02Zeus la séduit en prenant l'apparence d'Artémis, ou d'Apollon selon d'autres
- 03Sa grossesse est découverte au bain ; Artémis la chasse de sa troupe
- 04Elle est changée en ourse et donne naissance à Arcas, confié à Maïa ou recueilli par des chevriers
- 05Devenu chasseur, Arcas poursuit l'ourse et s'apprête à la tuer
- 06Zeus enlève la mère, parfois aussi le fils, et les change en constellations
- 07À la demande d'Héra, Océan et Téthys interdisent à l'Ourse de se baigner dans leurs eaux
Sources antiques
- Hésiode, fragment 163 Merkelbach-West, d'après le pseudo-Ératosthène, Catastérismes, 1
- Apollodore, Bibliothèque, III, 8, 2
- Ovide, Métamorphoses, II, 401-530
- Ovide, Fastes, II, 155-192
- Hygin, De l'astronomie, II, 1
- Pausanias, Description de la Grèce, VIII, 3, 6-7 ; VIII, 35, 8
À lire aussi
Questions fréquentes
Qui a changé Callisto en ourse ?
Les sources ne s'accordent pas. Dans la version attribuée à Hésiode, c'est Artémis, furieuse de découvrir la grossesse de sa compagne. Chez Ovide et Pausanias, c'est Héra, jalouse. Apollodore rapporte enfin que Zeus lui-même la métamorphosa pour la cacher à son épouse. Ces trois coupables possibles sont la principale variante du mythe.
Pourquoi la Grande Ourse ne se couche-t-elle jamais ?
La tradition grecque décrit l'Ourse comme circumpolaire, tournant autour du pôle sans se coucher. En astronomie, les étoiles qui restent au-dessus de l'horizon dépendent de la latitude de l'observateur : ce n'est pas une propriété unique à l'Ourse ni valable partout. Pour Ovide, c'est une vengeance d'Héra : la déesse obtint d'Océan et de Téthys qu'ils n'accueillent jamais l'Ourse dans leurs flots. Dans l'Iliade (XVIII, 483-489), l'Ourse seule, parmi les groupes d'étoiles qu'Homère énumère, n'a pas de part aux bains de l'Océan.
Quel est le lien entre Callisto et l'Arcadie ?
Callisto est arcadienne et son fils Arcas est le héros éponyme de l'Arcadie : les Arcadiens se disaient ses descendants. Pausanias décrit près de Tricolonoi le tombeau de Callisto, un haut tertre couvert d'arbres, au sommet duquel se trouvait un sanctuaire d'Artémis Kallistè.