Mythologie grecque · Guerres mythiques

Le cheval de Troie : la ruse d'Ulysse qui fit tomber Troie

En bref

Le cheval de Troie est une statue de bois creuse que les Grecs laissent devant Troie après dix ans de siège, en faisant croire à une offrande à Athéna. Conçu par Ulysse et construit par Épéios, il cache les meilleurs guerriers grecs. Les Troyens le font entrer dans leur ville ; la nuit venue, les guerriers en sortent, ouvrent les portes et Troie est prise.

Le cheval de Troie est la ruse qui met fin à la guerre de Troie : une gigantesque statue de bois creuse, laissée devant la ville comme une offrande à Athéna, dans laquelle se cachent les meilleurs guerriers grecs. Conçu par Ulysse et construit par l’artisan Épéios, il est tiré à l’intérieur des remparts par les Troyens eux-mêmes. La nuit venue, les guerriers en sortent, ouvrent les portes à l’armée revenue en silence, et Troie tombe après dix ans de siège. L’épisode ne figure pas dans l’Iliade, qui s’arrête avant la chute de la ville : on le connaît par l’Odyssée, par les épopées perdues du Cycle troyen et surtout par le livre II de l’Énéide de Virgile.

Pourquoi les Grecs ont besoin d’une ruse

À la fin de la dixième année, la situation des Grecs est mauvaise. Achille est mort, tué par une flèche de Pâris guidée par Apollon ; Ajax s’est donné la mort après avoir perdu contre Ulysse le concours pour les armes d’Achille. Les murs de Troie, bâtis par Poséidon et Apollon pour le roi Laomédon, ne cèdent pas à l’assaut.

Selon le résumé de la Petite Iliade par Proclos, plusieurs conditions doivent encore être remplies : faire venir l’arc d’Héraclès, détenu par Philoctète, et Néoptolème, le fils d’Achille. Ulysse s’introduit aussi dans la ville déguisé en mendiant, puis, avec Diomède, il dérobe le Palladion, la statue protectrice d’Athéna. C’est alors seulement que vient le cheval.

Ulysse, Épéios et Athéna : qui a construit le cheval ?

Les sources partagent le mérite entre trois figures.

  • Athéna inspire le projet. Dans l’Odyssée (VIII, 493), l’aède Démodocos chante « le cheval de bois qu’Épéios fit avec l’aide d’Athéna ». La Petite Iliade précise qu’Épéios le construit sur l’instigation de la déesse.
  • Épéios, fils de Panopeus, est l’exécutant. L’Iliade le présente comme un boxeur imbattable aux jeux funèbres de Patrocle (XXIII, 664-699), pas comme un ingénieur ; la tradition en fera pourtant le charpentier de génie de l’armée. Selon Apollodore, il abat le bois sur le mont Ida.
  • Ulysse en a l’idée selon Apollodore (Épitomé, V, 14), et il commande l’embuscade : dans l’Odyssée (XI, 524-525), c’est à lui qu’il revient d’ouvrir et de fermer la trappe.

Sur le flanc du cheval, rapporte Apollodore, les Grecs gravent une inscription : « Pour leur retour chez eux, les Grecs dédient cette offrande de reconnaissance à Athéna. » Le cheval devient ainsi un objet sacré qu’il serait sacrilège de détruire.

Qui se cachait dans le cheval de Troie ?

Le nombre des guerriers est l’une des variantes les plus connues. Apollodore parle de cinquante des meilleurs, tout en citant l’auteur de la Petite Iliade, qui en comptait trois mille. Virgile (Énéide, II, 261-264) donne neuf noms : Thessandre, Sthénélos, Ulysse, Acamas, Thoas, Néoptolème, Machaon, Ménélas et Épéios lui-même. Quintus de Smyrne en nomme une trentaine, Diomède compris.

L’Odyssée donne la scène vue de l’intérieur. Aux Enfers, Ulysse raconte à l’ombre d’Achille que les autres chefs pleuraient et tremblaient dans l’obscurité, mais que Néoptolème, jamais pâle, le suppliait de les laisser sortir et serrait la poignée de son épée (XI, 523-537). Le fils prouve sa valeur avant même la bataille.

Pendant ce temps, le reste de l’armée brûle le camp, monte sur les navires et se cache derrière l’île de Ténédos, comme si les Grecs avaient abandonné la guerre.

Le débat des Troyens

Au matin, les Troyens découvrent la plage vide et le cheval. Démodocos, dans l’Odyssée (VIII, 505-510), résume trois avis : percer le bois creux avec le bronze, le traîner au bord des rochers et l’en précipiter, ou le laisser comme offrande pour apaiser les dieux. C’est le dernier qui l’emporte, car Troie, dit le poète, devait périr le jour où elle recevrait le grand cheval de bois.

Deux voix s’élèvent pourtant contre le cheval.

Cassandre, la fille de Priam, annonce qu’il contient des hommes armés. Condamnée par Apollon à ne jamais être crue, elle n’est pas écoutée. Chez Quintus de Smyrne (chant XII), elle se précipite même avec une hache et une torche pour détruire le cheval, et les Troyens l’en empêchent.

Laocoon, prêtre d’Apollon ou de Poséidon selon les versions, est le plus célèbre. Chez Virgile, il accourt du haut de la citadelle : « Je crains les Grecs, même quand ils apportent des présents » (Timeo Danaos et dona ferentes, II, 49). Il lance sa javeline contre le flanc du cheval, qui résonne.

Sinon, le menteur indispensable

Au moment où Laocoon a presque convaincu la foule, des bergers amènent un Grec capturé. C’est Sinon, resté volontairement sur place. Chez Virgile (II, 57-198), il joue le rôle du déserteur : Ulysse l’aurait persécuté, les Grecs auraient voulu le sacrifier pour obtenir des vents favorables, et il se serait enfui. Il explique ensuite le cheval : c’est une offrande pour expier le vol du Palladion, et les Grecs l’ont fait si grand pour qu’il ne puisse pas passer les portes. S’il entrait dans la ville, il en deviendrait la protection.

Quintus de Smyrne durcit l’épisode : les Troyens torturent Sinon et lui coupent le nez et les oreilles, mais il s’en tient à son mensonge. Dans le Sac d’Ilion et chez Apollodore, Sinon a une seconde mission : allumer, la nuit venue, le signal de feu qui rappellera la flotte.

La mort de Laocoon

Le tournant arrive alors. Deux serpents géants surgissent de la mer depuis Ténédos, saisissent les deux fils de Laocoon, puis le prêtre lui-même, qui tentait de les sauver, et les étouffent (Énéide, II, 199-227). Leur besogne faite, ils se réfugient au sanctuaire d’Athéna, sous le bouclier de la déesse. Les Troyens y lisent un châtiment : Laocoon a frappé une offrande sacrée.

Les sources ne s’accordent ni sur le dieu qui envoie les serpents ni sur le nombre de victimes. Le Sac d’Ilion, selon Proclos, ne fait mourir que Laocoon et l’un de ses fils. Apollodore attribue les serpents à Apollon et ne tue que les fils. Chez Quintus, Athéna aveugle d’abord Laocoon avant que les serpents ne dévorent ses enfants. La version de Virgile, où le père meurt avec eux, est celle qu’a fixée le groupe sculpté du Laocoon, découvert à Rome en 1506 et conservé aux Musées du Vatican ; Pline l’Ancien l’attribuait à trois sculpteurs rhodiens, Agésandros, Polydoros et Athénodoros (Histoire naturelle, XXXVI, 37).

Le cheval entre dans Troie

Les Troyens ouvrent une brèche dans leurs propres murailles pour faire passer le cheval, que la Petite Iliade et Virgile mentionnent tous deux. Chez Virgile (II, 242-243), le cheval s’arrête quatre fois sur le seuil, et quatre fois les armes résonnent dans son ventre : personne ne s’en inquiète.

Le soir, une dernière épreuve attend les guerriers cachés. Dans l’Odyssée (IV, 271-289), Ménélas raconte qu’Hélène, accompagnée de Déiphobe, fit trois fois le tour du cheval en appelant les chefs grecs par leur nom, avec la voix de chacune de leurs épouses. Diomède et Ménélas furent tentés de sortir ou de répondre ; un certain Anticlos allait parler, et Ulysse lui ferma la bouche de ses mains jusqu’à ce qu’Athéna emmène Hélène. L’épisode laisse ouverte la question qui hante toute la tradition : Hélène voulait-elle démasquer les Grecs ou les avertir ?

Le sac de Troie

Pendant que la ville célèbre la fin de la guerre, Sinon ouvre la trappe ou allume le signal, selon les versions. Les guerriers descendent, tuent les sentinelles et ouvrent les portes à l’armée revenue de Ténédos. Le sac commence : Néoptolème égorge Priam sur l’autel de Zeus Herkeios, Astyanax, le fils d’Hector, est précipité du haut des remparts, Cassandre est arrachée par Ajax fils d’Oïlée à la statue d’Athéna, et Ménélas retrouve Hélène.

Énée fait partie des Troyens qui échappent au massacre, avec son père et son fils : c’est à lui que Virgile confie le récit de la nuit, à la cour de Didon. Dans le Sac d’Ilion, il quitte même la ville pour l’Ida dès la mort de Laocoon, inquiet du présage.

Ce que changent les sources antiques

  • Homère connaît le cheval sans le raconter en entier. L’Iliade n’en dit rien ; l’Odyssée en donne trois éclats : le piège d’Hélène (IV), le chant de Démodocos (VIII), le courage de Néoptolème (XI). Le cheval y est déjà la gloire d’Ulysse.
  • Le Cycle épique (Petite Iliade de Leschès, Sac d’Ilion d’Arctinos), connu par les résumés de Proclos, ajoute la brèche dans la muraille, Sinon, la mort de Laocoon et le départ d’Énée.
  • Apollodore (Épitomé, V, 14-21) fournit le récit le plus complet en prose : l’idée d’Ulysse, le bois de l’Ida, l’inscription, les cinquante guerriers, les serpents d’Apollon.
  • Virgile (Énéide, II) donne la version devenue canonique, vue du côté troyen : le discours de Laocoon, le long mensonge de Sinon, le cheval qui s’arrête quatre fois sur le seuil.
  • Quintus de Smyrne et Tryphiodore, poètes grecs de l’époque impériale, développent les détails : la torture de Sinon, Cassandre armée d’une hache, la liste des guerriers.

Ruse, machine de guerre ou cheval de Poséidon ?

Dès l’Antiquité, on s’est demandé ce que représentait vraiment le cheval. Pausanias (I, 23, 8), décrivant un cheval de bronze dédié sur l’Acropole d’Athènes, estime que l’œuvre d’Épéios était une machine pour ouvrir une brèche dans le rempart, sauf à prêter aux Troyens une sottise complète. Pline l’Ancien (Histoire naturelle, VII, 202) attribue à Épéios l’invention du « cheval » de siège que l’on appelle désormais bélier.

D’autres lectures, modernes cette fois, rattachent le cheval à Poséidon, dieu des chevaux et des séismes, hostile à Troie dans l’Iliade : le cheval pourrait être l’image d’un tremblement de terre qui aurait fait tomber les murs. Ce ne sont que des hypothèses, et aucune ne remplace le sens que les Grecs eux-mêmes donnaient au récit : Troie tombe par l’intelligence d’Ulysse, avec l’aide d’Athéna, et par l’aveuglement des Troyens.

Héritage du cheval de Troie

Le cheval est l’une des plus anciennes scènes mythologiques figurées : le pithos de Mykonos, une grande jarre du VIIe siècle av. J.-C. conservée au musée de Mykonos, montre déjà un cheval sur roues percé de fenêtres d’où regardent les guerriers. Le mot de Laocoon chez Virgile est devenu proverbial, et l’expression « cheval de Troie » désigne aujourd’hui tout ce qui introduit un ennemi caché dans la place, jusqu’aux logiciels malveillants déguisés en programmes légitimes, que l’informatique appelle des chevaux de Troie depuis les années 1970.

Lectures complémentaires

Le cadre général est dans le récit de la guerre de Troie, et la suite immédiate, le long retour de l’inventeur de la ruse, dans l’Odyssée. La fiche d’Ulysse présente l’homme aux mille tours, celle d’Athéna la déesse qui guide Épéios. Pour les Troyens qui ont vu juste, lire les fiches de Cassandre et de Priam ; pour la femme qui fait le tour du cheval, celle d’Hélène de Troie. La ville elle-même a sa fiche : Troie.

Étapes du récit

  1. 01Achille mort, les Grecs ne parviennent pas à prendre Troie par la force
  2. 02Inspiré par Athéna, Épéios construit un cheval de bois creux, sur une idée attribuée à Ulysse
  3. 03Les meilleurs guerriers s'y enferment ; la flotte brûle son camp et se cache derrière Ténédos
  4. 04Les Troyens débattent : briser le cheval, le jeter du haut des rochers ou le consacrer aux dieux
  5. 05Sinon trompe les Troyens ; Laocoon, qui a frappé le cheval, meurt étouffé par deux serpents
  6. 06Le cheval entre dans la ville ; Hélène tente de faire parler les guerriers cachés
  7. 07La nuit, les Grecs sortent du cheval, ouvrent les portes et Troie est mise à sac

Sources antiques

  • Homère, Odyssée, IV, 265-289 ; VIII, 492-520 ; XI, 523-537
  • Petite Iliade et Sac d'Ilion (Cycle épique), résumés de Proclos, Chrestomathie
  • Apollodore, Épitomé, V, 14-21
  • Virgile, Énéide, II, 13-267
  • Quintus de Smyrne, Suite d'Homère, XII
  • Tryphiodore, La Prise d'Ilion
  • Pausanias, Description de la Grèce, I, 23, 8

À lire aussi

Questions fréquentes

Le cheval de Troie a-t-il vraiment existé ?

Rien ne permet de l'affirmer. Les fouilles d'Hissarlik ont révélé une ville détruite à plusieurs reprises, mais aucun indice d'un cheval de bois. Dès l'Antiquité, certains y voyaient une image : Pausanias juge que l'œuvre d'Épéios était une machine pour ouvrir une brèche dans le rempart, et Pline l'Ancien attribue à Épéios l'invention du « cheval » que l'on appelle désormais bélier.

Combien de guerriers se cachaient dans le cheval de Troie ?

Le chiffre varie selon les auteurs. Apollodore parle de cinquante des meilleurs guerriers, tout en signalant que l'auteur de la Petite Iliade en comptait trois mille. Virgile ne cite que neuf noms, dont Ulysse, Ménélas, Néoptolème et Épéios lui-même. Quintus de Smyrne en nomme une trentaine.

Que signifie « Timeo Danaos et dona ferentes » ?

« Je crains les Grecs, même quand ils apportent des présents. » C'est le mot de Laocoon chez Virgile (Énéide, II, 49), au moment où il met les Troyens en garde contre le cheval. La phrase est devenue proverbiale pour désigner un cadeau suspect, comme l'expression « cheval de Troie » elle-même.