Mythologie grecque · Héros & mortels
Ménélas, roi de Sparte et époux d'Hélène dans la guerre de Troie
En bref
Ménélas est le roi de Sparte, fils d'Atrée et frère cadet d'Agamemnon, dont l'épouse Hélène est emmenée à Troie par Pâris. C'est pour la reprendre que les Grecs font la guerre ; il la ramène à Sparte et reçoit, seul des héros d'Homère, la promesse de l'Élysée.
- royauté de Sparte
- droit de l'hôte et du mariage
- guerre de Troie
- chevelure blonde (xanthos)
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Ménélas est le roi de Sparte, fils d’Atrée et frère cadet d’Agamemnon, et l’époux d’Hélène. C’est à lui que Pâris enlève sa femme, et c’est pour la lui rendre que les Grecs partent pour Troie : toute la guerre de Troie est, au sens strict, l’affaire de Ménélas. La tradition ne l’a pourtant jamais traité en premier rôle. Homère en fait un guerrier courageux mais de second rang, plus humain que redoutable ; la tragédie athénienne le rabaisse volontiers ; et c’est lui, paradoxalement, qui reçoit la fin la plus douce de tout le cycle troyen.
Un Atride élevé en exil
Ménélas appartient à la maison maudite des Atrides. Son père Atrée et son oncle Thyeste se disputent le trône de Mycènes par une suite de crimes, jusqu’au festin où Atrée sert à son frère la chair de ses propres enfants. Quand Égisthe, fils de Thyeste, tue Atrée, les deux jeunes princes doivent fuir : selon le pseudo-Apollodore, une nourrice les conduit à Sicyone, d’où on les envoie chez Oenée en Étolie, avant que Tyndare, roi de Sparte, ne les ramène dans le Péloponnèse (Épitomé, II, 15-16).
Sa mère Aéropé est crétoise, fille de Catrée et petite-fille de Minos. Le détail comptera au moment de l’enlèvement. Une tradition hésiodique, conservée dans le Catalogue des femmes, fait même des deux frères les fils de Plisthène, Atrée n’étant que leur grand-père. Homère, lui, les appelle sans hésiter « les Atrides ».
Le mari choisi, et le serment qui l’arme
Tyndare marie Agamemnon à Clytemnestre, puis doit choisir un époux pour Hélène parmi une foule de prétendants venus de toute la Grèce. Pour éviter qu’un éconduit ne se venge, il leur fait jurer, sur le conseil d’Ulysse, de défendre l’élu contre quiconque lui disputerait sa femme. Ménélas est choisi et, à la mort de Tyndare, hérite du trône de Sparte (Apollodore, III, 10, 8-9).
Ce serment fait de Ménélas un homme juridiquement armé. Il n’a pas à convaincre les rois grecs, il lui suffit de les rappeler à leur parole. Mais le commandement de l’expédition ne lui revient pas : c’est son frère aîné, roi de Mycènes, qui prend la tête de l’armée. Ménélas reste toute la guerre dans cette position étrange, cause de la coalition sans en être le chef.
L’hôte trahi
Tout commence par une faute contre l’hospitalité. Selon les Chants cypriens, que résume Proclus, Pâris vient à Sparte et Ménélas le reçoit en hôte. Le roi doit ensuite partir pour la Crète assister aux funérailles de son grand-père Catrée, et laisse à Hélène le soin de ses invités. En son absence, Pâris et Hélène s’unissent et s’embarquent avec les trésors du palais ; c’est Iris qui vient prévenir Ménélas.
Ce contexte éclaire le personnage. Le crime de Pâris est une double trahison, du mari et de l’hôte, sous le regard de Zeus Xénios, protecteur des étrangers. Ménélas n’est pas d’abord un amant blessé, mais un roi dont la maison a été violée.
Avant la guerre, il tente la voie diplomatique. Avec Ulysse, il se rend à Troie réclamer Hélène. Au chant III de l’Iliade, le Troyen Anténor, qui les avait hébergés, se souvient du contraste entre les deux ambassadeurs : Ménélas parlait vite, en peu de mots mais très clairement ; Ulysse commençait les yeux baissés, immobile, puis ses paroles tombaient « comme les flocons de neige en hiver » (III, 205-224).
Dans l’Iliade : le duel annulé et la trêve rompue
Au chant III, Ménélas aperçoit Pâris devant les lignes troyennes et se réjouit « comme un lion qui tombe sur une grosse proie ». Pâris recule, Hector lui fait honte, et un duel est organisé entre les deux hommes : le vainqueur emportera Hélène et les trésors, et la guerre s’arrêtera là.
Ménélas domine le combat. Son épée se brise sur le casque de Pâris ; il saisit alors le Troyen par le panache et le traîne vers les lignes grecques, jusqu’à ce qu’Aphrodite rompe la courroie du casque, enveloppe Pâris d’une brume et le dépose dans sa chambre, auprès d’Hélène (III, 340-382). Le seul duel de l’Iliade qui aurait pu mettre fin à la guerre est annulé par une déesse.
Au chant IV, Athéna pousse l’archer troyen Pandaros à rompre la trêve en tirant sur Ménélas, puis détourne elle-même la flèche, qui ne fait qu’une blessure superficielle. Agamemnon, croyant son frère perdu, se lamente longuement, et c’est Machaon, fils d’Asclépios, qui extrait la pointe et soigne la plaie (IV, 104-219).
Le reste du poème montre un Ménélas plus humain que la plupart des chefs. Il s’apprête à épargner le Troyen Adraste, qui le supplie à genoux, quand Agamemnon survient et tue lui-même le suppliant (VI, 37-65). Il se porte volontaire pour affronter Hector, et son frère le retient, sachant qu’il n’est pas de taille (VII, 94-122). Au chant XVII enfin, il a son heure : il tue Euphorbe, qui avait blessé Patrocle, défend le corps du héros, puis va chercher Ajax pour l’aider à le soustraire aux Troyens (XVII, 1-123).
La chute de Troie et l’épée qui tombe
Ménélas fait partie des guerriers cachés dans le cheval de bois. Dans l’Odyssée, il raconte lui-même comment Hélène fit le tour du cheval en imitant la voix des épouses des héros enfermés, et comment Ulysse dut les empêcher de répondre (IV, 271-289). La nuit du sac, il se rend avec Ulysse chez Déiphobe, le frère de Pâris qu’Hélène avait épousé après la mort de celui-ci (VIII, 517-520).
La scène la plus célèbre de Ménélas est absente d’Homère. Il marche sur Hélène pour la tuer, l’épée haute, et la laisse tomber en voyant sa poitrine dénudée. La tradition remonte à la Petite Iliade et au poète Ibycos ; Aristophane y fait allusion comme à une histoire connue de tous (Lysistrata, 155-156), et Euripide la reprend dans Andromaque (628-631).
Huit ans pour rentrer
Au départ de Troie, les Atrides se querellent : Ménélas veut rentrer sans attendre, Agamemnon veut rester pour apaiser Athéna par des sacrifices (Odyssée, III, 130-150). Ménélas part, mais une tempête au cap Malée le jette avec cinq navires sur les côtes d’Égypte. Il erre ensuite pendant huit ans, de Chypre à la Phénicie, de l’Égypte à l’Éthiopie et à la Libye, et amasse une fortune en chemin (IV, 81-85).
Bloqué vingt jours sur l’île de Pharos faute de vent, il est sauvé par Idothée, fille de Protée. Sur ses conseils, il se cache avec trois compagnons sous des peaux de phoques, saisit le vieux dieu marin endormi et le tient malgré ses métamorphoses successives, en lion, serpent, panthère, sanglier, eau et arbre, jusqu’à ce qu’il parle (IV, 351-570). Protée lui apprend le sort des autres chefs : la noyade d’Ajax fils d’Oïlée, le meurtre d’Agamemnon, la captivité d’Ulysse chez Calypso. Ménélas atteint enfin Sparte le jour même où Oreste offre le repas funèbre d’Égisthe et de Clytemnestre (III, 309-312).
Le roi de l’Odyssée et la promesse de l’Élysée
Au chant IV de l’Odyssée, Télémaque trouve à Sparte un palais en fête : Ménélas marie le même jour sa fille Hermione à Néoptolème, le fils d’Achille, et son fils Mégapenthès, né d’une esclave. Hélène entre, reconnaît aussitôt en Télémaque le fils d’Ulysse et verse dans le vin le népenthès, une drogue égyptienne qui efface le chagrin (IV, 219-232).
Le couple évoque alors Troie avec une sérénité troublante. Hélène raconte comment elle aida Ulysse, entré dans la ville déguisé en mendiant ; Ménélas répond par l’épisode du cheval, où elle faillit perdre les Grecs. Les deux récits se contredisent, et Homère laisse la contradiction en place.
C’est dans ce chant que Protée révèle à Ménélas son destin. Il ne mourra pas à Argos : les dieux l’enverront aux Champs Élysées, au bout de la terre, où la vie est facile, sans neige ni pluie, rafraîchie par les brises de Zéphyr — « parce que tu as Hélène pour épouse et que tu es pour eux le gendre de Zeus » (IV, 561-569). Le seul héros à qui Homère promette l’Élysée ne le doit ni à ses exploits ni à sa vertu, mais à son mariage.
Un roi rabaissé par la tragédie
La tragédie athénienne, écrite en grande partie pendant la guerre du Péloponnèse contre Sparte, a peu d’indulgence pour le roi spartiate :
- dans l’Ajax de Sophocle, c’est lui qui interdit d’ensevelir le héros, avec une arrogance que le texte rend odieuse (1047-1162) ;
- dans Andromaque d’Euripide, il menace de tuer l’enfant d’Andromaque et apparaît comme un tyran brutal ;
- dans Oreste (408 av. J.-C.), il abandonne par calcul son neveu condamné par les Argiens ;
- dans Les Troyennes (415 av. J.-C.), il jure de faire périr Hélène, et le spectateur comprend qu’il n’en fera rien.
Hélène (412 av. J.-C.) offre le contrepoint. Euripide y suit la version où la vraie Hélène n’est jamais allée à Troie : Ménélas, naufragé en Égypte et vêtu de haillons, découvre que la femme pour laquelle il a combattu dix ans n’était qu’un fantôme. La pièce lui rend un rôle d’amoureux fidèle, non sans jouer de son ridicule.
Culte : Ménélas et Hélène à Thérapné
Ménélas n’est pas seulement un personnage de poème. Près de Sparte, sur la colline de Thérapné, s’élevait le Ménélaion, où Pausanias situe le tombeau de Ménélas et d’Hélène (III, 19, 9). Isocrate affirme qu’on leur sacrifiait non comme à des héros, mais comme à des dieux (Éloge d’Hélène, 63). Les fouilles y ont mis au jour un sanctuaire d’époque archaïque bâti sur les ruines d’un vaste édifice mycénien, ainsi que des offrandes inscrites au nom d’Hélène.
Lectures complémentaires
Pour l’épouse dont l’enlèvement déclenche la guerre, lire la fiche d’Hélène, et pour le prince troyen qui trahit son hospitalité, celle de Pâris. Pour le frère qui commande l’armée à sa place, voir Agamemnon. Le concours divin à l’origine de tout est raconté dans le jugement de Pâris, et la suite du conflit dans la guerre de Troie. Pour son retour et la visite de Télémaque, voir l’Odyssée ; pour le dieu marin qu’il force à parler, la fiche de Protée, et pour la terre bienheureuse qui lui est promise, celle de l’Élysée.
Sources antiques
- Homère, Iliade, III, 21-120 et 340-382 ; IV, 104-219 ; VI, 37-65 ; XVII, 1-113
- Homère, Odyssée, III, 130-150 et 276-312 ; IV, 1-624
- Proclus, Chrestomathie (résumés des Chants cypriens, de la Petite Iliade et des Retours)
- Euripide, Les Troyennes (v. 860-1059), Hélène, Andromaque, Oreste
- Sophocle, Ajax, v. 1047-1162
- Aristophane, Lysistrata, v. 155-156
- Apollodore, Bibliothèque, III, 10, 8-9 ; Épitomé, II, 15-16 ; III, 3 ; VI, 29
- Pausanias, Description de la Grèce, III, 19, 9 ; Isocrate, Éloge d'Hélène, 62-63
À lire aussi
Questions fréquentes
Ménélas a-t-il pardonné à Hélène ?
Les sources ne racontent pas une réconciliation, mais un châtiment qui n'a jamais lieu. La nuit du sac de Troie, Ménélas marche sur Hélène l'épée haute ; selon une tradition qui remonte à la Petite Iliade, il laisse tomber son arme en voyant sa poitrine. Dans Les Troyennes d'Euripide, il jure de la tuer une fois rentré, et Hécube lui conseille de ne pas monter sur le même navire qu'elle. L'Odyssée tranche : au chant IV, le couple règne de nouveau à Sparte, et Hélène sert à ses hôtes un vin mêlé de népenthès.
Pourquoi Ménélas va-t-il à l'Élysée plutôt qu'aux Enfers ?
Parce qu'il est le gendre de Zeus. Au chant IV de l'Odyssée, Protée lui annonce qu'il ne mourra pas à Argos, mais que les dieux l'enverront aux Champs Élysées, au bout du monde, « parce que tu as Hélène pour épouse et que tu es pour eux le gendre de Zeus » (IV, 561-569). C'est un privilège d'alliance, pas une récompense de ses exploits : le héros le moins redoutable de l'Iliade reçoit la fin la plus douce de tout le cycle.
Pourquoi Ménélas n'était-il pas à Sparte quand Pâris a enlevé Hélène ?
Il était parti en Crète pour les funérailles de son grand-père maternel, Catrée, fils de Minos. D'après le résumé des Chants cypriens par Proclus, Ménélas avait reçu Pâris en hôte et, en partant, avait confié à Hélène le soin de pourvoir aux besoins de ses invités. C'est pendant cette absence que Pâris et Hélène s'embarquent avec les trésors du palais, et c'est Iris qui vient avertir le roi.